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Chez “Libération“, Pierre Marcelle de nouveau censuré

Publié par G Groupe X Bakchich

Une fois de plus : “Libération“ paraît, ce 26 septembre 2014, sans la chronique hebdomadaire de Pierre Marcelle, publiée chaque vendredi depuis 2007 - car son dernier paragraphe a déplu à la direction du quotidien.

Cette censure n’est pas exactement inédite : dans le cours des six derniers mois, la chefferie de Libé a plusieurs fois donné des coups de ciseaux dans la chronique «No Smoking» de Marcelle. Cette fois-ci : c’est la conclusion de son papier qui a été jugée impubliable – car elle égratignait un nouvel actionnaire du journal.

En cause, ces quelques lignes, où le chroniqueur disait, sur le ton discrètement facétieux qui est depuis toujours la marque de sa fabrique, un étonnement : «Le terrorisme, que sans cesse on remet en lois, a bon dos. Et voici qu’en ce douloureux automne, j’apprends que Patrick Drahi, notre nouveau propriétaire, promeut dans sa chaîne de télévision israélienne i24news le «dôme de fer des chaînes infos», en référence au système de défense israélien contre les roquettes palestiniennes de Gaza. Espérons qu’il n’ait pas l’ambition de réduire Libération à une «Bordure protectrice», ou une opération «Plomb durci». Même si, me souffle opportunément un collègue taquin, le plomb fondu des imprimeries «vintage» serait plutôt à l’ordre du jour. (A suivre.)»

Commentaire de Pierre Marcelle – dont on trouvera ci-dessous, dans sa version intégrale, la chronique censurée : «Il n’y aura peut-être pas de clause de non-dénigrement dans les nouveaux contrats de travail que prétend imposer la néo-direction de Libération. Mais les limites à ne pas franchir sont déjà dans toutes les têtes.» 

(À suivre?)

 

 

 

Révo’ cul' à Libération (épisode 4)

 

Ce sera fin octobre fin de partie pour le chroniqueur, qui revisitera d'ici là sa perception d'un quart de siècle de révolutions culturelles à Libération, et les raisons bonnes et mauvaises qui firent et défirent No Smoking.

 

Ainsi, dans les années 1980, les aspirations révolutionnaires ou crypto-révolutionnaires originellement identitaires du journal furent-elles recyclées dans l’expression d’une revendication démocratique systématique, à défaut d’être radicale. (Encore s’agirait-il bientôt de définir ce que recouvrait ce concept de « démocratie »; l'exercice reste un Work in progress depuis plusieurs années.) Ainsi, rue Béranger, vit-on la pluralité des opinions s’élargir tout doucettement, tout naturellement, au rythme de multiples pas de deux entérinant la fin des Trente glorieuses. Un «réalisme» économique voulut cela. Certes, nous restions tous «de gauche» comme nous étions tous désireux d’une Europe harmonieuse, pacifique et sociale en son avenir radieux. Toutes les gauches pouvaient, dans notre proximité de la (place de la) République, où nous emménageâmes en 1987, cohabiter en leur «union» d’abord, en leur «pluralité» ensuite), mais certaines l’étaient moins que d’autres, de gauche. Et tous nos désirs d’Europe ne sonnaient pas l’Hymne à la joie des fraternités internationalistes et fédéralistes.

Si Alain Duhamel, dont on sait que «les trotskistes» - qu’il est le dernier à pouvoir encore identifier - l’obsèdent, entama sa collaboration régulière dans les pages Rebonds dès octobre 1992, si Nicolas Sarkozy ne formula que durant sa campagne présidentielle de 2007 son appel à «en finir avec l’héritage de Mai 68», cet héritage-là commençait à sentir le pâté. C’est que, sur le modèle de la célèbre comptine «en laisse» des Trois p’tits chats, des mécanismes absurdes et vicieux d’approximations successives brassaient dans d’audacieux raccourcis anti-impérialisme et anti-américanisme, dénonciation de la colonisation de la Cisjordanie et propagande djihadiste, antisionisme et intégrisme islamiste, et, au bout du bout de la boucle, «terrorisme» et «antisémitisme». Les traitements de la seconde intifada déclenchée en 2000, de la deuxième guerre d’Irak où George Bush le jeune prétendit en 2003 solder les comptes du 11-Septembre (2001), de la loi de 2004 interdisant «le port des signes religieux ostensibles à l’école», et même du traité de 2004 «établissant une constitution pour l’Europe», furent autant d’étapes ou de prétextes à leur traque forcenée, partout. C’est au titre de leur refus du traité libéral européen que les «nonistes» de gauche du référendum de 2005 furent dans ces pages mêmes qualifiés de «xénophobes» ; c’est sur fond d’infamant procès en antisémitisme, instruit dans la proximité du président de la République, que Siné fut à l’été 2008 exclu de Charlie-Hebdo ; et c’est au nom de la lutte contre «le terrorisme» que, depuis novembre 2008, restent mis en examen Julien Coupat et ses amis de Tarnac.

L'affaire est assez exemplaire pour qu'on s'y attarde un instant. Michèle Alliot-Marie était alors, sous Sarkozy Imperator, la ministre de l'Intérieur et de la Direction centrale du renseignement intérieur, qu’elle accoucha et qui ourdit cette conspiration (1). La même Alliot-Marie, passée en 2010 au quai d'Orsay, serait sans autre conséquence pour sa carrière contrainte à la démission en 2011, quand furent révélés, en pleine révolution tunisienne, ses trafics dans l’immobilier local, mais ceci est une autre histoire (encore que.) Du 12 novembre 2008 au 2 novembre 2009, Libération consacra à Tarnac quatre événements où furent certes, bien que tardivement, interrogées les «contradictions et incohérences de la version policière». Mais le premier, à chaud, fut meurtrier. Derrière la manchette «L’ultra gauche déraille», le quotidien identifiait, à l’unisson de la Place Beauvau, un gloubi-boulga d’anarcho-syndicalistes, d’autonomes, de rescapés d’Action directe, de Black blocks et d’altermondialistes. Oh, certes, ce n’était pas Guantanamo. Mais c’était déjà, plus ou moins consciemment subi, le consentement à mille mesures «antiterroristes» d’une justice «antiterroriste» dont son intitulé même disait qu’elle ne l’était plus.

Le terrorisme, que sans cesse on remet en lois, a bon dos. Et voici qu’en ce douloureux automne, j’apprends que Patrick Drahi, notre nouveau propriétaire, promeut dans sa chaîne de télévision israélienne I24 le «dôme de fer des chaînes infos», en référence au système de défense israélien contre les roquettes palestiniennes de Gaza. Espérons qu’il n’ait pas l’ambition de réduire Libération une «Bordure protectrice», ou une opération «Plomb durci». Même si, me souffle opportunément un collègue taquin, le plomb fondu des imprimeries «vintage» serait plutôt à l’ordre du jour. (A suivre.)

 

(1) Sur toute l’affaire, on lira avec bonheur, six ans après son déclenchement, la soufflante enquête de Laurent Borredon, sur son blog du Monde intitulé «Tarnac, une instruction française».

 

 

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