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Bakchich : Confidentiels http://bakchich.herokuapp.com/articles Île de La Réunion : un débris et puis s’en va <p><b>C’est bien un flaperon du Boeing de la Malaysia Airlines, disparu des écrans radar en mars 2014 entre la Malaisie et le Vietnam, qui a été retrouvé sur une plage de Saint-André à la Réunion : le Parquet de Paris vient de le confirmer. Après l’île aux requins, La Réunion, devenue l’île au débris, est-elle enfin positivement célèbre ? Pas sûr.<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46370/content_Dessin_La_r_union.JPG" style="height:405px; width:650px" /></p> <p>Quand Johnny Bègue, employé communal affecté aux espaces verts, découvre ce matin du 29 juillet dernier, un volumineux objet métallique sur la plage de galets de Saint-André, à l’Est de l’île de La Réunion, il ne se doute pas qu’il va provoquer, à son corps défendant, une tempête médiatique. Et que sa petite vie tranquille va être bouleversée.</p> <p>Sitôt les autorités prévenues, la presse locale fait part de la découverte. Et immédiatement, l’hypothèse que le débris métallique provienne du Boeing 777 de la Malaysia Airlines mystérieusement disparu en mars 2014 dans l’Océan Indien, le fameux vol MH370, est présentée comme une certitude.</p> <p>Il s’agirait d’un flaperon de l’aile de l’avion, porté jusqu’aux côtes réunionnaises par les courants, sur des milliers de kilomètres. Bientôt, la frénésie s’empare de La Réunion : la plage de Saint-André, habituellement très peu fréquentée, sauf par de rares promeneurs, est envahie de « chercheurs de trésor », en quête de tout ce qui pourrait provenir de l’épave du Boeing. On découvre des bouteilles avec des inscriptions en malaisien, et d’autres objets métalliques, pieusement recueillis et remis à la gendarmerie.</p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46372/content_debrisLaReunion.jpg" style="height:403px; width:650px" />La radio la plus écoutée de l’île, Freedom, passe en continu les commentaires des auditeurs, et relaie les rumeurs les plus folles : on aurait trouvé d’autres débris, Johnny Bègue ne serait motivé que par la récompense des 5 millions de dollars promise par les familles des disparus à toute personne pouvant apporter des informations sur le vol MH370…</p> <p>Un habitant de Saint-André raconte :<em> « Les gens cherchaient tout ce qui pouvait traîner sur la plage, n’importe quoi avec des coquillages dessus… Dès qu’on trouvait une bouteille avec une étiquette écrite en indonésien ou en chinois, c’était banco ! Les touristes s’y mettaient aussi. J’ai même croisé une nana d’Indianapolis à la recherche de débris sur la plage ».</em></p> <p>Pour arranger les choses, des journalistes du monde entier débarquent sur l’île. On parle de La Réunion dans les médias américains, français, suisses, canadiens. Un journaliste local se souvient <em>: « J’étais avec Johnny Bègue et un expert malaisien quand tout à coup une meute de journalistes a débarqué, CNN en tête. C’était quasi effrayant. »</em></p> <p><strong>Des journalistes du monde entier</strong></p> <p></p> <p><em>« Le point positif, c’est qu’on parlait de La Réunion. L’IRT (Île de La Réunion tourisme) s’est précipitée sur l’affaire, </em>raconte Franck Cellier, rédacteur au Quotidien de la Réunion, <em>et a dit aux journalistes, en substance</em> <em>« Il y a autre chose à voir à La Réunion. Tenez, en ce moment il y a une éruption volcanique. On va vous emmener sur place »</em>. <em>L’IRT a affrété un bus et emmené les journalistes jusqu’au volcan. Mais une rumeur se propageait qu’on aurait retrouvé un hublot sur la plage.</em><em><em> Et là, tous les mecs se sont barrés pour aller voir ». (Rires)</em></em></p> <p>Le volcan, parlons-en, justement. Des journaux anglo-saxons affirment en Une qu’à cause de l’éruption, l’île sera évacuée, et qu’on ne pourra pas analyser les objets trouvés sur place. Information fausse évidemment : le volcan est situé dans un vaste enclos, loin de toute habitation, et ne menace en rien les quelque 800 000 habitants de La Réunion… Mais le scoop se fait viral, et est repris en boucle, notamment sur Internet. Tous les journalistes locaux sont à fond : <em>« D’habitude, en juillet-août, il ne se passe rien. Et là, on découvre le flaperon, il y a une éruption, des Malaisiens et des journalistes du monde entier arrivent…,</em> poursuit Franck Cellier, <em>c'était l'effervescence totale ! <em>»</em></em></p> <p><strong>Un mémorial pour les familles des victimes</strong></p> <p>Quant à Johnny Bègue, il est au cœur de toutes les attentions, pas forcément les meilleures. On dit qu’il profite de la situation pour devenir titulaire à la mairie, les deux collègues qui étaient avec lui le jour de la découverte jugent qu’il tire la couverture à lui, les commentaires peu amènes se succèdent sur radio Freedom… L’homme se défend : <em>« Ça fait partie de la vie. Ça s’est calmé, maintenant. Je n’ai rien gagné dans cette histoire. Mon contrat à la mairie se termine en février. Maintenant, si on m’offre un nouveau contrat, je serai content. Il a fallu que je m’explique, mais je n’avais rien demandé. Il faut penser aux morts, aux familles qui ont perdu un proche… Moi, il faut que je transpire pour vivre. Après, le reste…</em> ».</p> <p>Le maire de Saint-André, Jean-Paul Virapoullé, se dit, pour sa part, prêt à accueillir toutes les familles des victimes qui voudraient se rendre sur place. Et il a évoqué la construction d’un mémorial en souvenir des disparus, sur la plage de galets de la commune. Une initiative diversement accueillie. <em>« C’est n’importe quoi. On trouve un bout d’aile et on veut faire un monument aux morts. Pour attirer les touristes ? »</em>, ironise un habitant.</p> <p><strong>« Ils ne sont pas morts ici »</strong></p> <p><em>« </em><em>Si les familles le souhaitent, pourquoi pas un monument, mais ils ne sont pas morts ici. C’est une idée du maire, et si c’est pour que tout soit laissé à l’abandon quelques semaines après, ça n’est pas la peine »</em>, ajoute celui qui a découvert le débris.</p> <p>Deux mois plus tard, l’île a retrouvé le calme en cette fin d’hiver austral. <em>Aujourd’hui, c’est retombé. Les gens parlent davantage des tarifs des bus, il y a la rentrée scolaire. Des politiques ont cherché à se faire de la pub, mais au final, il n’en reste pas grand-chose. Au début, beaucoup de gens se sont dit « On va enfin parler positivement de La Réunion. Et tout de suite, ça a été l’effet loupe, avec des médias sensationnalistes »</em>, analyse Edouard Marchal, journaliste basé à Saint-André.</p> <p>D’ailleurs, pour la plupart des Réunionnais comme Sébastien Hoarau, Saint-Pierrois : <em>« C’est sûr, on a parlé de La Réunion autrement que pour les attaques de requins. Mais est-ce que pour autant les gens seront capables de situer La Réunion sur une carte ? Je ne crois pas »</em>.</p> <p>Oui, La Réunion a été, pour un temps, le centre du monde. Mais maintenant que le flaperon a été identifié avec certitude comme venant du Boeing 777 de la Malaysia Airlines perdu en mer, l’île retrouve son ronronnement habituel. Les deux quotidiens réunionnais (Le JIR et le Quotidien) sont revenus aux affaires courantes : faits-divers, politique, économie… Et radio Freedom a repris le cours normal de ses émissions, de l’antenne ouverte en direct aux auditeurs qui évoquent des sujets aussi divers que la querelle de voisinage, la perte d’un portefeuille ou le vol d’une voiture sur le parking du Jumbo Score.</p> <p>Les journalistes confirment <em>:« C’est vrai que pendant un mois, ça a été la folie. On a tous été sollicités par les médias du monde entier ». « J’ai été interviewé par un type de Pékin</em>, confie Franck Cellier,<em> on n’a pas arrêté de recevoir des appels de la terre entière ».</em></p> <p>Comme les cyclones qui frappent régulièrement La Réunion, l’ouragan médiatique a été bref, mais intense. Et a laissé quelques traces. Johnny Bègue aspire à retrouver sa tranquillité, le volcan, qui s’était calmé, est à nouveau brièvement entré en éruption, et la dernière attaque d’un surfeur par un requin remonte au 22 juillet.</p> <p>La routine…</p> Sun, 06 Sep 2015 22:42:28 +0200 https://www.bakchich.info/france/2015/09/06/ile-de-la-reunion-un-debris-et-puis-s-en-va-64156 https://www.bakchich.info/france/2015/09/06/ile-de-la-reunion-un-debris-et-puis-s-en-va-64156 Barcelone est-elle en train de devenir la ville la plus Punk d'Europe? <p><b>Avec une nouvelle maire ex-squatteuse et assurément rebelle, la capitale catalane pourrait renouer avec son passé anarchiste pré-guerre civile et avec ses heures de gloire « Punk » des années 80. Reportage.<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46359/content_sagrada.jpg" style="height:726px; width:650px" />Barcelone change de façade. La capitale catalane réputée pour son tourisme festif mainstream a troqué son écœurant cocktail Mojito/Gaudi/Tapas pour une image beaucoup plus insolente. L'arrivée au pouvoir en mai dernier d'Ada Colau, nouvelle maire affiliée au parti Podemos et issue du mouvement des « indignés » n'est pas étrangère à ce climat d'arrogance. Venue des milieux anti-expulsion, Ada Colau, connue pour son passé d'ancienne squatteuse, a ouvert son mandat avec des mesures assez Rock'n roll. Entre autres : <a href="http://www.lindependant.fr/2015/07/24/ada-calau-fait-retirer-de-la-mairie-de-barcelone-le-buste-du-roi-d-espagne,2063956.php">le retrait du buste de l'ex-Roi Juan Carlos de la mairie</a> et <a href="http://www.lavanguardia.com/local/barcelona/20150629/54432600262/agueda-banon-activista-porno-directora-de-comunicacion-barcelona.html">la nomination à la com' de la ville d'une ancienne activiste « Post-Porn »</a> (pornographie féministe et subversive) sévissant à l'époque sous le pseudonyme de « Miss Culotte ». Iconoclaste, la mairie de Barcelone ? Cette montée de sève dans les institutions a suffisamment inquiété et/ou inspiré les deux grands partis indépendantistes pour qu'ils s'allient et affirment vouloir déclarer l'indépendance de manière unilatérale en cas de victoire aux Régionales. Bref, l'ambiance actuelle de la cité catalane réussirait presque à faire passer le Camden Town des années 70 pour un village Pierre et Vacances. Barcelone serait-elle ainsi en train de devenir la ville la plus punk d'Europe ?</p> <p></p> <p><strong><em>« Les statues et le porno, on s'en fout ! »</em></strong></p> <p></p> <p>Si c'est le cas, cela n'aura pas été sans difficultés... La victoire sur le fil de la nouvelle maire, à 1,5 point devant son prédécesseur Xavier Trias, est en effet due à une campagne besogneuse. Pour autant, ceux qui n'avaient pas vu arriver le phénomène Colau devaient habiter une autre planète que Barcelone ces dernières années. Depuis 2010, l'ancienne porte-parole de la Plate-forme des victimes de crédits hypothécaires (PAH) est devenue omniprésente dans la vie publique locale, puis nationale. En 6 ans, Colau et la PAH ont empêché plus d'un millier d'expulsions et relogé 2000 personnes mises à la rue sur tout le territoire espagnol. Une situation ubuesque due à l'explosion de la bulle immobilière espagnole combinée à une gestion sauvage des prêts calquée sur le modèle américain et que la Cour Européenne de Justice a jugée totalement illégale en 2013. La PAH a également réussi à focaliser l'attention médiatique grâce à sa charismatique porte-parole et à des méthodes peu orthodoxes : squatt d'immeubles vides appartenant aux banques pour reloger des expulsés, occupations massives d'agences bancaires et tapissage des façades des banques de tracts aux slogans fleuris pour dénoncer les pratiques frauduleuses et les prêts pourris… Des actions que la porte-parole de l'époque ne justifiait alors pas comme une posture « destroy » mais bien comme le dernier recours de citoyens abusés ayant épuisé toutes les voies légales.</p> <p>Qu'en est-il maintenant que la maire <em>Punkette</em> est passée du côté des puissants ? Dans le quartier populaire de la Barceloneta, l'un de ses bastions, le vernis « punk » de la ville avec ces histoires de statue royale ou de chef de com' porno-friendly, on s'en balance un peu. <em>« Franchement, elle peut embaucher une militante porno à la mairie, au moins celle-là, elle ne cache rien. On ne peut pas en dire autant de tous ces pourris qui ont détourné des millions ! » </em>lance Montse, 73 ans, en référence aux multiples scandales de corruption qui éclatent quotidiennement en Espagne et dont le dernier en date à Barcelone, celui de l'ex-président de Catalogne Jordi Pujol, a fortement amoché la cause indépendantiste<em>. « Les statues et le porno, on s'en fout ! L'important c'est de savoir si les gens ici vont la laisser changer les choses, avec les histoires d'expulsions, de tourisme et tout. Parce qu'il y a plein de corrompus qui ne veulent pas la laisser détruire le système ». </em>Augustin, 37 ans, tatouage de la Barceloneta sur l'avant-bras, fait allusion aux lignes directrices du programme de Colau et à ses premières grandes annonces depuis son arrivée, notamment sa proposition de doubler les logements à loyers modérés (entre autres en taxant les banques qui laissent des appartements vides) et le gel des licences touristiques censées protéger une ville saturée par le tourisme de masse. Ce dernier point est en effet une corde sensible pour Barcelone. Pour devenir la ville la plus « punk » d'Europe, une maire « grande gueule » et déterminée ne peut suffire. La ville doit encore trouver l'antidote au modèle de Feria low-cost qui s'est développé dans ses rues. Dans le même quartier de la Barceloneta, en 2014, les voisins pétaient les plombs. Trop de « tourisme de picole », trop de manque de respect. Cet été-là, plus d'un millier de personnes avait manifesté pour exprimer leur rejet de ce tourisme-poubelle et des nuisances qu'il génère (bruit, incivisme, etc.). Plus qu'à la punk attitude, il semblerait que les Barcelonais aspirent à la tranquillité.</p> <p></p> <p><strong>Barcelone, anar' dans son ADN</strong></p> <p></p> <p>Pour Pedro P., qui a travaillé un temps dans les milieux culturels à Madrid, Barcelone n'est en rien la ville la plus libertaire de la péninsule. «<em> Si tu veux monter quelque chose en dehors du créneau de l'identité catalane ou du délire touristique plage-gaudi-tapas, c'est très difficile. En plus, les gens sont crispés autour des nuisances sonores à cause du tourisme. Ici, la vie culturelle est morte ».</em> Un avis un peu extrême qui n'est pas partagé par <strong>Joni D.</strong> (Prononcez « Rôni Dé », la dernière initiale signifiant « Détruit ») auteur d'une <a href="http://http://www.casadellibro.com/libro-que-pagui-pujol-una-cronica-punk-de-la-barcelona-de-los-80/9788493833220/1872599">chronique autobiographique de la Barcelone punk des années 80 </a>et figure emblématique du mouvement dans la cité catalane.<em> « Je crois que Barcelone a toujours été la ville la plus Punk de l’État espagnol ! C'est l'une des seules villes de la planète dans laquelle a triomphé un mouvement insurrectionnel à fort caractère anarchiste, le mouvement du 19 juillet 1936. », </em>précise Joni en référence à cet été qui précéda la guerre civile. Viendra ensuite Franco. Peu après la mort du dictateur, Barcelone assiste à une nouvelle poussée anar'. <em>« En 1977, il a semblé que le mouvement de 36 pouvait renaître de ses cendres : à cette époque un mouvement libertaire avait mobilisé à de nombreuses occasions des centaines de milliers de personnes dans la ville » </em>se souvient le spécialiste. Punk dans son ADN depuis la guerre civile, Barcelone aurait été injustement éclipsée à l'international par la « Movida » madrilène des années 80.</p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46358/content_joniD.jpg" style="height:430px; width:650px" /><em>Joni Destruye (alias Joni D.), figure emblématique du mouvement Punk dans la cité catalane. (Photo, www.</em>guaixe.e<em>us) pense qu'il se prépare quelque chose d'important à Barcelone.</em></p> <p><em>« Madrid et ses politiciens, c'était une façade. Les artistes bobos, fils des classes puissantes et qui pouvaient se permettre un certain luxe artistique et une certaine transgression esthétique, ça leur allait parfaitement. À Barcelone, le mouvement punk était autogéré, avec une composante anarchiste très forte, et nous étions capables de grandir sans aucun appui »,</em> se souvient Joni D. Le règne Punk de Barcelone est de courte durée. En 1992, la ville, choisie pour organiser les Jeux olympiques, est « nettoyée », ses derniers Punk expulsés du centre-ville où ils avaient élu domicile.</p> <p>L'arrivée en force de Podemos dans l'échiquier politique, avec son modèle de décision censément horizontal, sa capacité d'autogestion, signerait-elle la revanche de la Barcelone Punk des années 80 ? <em>« Opportunité perdue d'avance </em>» affirme Joni D. qui préfère parier sur le modèle municipal de Colau, et sur la proximité, plutôt que sur un changement venu <em>« d'en haut ». </em>De là à croire que Barcelone puisse retrouver sa gloire « Punk » d'antan ... ? <em>« Je ne crois pas que voir des jeunes reproduire notre image et nos actions ait beaucoup de sens, </em>termine Joni D. <em>Par contre, ce qui ne change pas ce sont les envies d'auto-organisation, d'autogestion et d'autocontrôle de nos vies. Et dans ce sens, à Barcelone, cela fait quelques années qu'il se prépare quelque chose de vraiment important »</em>. Punk is not dead.</p> <p></p> Sun, 02 Aug 2015 16:33:21 +0200 https://www.bakchich.info/international/2015/08/02/barcelone-est-elle-en-train-de-devenir-la-ville-la-plus-punk-d-europe-64130 https://www.bakchich.info/international/2015/08/02/barcelone-est-elle-en-train-de-devenir-la-ville-la-plus-punk-d-europe-64130 Quand un ex-FN se prend pour Mahomet <p><b>Le journal Nord Littoral vient de recevoir une convocation devant le TGI de Boulogne-sur-Mer pour « injures publiques » envers François Dubout, ancienne figure du Front National. En cause, une caricature. Le directeur de publication du quotidien et le dessinateur sont convoqués. Coup de gueule.<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46302/content_la_solution_finale.jpg" style="height:483px; width:650px" /></p> <p><em>« Messieurs Dubout et Joly seraient-ils aussi chatouilleux que le sieur Mahomet ? »</em>. Jean-Michel Renault, caricaturiste pour le journal Nord Littoral, auteur du dessin « injurieux », se pose sérieusement la question. Il est convoqué le 19 juin prochain devant le TGI de boulogne-sur-Mer (voir convocation en bas de page) pour cette caricature publiée le 14 septembre 2014 dans le quotidien de la côte d'Opale, une convocation qui selon lui, <em>« remet en cause le droit à la caricature ».</em></p> <p>Il nous explique pourquoi ce dessin n’est qu’ « un dessin de presse », « une simple caricature » qui vient appuyer un fait d’actualité :</p> <p>Sous les traits de crayon de l’artiste, quatre personnes : François Dubout (ex membre du Front National), Thomas Joly (ancien FN et secrétaire national du Parti de la France), Yvan Benedetti (exclu du FN pour s’être auto-proclamé antisioniste, antisémite et anti-juif) et Kévin Rèche (croix gammée tatouée sur le torse, leader du Collectif « Sauvons Calais »). Les quatre comparses flottent sur des embarcations-cercueils en forme de S, reconstituant le sigle nazi "SS", symbolisant le réveil du nazisme. D’autres détails assimilables au 3ème Reich sont également visibles, comme ces casquettes griffées d’une croix gammée. Le texte : <em>« Ils mériteraient qu’on les émigre à leur tour, ce serait la solution finale à la connerie »</em>, fait allusion à la « solution finale » employée par les soldats d’Hitler pendant la seconde guerre mondiale, pour exterminer, par tous moyens, le peuple juif. Là, il s'agit donc de venir à bout de la connerie.</p> <p>Le dessin incriminé est paru le dimanche 14 septembre 2014 dans la rubrique « Echos et chuchotements » et plus exactement, dans « L’espace Renault », le petit coin dédié au caricaturiste. Cette rubrique satirique hebdomadaire croque l’actualité et, cette semaine-là, avait eu lieu un rassemblement du Collectif « Sauvons Calais » devant l’Hôtel de ville, sur la question des migrants. Le mouvement, porté par le jeune Kévin Rèche, entend lutter contre <em>« l’immigration de masse et les associations de défense des clandestins »</em> et lors de cette manifestation, le leader du groupe était entouré des sieurs Benedetti, Joly et Dubout, anciennes têtes d’affiche du Front national, recasés notamment au <em>Parti de la France</em> dont le dernier tract de propagande s’intitule <em>« Vous avez aimé l’immigration ? Vous allez adorer l’islamisation ! »</em></p> <p>Le rassemblement a été relayé par tous les médias et le quotidien Nord Littoral y a consacré une double page, retraçant les moments forts de cette manif, à savoir les saluts nazis qui y ont été relevés et les slogans de type <em>« On demande l’expulsion, voire le rejet à la mer des migrants de Calais » « Il faut nettoyer la Ville de tous ces immigrés en attente de passage vers l’Angleterre »</em>. C’est donc <em>« avec humour, et au second degré que ce dessin est né »</em>, explique le caricaturiste Jean-Michel Renault qui ne comprend pas que l’on puisse y voir une <em>« injure gratuite</em> ». Philippe Hénon, rédacteur en chef du quotidien, est également étonné de cette mise en examen : <em>« Cette rubrique satirique existe depuis 20 ans et tous les groupes politiques y sont caricaturés. Certes, le dessin de Renault est un peu fort mais il est bien tourné ».</em></p> <p>Le dessinateur de rappeler : <em>« En France, on a le droit de ne pas être d’accord avec tout le monde et on a le droit de l’exprimer et de le dessiner. Le droit à la caricature a été institué en France à la Révolution, puis consolidé en 1881 avec la loi sur les libertés de la presse où il est clairement dit que les caricaturistes n’ont plus l’obligation d’obtenir l’accord préalable de leurs "victimes" »</em>.</p> <p>Nombre de journaux, de sites internet et de dessinateurs ont apporté leur soutien au directeur de publication de Nord Littoral et à son dessinateur Jean-Michel Renault. Certainement parce qu’eux aussi, comme nous, rêvent à une solution finale contre la connerie.</p> <p></p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46303/content_convocation1_FN.jpg" style="height:800px; width:579px" /></p> <p><strong><em>Merci à Jean-Michel Renault de nous offrir ce dessin qu’il souhaite voir relayé sur tous les réseaux, au nom de la liberté d’expression. Alors relayons !</em></strong></p> Sun, 31 May 2015 02:06:31 +0200 https://www.bakchich.info/france/2015/05/31/quand-un-ex-fn-se-prend-pour-mahomet-64062 https://www.bakchich.info/france/2015/05/31/quand-un-ex-fn-se-prend-pour-mahomet-64062 Se masturber rendrait les mains enceintes <p><b>Attention ça pique. Sur la grossesse et le coït on croyait avoir tout entendu (en questions cons). Et pourtant, dans la série "le saviez-vous?", les mains peuvent tomber enceintes. Oui les mains.<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46309/content_tripl_s.jpg" style="height:515px; width:650px" /></p> <p>Il s'appelle Mücahid Cihad Han, il est prédicateur musulman en Turquie et il intervient régulièrement en direct sur la chaîne 2000 TV. Les téléspectateurs posent des questions, il répond, un genre de "Magazine de la santé" version religieuse...et cocasse. Et donc à la question d'un jeune homme : "Est-ce grave de continuer de se masturber quand on est marié ? ", le prédicateur répond : "Il faut résister aux tentations de Satan", et ajoute : " Ceux qui ont des rapports sexuels avec leurs mains trouveront leurs mains enceintes dans l’au-delà ". Voilà pour la réponse, vient ensuite le conseil : "Si un téléspectateur est célibataire, je lui conseille de se marier au plus vite".</p> <p>Immédiatement après cette allocution remarquée, les réseaux sociaux se sont enflammés et nombre de moqueries ont été twittées, ou plutôt, des questions pertinentes ont fusé : " Est-ce qu'avec un préservatif on est protégés ? " ; " Quelle est la période de gestation ? "... Un déferlement de réactions qui a fait retweeter Mücahid Chiad Han, lequel a affirmé : "La masturbation est interdite dans l’Islam".</p> <p>Et, en effet, la Sourate 23 du Coran, dans ses versets 1 à 7, est rédigée comme suit : " <strong>Bienheureux sont certes les croyants, ceux qui sont humbles dans leur Salât (prière), qui se détournent des futilités, qui s’acquittent de la Zakât (qui aide son prochain), et qui préservent leurs sexes (de tout rapport), si ce n’est avec leurs épouses ou les esclaves qu’ils possèdent, car là vraiment, on ne peut les blâmer ; alors que ceux qui cherchent au-delà de ces limites sont des transgresseurs " (1).</strong> </p> <p>Selon trois grandes écoles de la religion musulmane (shaféite, hanafite ou malikite), ces versets sont clairs : ils interdisent la masturbation, l'utilisation de son sexe ne peut se faire qu'avec sa partenaire ou son épouse et uniquement à des fins de procréation (pour perpétrer l'espèce humaine) et non de plaisir, est-il précisé par ailleurs. Seule l'école hanbalite autoriserait la masturbation, si et seulement si, elle permet d'éviter l'adultère ou si l'homme n'est pas en capacité de se marier.</p> <p>De quoi se masturber l'esprit, au moins pour les 12 600 followers du compte Twitter du prédicateur.</p> <p>Quand même, des mains enceintes (même dans l'au-delà) ....</p> <p></p> <p>(1) Traduction de Mouhammad Patel sur <a href="http://muslimfr.com/la-masturbation-2/">Muslimfr.com</a></p> Wed, 27 May 2015 00:06:55 +0200 https://www.bakchich.info/international/2015/05/27/se-masturber-rendrait-les-mains-enceintes-64056 https://www.bakchich.info/international/2015/05/27/se-masturber-rendrait-les-mains-enceintes-64056 HARCÈLEMENT AU TRAVAIL, LE MAL PERSISTE <p><b>Humiliations, brimades, injures, violences psychologiques, remarques grivoises, le harcèlement au travail toucherait plus d’un salarié sur cinq en France. Devenue un délit en 2002, cette nuisance sournoise continue d’anéantir des salarié.e.s à petit feu. Bakchich fait le point sur cette arme de destruction massive, parfois impalpable et improuvable, qui gangrène tous les domaines professionnels. <b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46294/content_harc_lement.jpg" style="height:733px; width:650px" /></p> <p>L’ex-PDG de France Telecom, Didier Lombard, mis en examen après la vague de suicides survenue chez l’opérateur entre 2008 et 2009 ; Carrefour contraint de verser 15 000 euros d'amende en février 2013 ; une ex-directrice d'agence du Crédit coopératif condamnée en septembre 2014... les procès pour harcèlement moral (HM) se multiplient et les sanctions pleuvent. Cependant, le mal persiste.</p> <p></p> <p>Selon une enquête Sumer (Surveillance Médicale des Expositions aux Risques professionnels) réalisée par la Direction de l’animation de la recherche des études et des statistiques (DARES), 16% des salariés se disaient victimes de HM en 2003 et 22% en 2012. Mais, le harcèlement au travail, qu'est-ce que c'est ? La loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 liste des éléments qui peuvent le constituer : critiques incessantes, sarcasmes répétés, humiliations, propos calomnieux, menaces, « mises au placard », conditions de travail dégradantes, refus de toute communication, absence de consignes ou consignes contradictoires… Le texte indique qu’aucun salarié ne doit subir ces agissements répétés « qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel » (article L 1152-1 du Code du Travail).</p> <p></p> <p>En cas de HM, le salarié peut poursuivre l’entreprise devant le conseil de Prud’hommes, et son auteur en justice (art. 222-33-2 du code pénal). Les juges s’assurent alors que les faits allégués sont établis en s’appuyant sur des preuves concrètes. Si l’employeur ne parvient pas à justifier ses actes, il devra indemniser son employé.</p> <p></p> <p>Mais le caractère pernicieux du HM réside justement dans son invisibilité et son incapacité à le prouver. En outre, les victimes traumatisées et apeurées trouvent rarement la force de se lancer dans des procédures et de dénoncer les abus qu’elles subissent. Cédric Porte, scénariste de formation et actuellement en recherche d’emploi, en a fait les frais. Il relate ses six mois en enfer dans <em>Travailler à tout prix</em> (co-écrit avec Nicolas Chaboteaux, Les Editions du Moment, février 2015). Embauché comme « ingénieur cogniticien » dans une entreprise de conseil et d’audit, Cédric déchante très vite quand il se retrouve confiné dans un bureau avec interdiction d’adresser la parole à qui que ce soit. Tous les jours, son formateur lui téléphone à des horaires différents et le convoque dans son bureau pour des séances d’humiliation verbale. Parfois, il lui ordonne d’injurier d’autres employés à son tour : « <em>Si on refusait, il continuait à nous insulter jusqu’à ce qu’on craque. C’était très pervers. </em>» L’ingénieur cogniticien doit aussi effectuer des résumés quotidiens et les refaire à l’infini, sans aucune consigne ou sans qu’on lui explique pourquoi son travail n’est pas satisfaisant. « <em>Ces tâches ne sont pas faites pour être exécutées mais pour nous mettre dans une situation d’échec et nous faire perdre tous nos repères. Du coup, le doute s’installe, on se remet en question et on se dit qu’on est nul. C’est un moyen de contrôler totalement les personnes et de les transformer en robots</em> ».</p> <p></p> <p>Cet endoctrinement et ce processus de déshumanisation visent à « <em>créer une race de salariés supérieurs</em> », une mission que la direction revendique ouvertement. Par peur, personne n’ose se rebeller. Selon Cédric, l’omerta résulte aussi d’un « <em>sentiment de honte des victimes. C’est comme un viol, sauf que c''est ton esprit qui est bafoué et non ton corps. Je n’arrivais plus à dormir la nuit. Tous les jours, je vomissais avant de partir au travail et le soir je pleurais sous la douche. Un jour, j’ai regardé par la fenêtre et j’ai pensé au suicide. Ç​a a été un déclic, je me suis dit qu’il fallait que je m’en aille</em>. » Il n’existe pas de véritables statistiques sur le lien entre travail et suicide mais la DARES prépare actuellement une enquête sur les risques psychosociaux, dont les premiers résultats seront disponibles en 2016, qui permettra d’approfondir cette question.</p> <p></p> <p>Quand les responsables de HM sont dénoncés et condamnés, ils ont déjà causé des dégâts psychologiques et physiques. Alors âgée de 25 ans, Marie-Ange travaille dans une Sem (Société d’économie mixte) immobilière. Son patron harcèle tous ses employés, qui le décrivent comme un pervers narcissique. « <em>La secrétaire se bloquait régulièrement le cou et portait une minerve tant elle accumulait de stress. Il la traitait d'incompétente devant tout le monde, lui demandait si avant d'être secrétaire de direction elle ne vendait pas des légumes sur le marché, si c'était possible d'être aussi idiote et il riait. On la défendait mais il s'en foutait et en rajoutait même. </em>» Malgré des courriers de signalement et des lettres de désespoir adressées à la direction, la secrétaire doit se contenter de périodes de formation comme sas de décompression.</p> <p></p> <p>Un jour, après une violente dispute avec son patron, Marie-Ange se rend chez son médecin, choquée et en pleurs. <em>« Il m'a dit : « Laissez tomber, ces hommes-là gagnent à tous les coups, si vous voulez sauver votre peau, quittez la société et refaites-vous une vie professionnelle ailleurs </em>». <em>Il m'a prescrit une semaine d'arrêt et puis je suis retournée travailler, stressée et sans avoir porté plainte. Au bureau, rien n'a changé, mais quatre ans pus tard, je changeais de métier. </em>»</p> <p></p> <p>Si partir reste la meilleure solution pour sauver sa peau, encore faut-il le pouvoir.</p> <p></p> <p></p> <p><u><strong>Harcèlement moral :</strong></u></p> <p><u><strong>La France malheureusement bien placée en Europe</strong></u></p> <p></p> <p>D’après l’étude « Les facteurs de risques psychosociaux en France et en Europe, une comparaison à travers l’enquête européenne sur les conditions de travail » publiée en décembre 2014 par Dare Analyses, 14% des salariés en France déclarent avoir subi des violences verbales et 6% des menaces et des comportements humiliants au cours du mois précédant l’enquête (respectivement 11% et 5% au sein de l’UE). Sur la même période, 9% des salariés en France déclarent avoir été objet d’intimidation ou de harcèlement moral (premier rang avec la Belgique et les Pays-Bas parmi les pays de l’UE à 27), contre moins de 1% en Italie, Bulgarie ou Pologne et 3% ont subi des violences physiques.</p> <p></p> <p>L’enquête a classé les risques psychosociaux au travail en six catégories : les exigences du travail, les exigences émotionnelles, l’autonomie et les marges de manœuvre, les rapports sociaux et relations de travail, les conflits de valeurs, l’insécurité économique. La France est le seul pays dont le niveau d’exposition est supérieur ou égal à la moyenne européenne pour chacun de ces six points. Seules les exigences temporelles du travail sont à un niveau équivalent à la moyenne européenne. Pour le reste, les salariés en France subissent en moyenne plus de demande émotionnelle, ils déclarent plus souvent manquer d’autonomie et de soutien social et vivre des conflits de valeurs.</p> <p></p> <p></p> <p></p> <p></p> Wed, 20 May 2015 13:58:14 +0200 https://www.bakchich.info/france/2015/05/20/harcelement-au-travail-le-mal-persiste-64048 https://www.bakchich.info/france/2015/05/20/harcelement-au-travail-le-mal-persiste-64048 Un journaliste macédonien menacé de mort <p><b>La Macédoine, candidate à l'entrée dans l'Union Européenne, 117e au classement de la liberté de la presse (Reporters Sans Frontières), n'est vraiment pas « charlie ». Hier, Borjan Jovanovski, journaliste estimé pour son indépendance, a reçu à son domicile une couronne mortuaire portant le message « Dernier au revoir ». Un « acte grave d'intimidation » dénoncé par la Fédération Européenne des Journalistes.<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46248/content_La_femme_de_Borjan_Jovanovski_tenant_la_couronne_fune_raire.jpg" style="border-style:solid; border-width:20px; height:800px; margin-left:90px; margin-right:90px; width:440px" /></p> <p><em>Le journaliste macédonien a reçu un bien étrange colis : une couronne mortuaire que sa femme montre sur les réseaux sociaux. (Photo DR)</em></p> <p>C'est à son domicile, à Skopje en Macédoine, que Borjan Jovanovski a reçu une énième menace à son encontre. Outre les mails ou commentaires qu'il reçoit régulièrement sur sa page Facebook, l'intimidation est passée à un niveau supérieur hier. Alors qu'il est en voyage professionnel à Bruxelles, sa femme et ses enfants reçoivent la visite d'un inconnu. Dans les bras du jeune homme, une couronne mortuaire avec un message sans aucune ambiguïté : « Dernier au revoir ». Il ajoute que la livraison est faite au nom de Todor Aleksandrov, un héros controversé en Macédoine, célébré par le parti au pouvoir, le VMRO DPMNE. Celui-ci a condamné la menace et assure être étranger à cette affaire. « <em>C'est cette référence à Todor Aleksandrov qui nous fait dire que c'est une affaire politique et c'est la conséquence de dix ans de menaces qui visent les journalistes indépendants. Une chasse aux sorcières. Après, est-ce l'acte d'un activiste ou un ordre du gouvernement macédonien ? On ne sait pas </em>», nous confie Tanja Milevska, la nièce de Borjan Jovanovski, elle aussi journaliste indépendante. Installée à Bruxelles, membre du conseil de direction de l'Association belge des Journalistes professionnels, elle rapporte régulièrement les atteintes à la liberté de la presse dans son pays, notamment sur la plateforme de protection des journalistes du <a href="http://www.coe.int/fr/web/media-freedom/home">Conseil de l'Europe</a>. La police, elle, s'est rendue chez Borjan Jovanovski, sans laisser de copie du PV. Une méthode classique : sans PV, pas de procédure.</p> <p></p> <p>Borjan Jovanovski est un journaliste connu et reconnu en Macédoine. Il a longtemps travaillé pour l'une des plus anciennes chaînes de télévision privées A1 TV, fermée en 2011. Suite à une affaire d'évasion fiscale, le propriétaire Velija Ramkovski a été envoyé en prison. « <em>Pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas cherché à récupérer l'argent ? Pourquoi n' a-y-t-il pas eu d'amendes ? Le but, c'était simplement de fermer A1 TV</em> », dénonce Tanja Milevska. Les médias traditionnels étant sous contrôles étatiques, Borjan Jovanovski a donc dû trouver le moyen de continuer à faire son métier, très critique envers le gouvernement actuel, en créant son propre média sur le web : novatv.mk.</p> <p></p> <p><strong>Les journalistes mis sur écoute</strong></p> <p>Il est loin d'être le seul à devoir faire face aux pressions. En mars dernier, Reporters Sans Frontières condamnait la mise sur écoute d'une <a href="http://fr.rsf.org/macedoine-une-centaine-de-journalistes-03-03-2015,47639.html">centaine de journalistes macédoniens</a> : "<em>Lors d’une conférence de presse mercredi 25 février, le chef de l’opposition Zoran Zaev, a rendu public six enregistrements audio, dans le but de démontrer l’étendue de l’influence gouvernementale sur les médias. Selon lui, </em><em>les personnes mises sur écoute sont à la fois des éditeurs de médias pro-gouvernementaux et des journalistiques critiques, comme l’ancien rédacteur en chef du magazine Fokus, Nikola Mladenov, aujourd’hui décédé."</em></p> <p></p> <p>L'intimidation vient aussi parfois de la profession elle-même. Dans son talk show, le présentateur Milenko Nedelkovski a ainsi demandé que <em>« les traîtres »</em> tels que Borjan Jovanoski <em>« soient envoyés au cimetière »</em>. Comme le précise Tanja Milevska, «<em> le Premier Ministre est un invité régulier de son émission. Le parti au pouvoir a créé une atmosphère de haine envers les journalistes indépendants qu'ils qualifient de "traîtres" et d' "espions étrangers". Aucun de ces discours n'a été politiquement condamné et n'a fait l'objet d'aucune procédure légale. »</em></p> <p></p> <p>Ricardo Gutierrez est secrétaire général de la Fédération Européenne des Journalistes : « <em>Comme l'Azerbaïdjan, c'est un point noir de la presse en Europe. Nous dénonçons ce cas grave auprès du Conseil de l'Europe dont le pays fait partie. C'est le moyen le plus efficace pour faire pression sur le gouvernement macédonien.</em> »</p> <p></p> <p>Sur Twitter et surtout sur Facebook, la photo de la femme de Borjan Jovanovski tenant la couronne mortuaire se propage et les réactions de soutien se multiplient. Les journalistes macédoniens se sont rassemblés aujourd'hui 22 avril 2015 à midi devant le gouvernement « <em>pour renvoyer la couronne funéraire à leur expéditeur</em> ».</p> <p></p> <p></p> <p></p> Wed, 22 Apr 2015 13:16:19 +0200 https://www.bakchich.info/international/2015/04/22/un-journaliste-macedonien-menace-de-mort-64005 https://www.bakchich.info/international/2015/04/22/un-journaliste-macedonien-menace-de-mort-64005 Radio France : Fin de la grève mais pas du combat ! Témoignage <p><b>Lise, 30 ans, est « précaire » à Radio France. Elle a vécu la grève, mais de loin, parce que sa précarité (et celle de centaines d’autres journalistes de la Maison), n’était pas le sujet. Et pourtant, à bien y réfléchir...<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46236/content_content_fin-greve-radio-france.jpg" style="height:418px; width:600px" /></p> <p>Les grévistes ont donné de la voix pendant 28 jours, ou plutôt, ils ont coupé le son, laissant place nette à une playlist qui en a énervé plus d’un. Et à la fin, on lève le piquet et personne ne gagne. La presse (celle qui ne grève pas) relaie en effet : <em>« Une sortie de grève amère pour tous »</em>.</p> <p>Les audiences des radios du groupe (France Bleu, France Culture, France Inter…) n’ont certes pas énormément chuté mais la direction a tout de même cédé (à demi) et annoncé qu’il y aurait de nouvelles négociations (ordre du médiateur oblige). Le pourquoi de la grogne c’est le Plan stratégique proposé par le nouveau PDG de Radio France, Mathieu Gallet, pour éviter que le bateau ne coule, car oui, le bateau coule. Avec un déficit record de 21 millions d’euros annoncé sur son budget 2015, et un chantier de rénovation-remise-aux-normes du siège parisien de la Maison de la radio (dont le coût frise le demi-milliard d’euros (sans rire)), il n’est pas exagéré de parler de naufrage. Tous les salariés sont d’ailleurs d’accord sur ce point : il faut trouver des économies. Mais pour ce faire, ils ne veulent supprimer aucun poste, ils ne veulent pas fusionner les deux orchestres philarmoniques et encore moins réduire leurs avantages (récemment <a href="https://www.ccomptes.fr/Actualites/A-la-une/Radio-France-les-raisons-d-une-crise-les-pistes-d-une-reforme">dénoncés par la Cour des comptes</a>) comme il en aurait été question. Donc grogne, donc grève. Quelque 180 manifestants sur les 2600 salariés que compte Radio France (dont 600 journalistes permanents), se sont mobilisés, ce n’est pas beaucoup mais ça fout le bordel. Un petit bordel dans lequel les « précaires » de la maison de la Radio n’ont pas eu leur mot à dire.</p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46237/content_mrf50_edifice_mobile_crop_light_0.jpg" style="height:338px; width:600px" /><em>Le Siège de Radio France à Paris se paie un lifting-remise-aux-normes à près d'un demi-milliard d'euros. (Photo DR).</em></p> <p>Voilà, c’est ici que Lise(1) intervient et qu’elle accepte de nous parler. De son job, de ses conditions de travail, de la précarité et de l’avenir, qu’elle voit à Radio France, bien sûr.</p> <p>Lise a 30 ans. Jolie brunette dynamique et pétillante, elle est « précaire » à Radio France. Elle fait partie des 103 journalistes inscrits « au planning », c’est-à-dire en CDD- assuré pendant 1 à 6 ans (c’est selon) par bribes de missions de 2, 5, 10, 30 jours ou plusieurs mois au sein des rédactions qui ont besoin d’elle à Périgueux, Bordeaux, Lyon, Strasbourg ou ailleurs (partout où il faut « boucher des trous » en fait). Entre parenthèses, le « planning », c’est le CDD-passage-obligé que tu obtiens en passant un « concours interne » alors que tu piges forcément pour Radio France depuis 1 ou 2 ans, un passage obligé juste avant la titularisation qui peut, d’ailleurs, ne jamais te concerner. Fermez la parenthèse.</p> <p></p> <p><strong>« La DRH travaille à la tête du client »</strong></p> <p></p> <p>Et donc, Lise, c’est une passionnée du média radio, et elle est douée. Lise est capable de faire des directs, de traiter les sujets que les titulaires ne veulent pas se taper (des sujets chiants qu’elle doit sublimer), Lise est capable d’être fraîche et dispo à 6 heures pour présenter une matinale qu’elle a préparée jusqu’à 22 heures la veille, parce que Lise, 30 ans, est « au planning » de Radio France ! Oui, Lise a fait péter le champagne quand enfin elle a réussi le concours et oui elle est consciente de se féliciter d’avoir signé un CDD après 1 an de piges à une soixantaine d’euros bruts l’enrobé. Mais au fond, Lise la « précaire » déteste sa précarité. Lise n’est pas sereine, Lise en a plein le nagra(2) et c’est pour cela qu’avec ses autres petits copains précaires, ils cherchent des solutions pour améliorer leurs conditions et par là-même aider la radio à redorer son blason. Ces solutions, elles ne viendront certainement pas des ressources humaines. La DRH est une peau de vache (c’est pour la rime), semble-t-il. Lise la déteste : <em>« Elle nous envoie n’importe où, n’importe quand, sans logique géographique ni même de planning de missions. Elle nous traite ouvertement et en souriant de « bouche-trous » et elle travaille à la tête du client ! Certains n’ont pas bossé depuis janvier et moi j’enchaîne les missions. Par exemple, je pars demain pour 15 jours dans le Nord et dès la fin de mon contrat, je dois être dans le Sud-Ouest pour 5 jours… alors que j’habite dans le Sud-Est. En fait son job c’est de faire craquer les plus fragiles, de repérer les canards boiteux et de ne garder que les « tueurs », ceux qui n’ont pas de vie et qui sont capables de dormir à la radio et d’aimer ça »</em>.</p> <p></p> <p><strong>Des CDI régionaux ?</strong></p> <p></p> <p>Lise explique qu’à chaque mission, à chaque parachutage dans une rédaction locale, il faut qu’elle soit au top, pimpante et souriante, docile, bosseuse, rapide et efficace et toujours re-souriante. Elle parle du rapport que doit écrire le rédacteur en chef à son sujet même si elle n’a passé que 3 jours à la rédac’, elle parle du boulot <em>« fait à l’arrache »,</em> elle parle des titulaires qui ne se rappellent plus qu’ils sont passés par là (pas tous) et qui enfoncent les clous. Elle parle de cette non-vie-de-famille qui va avec le job et des « tueurs » de Radio France, à cause desquels <em>« tu n’oses pas dire que tu aimerais fêter Noël en famille. Parce que quand t’es « précaire » à Radio France, à Noël, tu manges du reportage et tu te tais, avec le sourire évidemment ».</em></p> <p>Parce qu’elle est consciente que la société pour laquelle elle travaille est un icône du service public, parce qu’elle est consciente qu’elle est faite pour ce métier qu’elle affectionne particulièrement et surtout parce qu’elle est consciente que sa boîte sombre, tant financièrement que qualitativement, elle veut être force de proposition.</p> <p></p> <p><strong>Pôle emploi paie pour Radio France </strong></p> <p></p> <p><em>« Et si le direction mettait en place un système de CDI régionaux ? Si au lieu d’être envoyés en missions dans toute la France, nous payer le train, l’avion, l’hôtel, les repas, etc.. chaque journaliste travaillait sur une région en particulier ? Et s’il n’y avait plus de « planning », plus de CDD, mais des CDI pour nous éviter de jongler entre Radio France et Pôle emploi ? ». </em></p> <p>Oui, Lise est bien en train de dire que Radio France contourne la loi en faisant signer des centaines de CDD les uns à la suite des autres à un même journaliste, prenant soin, évidemment, de changer l’intitulé du poste à chaque fois, pour éviter la sanction.</p> <p>Oui, Lise est bien en train de dire que tous ses frais sont pris en charge par la Radio, sauf quand ils dépassent le plafond (pour une mission de plus d'un mois, comptez un max de 500€ de loyer pris en charge en province et de 650 à Paris) et là, c’est elle qui raque.</p> <p>Oui, Lise est bien en train de dire que quand un « précaire » de Radio France ne travaille pas pour Radio France, c’est Pôle emploi qui prend le relais. D’accord, c’est toujours l‘Etat qui paie mais, poursuit-elle <em>« C’est à chaque fois rocambolesque ! On croise les conseillers tous les mois des fois, il faut fournir des tonnes de papiers, ce ne sont jamais les mêmes paies et donc jamais les mêmes indemnités. Les conseillers s’y perdent et  parfois avant même de recevoir notre chômage on est déjà repartis en mission… ».</em></p> <p>Et puis il y a la vie privée<em>. « Laquelle ?, </em>interroge-t-elle ironiquement<em>. C’est difficile de faire des projets, comme toute personne en CDD, ceci dit. Il faut toujours être disponible parce que refuser une mission ne se fait pas, alors, caler une semaine de vacances avec mon chéri, c’est chaque fois toute une histoire… ».</em></p> <p>Bien sûr la solution des CDI régionaux ne remboursera pas le lifting de la Maison de la Radio, mais c'est déjà une belle piste d'économies. Et puis n’oublions pas que les « précaires » de Radio France font tourner la machine. Emissions, directs et journaux sont souvent réalisés par les nombreux « précaires », voire même présentés par eux. Alors si aujourd’hui la grève est finie, leur combat à eux continue et la génialissime playlist de grève de Radio France n’a peut-être pas soufflé son dernier son.</p> <p></p> <p></p> <p>(1) Prénom d’emprunt</p> <p>(2) Marque d’enregistreurs sonores professionnels.</p> Fri, 17 Apr 2015 19:19:13 +0200 https://www.bakchich.info/france/2015/04/17/radio-france-fin-de-la-greve-mais-pas-du-combat-temoignage-63996 https://www.bakchich.info/france/2015/04/17/radio-france-fin-de-la-greve-mais-pas-du-combat-temoignage-63996 Refusée au Sénat, la légalisation du cannabis n’a pas dit son dernier mot <p><b>Le 2 avril, le Sénat a fermé la porte à cette possibilité de légaliser le cannabis en France, proposition formulée par la sénatrice EELV Esther Benbassa. Exit la vente de shit aux côtés des cigarettes et des timbres dans les tabacs. Exit ? Pas pour longtemps.<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46203/content_cannabisCasoli.jpg" style="height:492px; width:600px" />Ils avaient argumenté, détaillé et démontré les bienfaits de la légalisation du cannabis en France, mais la proposition de loi de la sénatrice EELV est partie en fumée, ce 2 avril, devant le Sénat. Contactée <strong>Esther Benbassa</strong> ne baisse pas les bras.</p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46201/content_benbassa3.jpg" style="border-style:solid; border-width:30px; height:233px; margin-left:110px; margin-right:110px; width:291px" /></p> <p><em>Esther Benbassa, sénatrice EELV du Val-de-Marne, est à l'initiative de cette propostion de loi.</em></p> <p><em>« Dans 10 ans, la France y viendra. C’est un texte historique, présenté pour la première fois devant le Sénat et qui a ouvert la discussion. Il y a eu 20 abstentions et un sénateur UMP qui a voté pour cette proposition de loi, alors, quelque part, nous avons démontré que <strong>le système répressif actuel ne fonctionne pas</strong>. En France, nous ne sommes pas pragmatiques. Les politiciens sont davantage dans les préjugés que dans l’idée d’agir. On dit « C’est mauvais pour la santé, alors il faut réprimer ». Bon. Nous nous proposions quelque chose de différent, qui a fait ses preuves chez nos voisins. Laissons le temps au temps, et <strong>dans 10 ans, nous y viendrons</strong>, certainement par le canal du cannabis thérapeutique. »</em></p> <p></p> <p><strong>Les esprits se sont ouverts</strong></p> <p></p> <p>La sénatrice soutient cette idée depuis des années. Pour plusieurs raisons qu’elle a exposées devant la Chambre Haute. D’abord parce que l’expérience de nos voisins est positive ; ensuite parce que de façon incontestable, ce serait une manne financière considérable pour l’Etat qui pourrait ainsi développer de nombreux projets ; et enfin et surtout parce que la légalisation serait un excellent moyen de mener une politique de prévention en profondeur, quant à l’usage et la consommation de cette plante, et ainsi particper à réduire les addictions. « Mieux vaut prévenir que guérir » dit le proverbe français, exactement le message que la proposition de loi de la sénatrice entendait faire passer.</p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46199/content_cannabis2.jpg" style="height:433px; width:650px" /></p> <p>550 000 consommateurs de cannabis quotidiens en France, la France, le plus gros consommateur de shit d’Europe et des arrestations à la pelle pour quelques grammes de résine dans la poche et un joint à la bouche…. La réalité c’est ça.</p> <p>Des milliers de jeunes accrocs à la fumette enrôlés dans le trafic pour subvenir à leur consommation personnelle, des milliers de jeunes en centre de désintox pour ne plus brûler des boulettes, et des réseaux étrangers qui alimentent les cours de récré en petits sachets de têtes vertes. La réalité c’est ça, aussi.</p> <p></p> <p><strong>Cannabis, tourisme et p’tits projets</strong></p> <p></p> <p>Des réalités qui pourraient s’auto-anéantir en passant par la légalisation du cannabis (récréatif).</p> <p>Autre exemple que le Danemark, l’Allemagne ou le Portugal, l’Etat du Colorado aux Etats-Unis, a sauté le pas en janvier 2014 et a légalisé le cannabis. Et le Colorado a gagné beaucoup, beaucoup d’argent (2,5 millions de dollars le premier mois). Trop même. Il a dû en reverser à ses administrés car une loi prévoit que l’Etat ne peut pas (trop) s’engraisser sur le dos de ses citoyens. De l’argent qui a servi à moderniser les écoles par exemple et également à financer des campagnes de prévention télévisées, montrant par exemple que l’on peut jouer au basket en étant défoncé, mais que l’on ne peut pas conduire défoncé pour se rendre à un match de basket. Expérience réussie ? Semble-t-il. Avec un autre effet positif par ricochet : l’affluence de « touristes » des contrées alentours qui viennent voir « du paysage » et contribuent ainsi à l’économie de l’Etat...</p> <p>Esther Benbassa qui participe également aux discussions parlementaires sur la lutte contre le terrorisme indique <em>« sur cette question-là, aussi, il n’y a pas ou peu de travail en amont, la réflexion menée tourne autour de la répression, pour séduire l’électorat ».</em> Cependant elle reste optimiste parce que : <em>« Cette proposition de légaliser le cannabis a beaucoup fait parler et réfléchir, tant l’opinion publique que la classe politique ». </em>A suivre donc.</p> <p></p> Fri, 03 Apr 2015 16:28:27 +0200 https://www.bakchich.info/société/2015/04/03/refusee-au-senat-la-legalisation-du-cannabis-n-a-pas-dit-son-dernier-mot-63975 https://www.bakchich.info/société/2015/04/03/refusee-au-senat-la-legalisation-du-cannabis-n-a-pas-dit-son-dernier-mot-63975 Le cannabis pour renflouer les caisses de l’Etat. T’en veux ? <p><b>Le magazine VoxPop (ArteTV) posait la question, dimanche 29 mars, de la légalisation du cannabis en France. Les Français seraient contre, mais la question revient le 2 avril sur les bancs feutrés du Sénat parce que le cannabis, ça pourrait rapporter gros. Focus.<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46191/content_cannabis_s_nat.jpg" style="height:454px; line-height:20.7999992370605px; width:600px" /></p> <p><em>« Un monde sans drogue peut-il exister ? »</em>, c’est ce qu'a demandé le maire Europe écologie les verts de Sevran, Stéphane Gatignon, au présentateur de Vox Pop. Mais l’élu avait la réponse : <em>« Je crois que non. Partant de là, regardons les choses en face ! La politique de répression mise en place dans notre pays est un échec et elle coûte très cher à l’Etat. Rien qu’en policiers, comptez 500 à 700 millions d’euros par an ! »</em>. Avec près de 130 000 interpellations annuelles pour stup’ sur le territoire, la France serait-elle embrumée dans le trafic de cannabis ? Qui ne connaît pas quelqu'un qui ajoute deux ou trois boulettes concentrées en THC dans sa cigarette ? Un rapport de Terra Nova (Fondation indépendante) estime à 550 000 le nombre de fumeurs quotidiens en France, la France deuxième pays européen consommateur de cannabis (après le Danemark), la France où la prévalence chez les 15-34 ans est supérieure à celle de nos voisins Hollandais (17,5 contre 13,7 en 2014). La machine répressive semble avoir atteint ses limites, alors que faire ? On a vu à Vannes, un commerçant excédé par le regroupement quotidien de quelques jeunes du quartier s’adonnant à leur petit trafic entre amis juste à côté de son supermarché, afficher un panneau-promotion « vente de drogue  prix discount » pour faire réagir les autorités. Et si dépénaliser ou légaliser le cannabis était la solution ? Comme tout sujet, il y a les pour et il y a les contre.</p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46206/content_drogue___Vannes.jpg" style="height:420px; width:280px" /></p> <p><em>A Vannes, un commerçant interpellent les autorités sur le trafic qui sévit derrière son magasin.</em></p> <p></p> <p><strong>2 milliards par an</strong></p> <p></p> <p>Ceux qui sont contre (et <em>a priori</em>, ils représenteraient la majorité des Français) expliquent que le cannabis est une drogue, dangereuse pour la santé, et que de ce simple fait, sa vente doit être interdite et sa consommation pénalisée. Ceux-là pensent donc que la dépénalisation et pire encore, la légalisation (voir définitions en bas de page) serait un « très mauvais signal pour la jeunesse », comme l’indique un sénateur UMP au micro de Vox Pop. Un raisonnement juste (quoique le cannabis présente des vertus thérapeutiques avérées) mais qui ne règle pas la situation. Ce camp-ci prône donc une politique répressive avec une application stricte de la réglementation en vigueur, à savoir celle de 1970 contre la toxicomanie, qui prévoit jusqu’à 1 an de prison et 3750 euros d’amende pour qui consomme cette substance.</p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46189/content_cannabis2.jpg" style="height:338px; line-height:20.7999992370605px; width:600px" /></p> <p>Ceux qui sont pour ont fait le bilan de la politique menée en France en la matière, et notent que trafics et mafias vont crescendo et qu’entre police et justice, le budget que l’Etat y consacre chaque année se consume à vitesse grand V. Ils s’interrogent sur la possible mise en place d’une autre politique, un peu à l’image de ce que font nos voisins. Etats-Unis, Uruguay, Danemark, Portugal, Grande-Bretagne… tous ont agi autrement. Dépénalisation simple, légalisation encadrée, et dans certains cas, on constate même une baisse de la consommation.</p> <p></p> <p><strong>Moins de consommateurs </strong></p> <p></p> <p>Selon la sénatrice EELV du Val-de-Marne, Esther Benbassa, à l’origine de la proposition de loi qui revient à l’étude au Sénat le 2 avril : <em>« La dépénalisation du cannabis, telle que nous la proposons, pourrait rapporter à l’Etat entre 1,7 et 2 milliards d’euros par an »</em>. Que propose le groupe EELV? : il entend autoriser l’usage et encadrer de manière très rigoureuse la vente au détail. Une proposition de loi extrêmement bien argumentée, qui montre la position de la France par rapport à ses voisins européens, qui analyse les chiffres de la consommation de cannabis des pays qui sont passés par la dépénalisation, faisant une rapide allusion à l’échec de la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis. Une proposition de loi qui explique qu'un encadrement strict de l’Etat induirait une réelle politique de prévention, notamment chez les jeunes, bref, une proposition de loi à faire tourner.</p> <p></p> <p></p> <p></p> <p><strong>Définitions :</strong></p> <p><strong>La légalisation</strong> signifie que l’usage de drogue est autorisé tout comme sa production et sa commercialisation.</p> <p><strong>La dépénalisation</strong> supprime les sanctions pénales (amende et emprisonnement) associées au comportement d’usage sans nécessairement supprimer l’interdit et prévoit éventuellement d’autres formes de sanctions (amendes administratives par exemple).</p> Mon, 30 Mar 2015 11:30:15 +0200 https://www.bakchich.info/france/2015/03/30/le-cannabis-pour-renflouer-les-caisses-de-l-etat-t-en-veux-63967 https://www.bakchich.info/france/2015/03/30/le-cannabis-pour-renflouer-les-caisses-de-l-etat-t-en-veux-63967 Crash Bancaire dans les Pyrénées <p><b>A l'origine d'une tempête en Catalogne, les soucis de la blanchisserie d'Andorre pourraient bien provoquer une méga avalanche de ce côté-ci des Pyrénées...<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46186/content_ol_.jpg" style="height:672px; width:600px" /></p> <p>FinCEN, l'un des bras armés de la lutte contre la délinquance financière aux Etats-Unis, vient de siffler la fin de partie pour la Banca Privada d'Andorra (BPA). Tout s'est joué le 10 mars, lorsque est paru le communiqué du Financial Crime Enforcement Network :</p> <p>« <em>FinCEN dénonce la Banca Privada d'Andorra comme une institution financière étrangère posant des problèmes prioritaires en matière de blanchiment </em>». </p> <p></p> <p>Si les autorités américaines tergiversent à l'infini pour sanctionner les sorties de route de leurs <em>banksters</em> domestiques, elles ont la gâchette autrement plus sensible lorsqu'il s'agit d'ouvrir la chasse à l'étranger. Et la sympathique affaire majoritairement contrôlée par les frangins Higini et Ramon Cierco i Noguer, opérant en Andorre, au Panama, au Luxembourg, en Suisse et en Uruguay, présente toutes les caractéristiques d'une victime expiatoire du courroux yankee. D'autant qu'elle a eu l'imprudence de favoriser des ressortissants d'états pour lesquels, politiquement, les USA n'éprouvent en ce moment  aucune sympathie…</p> <p></p> <p><strong>Stop ou Andorre ?</strong></p> <p>Signe que les gnomes d'Andorre ont poussé le bouchon trop loin, Joan Pau Miquel Prats, l'administrateur et directeur Général de la Banca Privida Andorra, a été arrêté vendredi 13 – mauvaise pioche – en fi<strong>n de journée. Dimanche 15 mars, deux autres directeurs passaient également par la case prison. </strong><strong><strong>Quant à Banco Madrid, sa filiale madrilène achetée en 2011, il s'agit d'une petite banque privée spécialisée dans la gestion des grandes fortunes qui compte quelques 15 000 clients possédant au moins un demi-million d'euros chacun sur leur compte. Dès le 16 mars, et sous la menace d'un nombre croissant de ses clients venus récupérer leur fric, elle a jeté l'éponge et déposé le bilan. </strong></strong><strong>Le même jour, la BPA était officiellement reprise </strong>en main par les autorités financières de la Principauté d'Andorre qui vont avoir du pain sur la planche pour faire le ménage à en croire le rapport transmis par Washington. Ce rapport désigne le crime organisé russe, chinois et vénézuélien comme les trois mamelles principales auxquelles les dirigeants ripoux de la BPA seraient venus s'abreuver discrètement, en échange des services de <em>blanchisserie</em> quasi industrielle qu'ils mettaient à disposition de voyous patentés.</p> <p></p> <p><strong>Andorre adore la crème catalane</strong></p> <p>Enclavée entre l'Espagne et la France, la minuscule principauté et sa banque infréquentable, aux dires de la patronne de FinCEN, ont déjà déclenché un raz de marée en Catalogne. Il faut dire que les donneurs de leçon d'autonomie voire d'indépendantisme vis à vis de Madrid, qui dénonçaient le prétendu vol en bande organisée que pratiquait le gouvernement central au préjudice de sa Province la plus prospère, sont aujourd'hui gênés aux entournures.</p> <p></p> <p>D'abord parce que le président de la BPA Higini Cierco, personnalité publique du monde des affaires jusque là au-dessus de tout soupçon, est vice-président et administrateur du mythique FC Barcelone (le « Barca »). Tout le monde sait que le duel qui l'oppose à son rival le Real de Madrid pour la suprématie sur le football ibérique, dépasse largement les enjeux sportifs. Que le club catalan puisse compter à sa tête, une personnalité impliquée, même <em>à l'insu de son plein gré,</em> dans le blanchiment de capitaux d'origine criminelle avérée, est une distinction dont il se serait bien passé.</p> <p></p> <p>Ensuite parce que la chute annoncée de la BPA remet en lumière tout un pan de l'histoire politique contemporaine tourmentée de la Catalogne au travers du naufrage de son ancien tout puissant président Jordi Poujol. Le patriarche de 84 ans est en effet tombé en disgrâce le 29 juillet 2014 après avoir admis 4 jours plus tôt, avoir fraudé le fisc espagnol pendant 34 ans, en omettant de déclarer un prétendu héritage paternel de 1980. La thèse de « l'héritage oublié » avait été sérieusement battue en brèche lorsqu'en février 2013, une sale affaire d'espionnage révélait l'existence d'une conversation téléphonique bien embarrassante dans le clan Pujol : on y entendait une certaine Victoria Alvarez, ex-fiancée de Jordi Pujol Ferrusola, l'un des fils de Pujol Senior, confier à la patronne du Parti Populaire Catalan, Alicia Sanchez Camacho, que Pujol-Junior-chéri se rendait régulièrement en Andorre pour le compte de son père, afin d'y déposer des valises entières de billets de 500 € provenant de commissions occultes perçues sur des marchés de travaux publics concédés par le gouvernement catalan.</p> <p>Un pactole d'une centaine de millions d'Euros amassé par Papy Pujol en 30 ans de pouvoir et déposé entre autres, à la BPA, ce que des employés de la banque, entendus dans le cadre des enquêtes sur Jordi Pujol et ses trois fils, Jordi Ferrusola, Oriol et Oleguer, ont largement confirmé.</p> <p></p> <p>Enfin parce que la chute de la BPA va mettre un terme – sans doute provisoire – à plusieurs années d'intense pénétration dans l'économie catalane, du crime organisé russe, ou d'Europe de l'Est. Un inquiétant processus, déjà mis en évidence au travers de deux câbles diplomatiques (textes confidentiels), envoyés à la maison-mère du State Department, par l'ambassade US à Madrid, respectivement datés des 15 octobre 2009 et 8 février 2010 et rendus publics ultérieurement par l'effrontée Wikileaks.</p> <p></p> <p><strong>Quand la mafia russe se prélasse sur la Costa del Sol</strong></p> <p></p> <p>Le premier document passe rapidement en revue l'étendue du désastre annoncé : notamment par Fernando Bermejo, le Procureur anti-mafia pour la ville de Barcelone « <em>qui affirme qu'il y a un réseau de blanchiment à grande échelle qui sévit en Catalogne, que de très très nombreux membres de la mafia russe sont actifs dans la région, et que les déclarations officielles espagnoles de mi-2008 selon lesquelles le raid ayant permis d'appréhender Gennadios Petrov et ses complices avait décapité la mafia russe en Espagne, étaient des déclarations optimistes faites dans un moment d'euphorie qui ne reflétaient pas la réalité</em> ». Une sinistrose hélas amplement confirmée par l'arrestation en 2007 d'un certain Eduard Planells, ex-délégué adjoint en Catalogne du gouvernement central espagnol. Une mise à l'écart un peu rude pour avoir facilité l’obtention de permis de travail et de résidence a des membres présumés de la mafia russe dont les demandes avaient déjà été rejetées par les circuits administratifs usuels, du fait de leurs casiers judiciaires...</p> <p></p> <p>Le second câble daté du 8 février 2010, est consacré au compte-rendu d'une réunion du 13 janvier d'un groupe de travail hispano-américain sur le contre-terrorisme et le crime organisé qui s'était tenu à Madrid. Il ne fait pas non plus dans la dentelle : on y relate les déclarations explosives de Jose « Pepe » Grinda Gonzales, Procureur Spécial contre la corruption et le crime organisé qui se lâche de manière peu diplomatique : « ...<em>Grinda a déclaré qu'il considère le Belarus, la Tchétchénie  et la Russie comme des états quasi-mafieux et que l'Ukraine est sur le même chemin. Il a affirmé pour chacun de ces pays, qu'il est impossible de faire la différence entre les activités gouvernementales et celles du crime organisé...En passant il a évoqué la possibilité que la mafia russe détienne une participation significative dans la General Motors au travers de ses intérêts dans le fabricant canadien de pièces détachées automobiles Magna International...La seconde raison tient à la question de savoir dans quelle mesure le Premier Ministre Poutine est impliqué dans la mafia russe et s'il contrôle ses activités... </em>». Ambiance...</p> <p></p> <p>Preuve que l'Oncle Sam a longuement mûri son coup, le fait que l'un des reproches adressés par FinCEN dans son communiqué du 10 mars 2015 ayant ouvert les hostilités contre la banque Andorrane, soit d'avoir notamment apporté une aide significative au <em>fameux</em> Petrov évoqué dans le câble du 15 octobre 2009, dans ses basses besognes de blanchiment massif des recettes du crime organisé russe…</p> <p></p> <p>Le fait que le Petrov en question ait été arrêté à Lloret de Mar le 27 janvier 2013 ne semble pas avoir entamé la détermination des américains à mettre un point final aux pratiques présumées criminelles des dirigeants de la banque Andorrane.</p> <p></p> <p><strong>Et la France dans tout ça ?</strong></p> <p></p> <p>De ce côté-ci des Pyrénées, on semble avoir pris l'affaire avec philosophie. Une erreur d'appréciation ou une feinte ? Le fait que l'opération <em>Clotilde</em> du début d'année 2013, ait notamment ramené dans ses filets, outre l'entreprenante Development Diagnostic Company et ses 45 millions d'euros en provenance de Lettonie et de Chypre chouchoutés par la BPA,  un certain Josep Valls, à l'époque maire-adjoint de Lloret de Mar, en charge de l'urbanisme sous les ordres de son boss le maire Xavier Crespo, lui-même grand bénéficiaire de la générosité de Petrov, expliquerait-il la frilosité hexagonale pour commenter l'affaire BPA ? </p> <p></p> <p>Le câble US du 8 février 2010 évoqué plus haut ne prêtait-il pas d'ailleurs au Procureur Spécial Grinda, la satisfaction de voir une coopération hispano-française prendre timidement corps sur le sujet (« ...<em>Il a ajouté que l'Espagne commence à coopérer avec la France sur ces sujets, mais il a souligné l'absence de coopération du Royaume Unis…. </em>»)</p> <p></p> <p>Toujours est-t-il que la violence de l'avalanche qu'elle pourrait déclencher sur le versant nord Pyrénéen, ne doit pas être sous-estimée.  Depuis le 13 mars, l''intensité exceptionnelle du trafic routier en provenance de France sur la CG2 entre le Pas de la Case et Escaldes-Engordany où se situe le siège de la banque, suffit à s'en convaincre...</p> <p></p> <p><strong>A Toulouse mais pas seulement, on connaît bien, pour ne pas dire on appréciait énormément, la 4ème des cinq banques d'Andorre où des chefs d'entreprises de prestations de services, avec une petite préférence inexplicable pour ceux faisant dans le travail temporaire, avaient pris l'habitude de faire prospérer les revenus occultes qu'ils sont parvenus à soustraite aux griffes acérées du Ministère du Budget Bleu Blanc Rouge.</strong></p> <p>Certains d'entre-eux, d'origine ibérique, ayant réussi dans leurs entreprises de ce côté-ci des Pyrénées, se sont même faits parfois les ambassadeurs zélés de la banque Andorrane auprès d'épargnants français désireux de conserver leur pécule clandestin – du moins le pensaient-ils jusqu'au coup de Calgon de FinCEN – à quelques heures de route de leur domicile plutôt que dans des paradis tropicaux, aussi ensoleillés qu'éloignés.</p> <p></p> <p>Nul doute que le coup de pied de FinCEN et ses porte-flingues dans l'une des alvéoles de la ruche bancaire de la Principauté d'Andorre, risque, contre toute attente, de susciter autant de migraines en France qu'en Espagne. Les semaines qui viennent ne devraient pas tarder à le confirmer, quand bien même les médias francophones feraient mine de l'ignorer...</p> Fri, 27 Mar 2015 16:01:25 +0100 https://www.bakchich.info/international/2015/03/27/crash-bancaire-dans-les-pyrenees-63964 https://www.bakchich.info/international/2015/03/27/crash-bancaire-dans-les-pyrenees-63964 La Bande-dessinée a fait des bulles au Salon du livre <p><b>Le Salon du livre, édition 2015, vient de fermer ses portes et cette année, il ne fallait pas rater le stand central : « Auteurs en colère ». Les dessinateurs et scénaristes de bandes-dessinées avait aussi leur bulle à dire.<b></p><p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46182/content_manif_auteurs_rayclid.png" style="height:650px; width:581px" /></p> <p><em>« À ceux qui oublient qu'il faut des auteurs pour faire des livres ». V</em>oici le titre cinglant de la lettre ouverte rédigée par le Conseil permanent des écrivains (CPE), ouverte à qui veut bien s’en préoccuper évidemment, lettre qui s’achève par une liste de 1740 signatures recueillies en quelques jours seulement : auteurs, essayistes, dessinateurs… Tous en colère, donc. C’est samedi après-midi, 21 mars, que quelque 200 personnes (au jugé) ont arpenté les allées du Salon du livre, banderoles à la main, panneaux sens interdit fièrement brandis, indiquant <em>« Pas d’auteurs, pas de livres »</em>. Cette manif, c’est une première pour le Salon qui en est tout de même à sa 35ème édition. Nous, on a bien compris que si personne n’écrit, personne n’a rien à lire, c’est un peu ce qui se passe en ce moment entre vous et moi. Si je n’écris rien, vous ne lisez rien (et vous êtes triste, mais ça c’est un autre débat). Pour les "œuvres papier", c’est pareil. Et donc, après avoir manifesté au Festival de Saint-Malo puis à celui d’Angoulême, les auteurs de BD ont rejoint le mouvement de grogne du Salon du livre, mouvement qui pose de nouveau la question de la reconnaissance de la création artistique à cause de cette réforme que l’Etat envisage de faire passer et qui viendrait mettre un coup de ciseau (un autre) dans les « maigres revenus » des auteurs. Il est question de survie des auteurs. Bien entendu, tous ne sont pas logés à la même enseigne, mais on estime à 10% le nombre d’auteurs de bandes-dessinées qui vivent de leur art. Nous, à Bakchich, la BD on adore, c’est rien de l’écrire, alors on soutient et on cherche à comprendre.</p> <p>       <img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46178/content_pasdauteurs.jpg" style="border-style:solid; border-width:15px; height:600px; margin-left:80px; margin-right:80px; width:448px" /></p> <p>La cause de  la grogne c’est donc ce projet de réforme de l’Etat, glissé en douce un soir de mai 2014 (sans concertation), un projet qui entend augmenter les cotisations de retraite et de sécurité sociale des auteurs. Comment ? En supprimant la possibilité de choisir un forfait, et en imposant un pourcentage fixe indexé sur les revenus annuels. Ainsi, Emmanuel de Rengervé, secrétaire général du Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC), qui a sa bulle à dire dans ce mouvement, estime : <em>« Les auteurs dont les revenus oscillent entre 10 000 et 15000 euros par an, passeront d’une cotisation forfaitaire (retraite et sécurité sociale) de 438 € par an, à un versement d’environ 1800 € »</em>. La réforme passe mal. Marc-Antoine Boidin, dessinateur de BD depuis une quinzaine d’années a participé à la manif du Salon du livre : <em>« Quand on est pleins aux as, évidemment ce n’est pas grave, mais dans la majorité des cas, cela représente 1 mois de salaire pour l’auteur, c’est énorme »</em>.</p> <p><strong>La faute aux éditeurs  </strong></p> <p></p> <p>Depuis l’année dernière, le Syndicat national des écrivains, le CPE, le Snac et autres instances ont multiplié les rencontres avec les différents ministères concernés. Il y a discussions, écoute et échanges mais pour l’heure, aucun retour. <em>« Nous ne sommes pas opposés à la réforme,</em> explique Emmanuel de Rengervé, <em>car au final, cotiser davantage c’est assez positif pour la retraite, mais certains auteurs n’ont pas les moyens de vivre au ralenti maintenant pour vivre mieux (peut-être) dans X années</em> ». Des pistes de réflexion ont été proposées comme la mise en place d’un pourcentage fixe de 4% (au lieu de 8%) applicable de façon progressive… Ils espèrent être prochainement convoqués, avant le passage de la loi, du moins.</p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46179/content_boidin_01.JPG" style="height:263px; line-height:1.6; width:350px" />   </p> <p><em>Marc-Antoine Boidin (ci-dessus) et Li-An (ci-dessous), auteurs et dessinateurs de BD, soutiennent le mouvement.</em></p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/46181/content_740px-Li-An-Fant_mes-blancs.JPG" style="float:right; height:243px; line-height:1.6; width:300px" /></p> <p>Peut-on parler de crise de la bande-dessinée ?  La BD se vend, mais, disons que la BD représente 5000 titres qui sortent chaque année, soit plus de 13 par jour, et certains ouvrages ne sortent parfois jamais du carton du libraire par manque de place en rayons. Une production importante qui fait le lit des éditeurs lesquels se permettent de commander des BD avec des « avances remboursables sur les droits d’auteur » toujours plus faibles, voire, sans avance pour les petites maisons d’édition, l’auteur étant uniquement rémunéré en droits (de 4 à 10% sur chaque vente), à partir d’un certain nombre d’exemplaires vendus. Et parfois, il ne touche rien du tout car le seuil d’exemplaires à vendre n’est pas atteint.</p> <p></p> <p><strong>Le numérique pourrait changer la donne</strong></p> <p></p> <p>Les chiffres du livre sont opaques. Mais au SNAC, on estime que le prix payé par le lecteur à l’achat de sa BD est réparti comme suit : 50 à 60% reviennent aux diffuseurs (librairies, transport, diffusion), 35 à 40 % à l’éditeur et 5,5% à l’Etat (TVA). A l'éditeur de rémunérer l’auteur. Quelques éditeurs, comme Hachette par exemple, font également office de diffuseurs et se sucrent sur les deux tableaux. Pour Li-An, illustrateur BD depuis plus de 20 ans, <em>« la BD est en train de vivre une mutation assez effrayante pour les auteurs. Nous avons déjà manifesté à trois reprises dernièrement, mais pas grand-chose ne semble se débloquer ».</em> Changement de goûts culturels, arrivée du numérique, industrialisation … Marc-Antoine Boidin, père de <em>La guerre des Sambre</em>, a déjà songé éditer ses propres bandes-dessinées : <em>« Bien sûr, gagner davantage sur nos créations aiderait à la reconnaissance du métier et du temps passé </em>(10 à 12 heures de travail quotidien pendant 1 an pour un ouvrage, ndlr)<em>, mais c’est compliqué, le statut d’auteur-éditeur n’est pas clairement défini. Peut-être que l’arrivée du numérique permettra de détacher l’auteur de l’éditeur, qui sait ?</em> <strong>»</strong>.</p> <p>Une grogne justifiée donc, où tous entendent protéger les « petits auteurs » qui font que la production franco-belge de bande-dessinée n’est pas (encore) à l’image des comics américains (personnages à licence, adaptation au cinéma, produits dérivés ...). Et, malgré l’incertitude que traverse la profession, ceux que nous avons interrogés n’ont aucune envie de raccrocher les planches, ils assurent <em>« s’éclater dans leur métier »</em> et souhaitent que <em>« d’autres puissent l’exercer et en vivre décemment »</em>. A bon entendeur.</p> Thu, 26 Mar 2015 11:31:27 +0100 https://www.bakchich.info/société/2015/03/26/la-bande-dessinee-a-fait-des-bulles-au-salon-du-livre-63960 https://www.bakchich.info/société/2015/03/26/la-bande-dessinee-a-fait-des-bulles-au-salon-du-livre-63960 LES AIDES PUBLIQUES À LA PRESSE: UNE TARTUFFERIE EN BANDE ORGANISÉE <p><b>Nous publions ci-dessous, en exclusivité, l'introduction du nouveau livre, paru cette semaine aux éditions Libertalia, de notre collaborateur Sébastien Fontenelle: "Éditocrates sous perfusion. Les aides publiques à la presse: trente ans de gabegie." <b></p><p>Depuis des dizaines d’années – depuis qu’elle s’est massivement ralliée au roboratif point de vue de feu Margaret Thatcher selon lequel il n’y avait aucune alternative possible au néolibéralisme, la presse française dominante va répétant, jour après jour, du matin au soir et du soir au matin, qu’il convient de réduire la dépense publique lorsqu’elle finance des sécurités sociales, et d’«<em> adapter l’État aux nécessités des entreprises </em>» –, comme l’a très joliment théorisé, dans un irrépressible élan, l’un des plus éminents représentants de la caste des éditocrates : Christophe Barbier, directeur de l’hebdomadaire <em>L’Express</em>.</p> <p></p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/45990/content_arton425-457bb-1.gif" style="height:315px; width:210px" /></p> <p></p> <p>Or, cette presse, officiellement pluraliste, mais qui, en vérité, communie donc dans une seule et même allégeance aux marchés, et dans une ­fustigation obsessive de ce qu’elle appelle « l’assistanat », n’a cessé de s’employer, jusqu’aux jours, tout récents, où cela lui est devenu moins facile, à l’occultation de la réalité, discrètement dérangeante, que, dans le même temps qu’elle ensevelit l’État sous une avalanche d’exhortations à mieux maîtriser ses dépenses, elle se gave de subventions étatiques.</p> <p>Par lui-même : ce constat accable, pour ce qu’il révèle – ou confirme – de la gigantesque hypocrisie des fabricants du consentement. Et de l’immensité de l’affront fait à leurs lecteurs, dont l’impôt finance donc, pour des montants qui se chiffrent, nous le verrons, en milliards (de francs, puis d’euros), la confection d’une propagande journalistique dédiée à la stigmatisation maniaque d’une mauvaise gestion de l’impôt. Mais cet accablement n’est rien au regard de la consternation où plonge inévitablement le lecteur des pièces qui détaillent ce gavage. Car elles montrent que le dispositif des « aides publiques à la presse », où l’intention première du législateur était de garantir un accès facile « à l’écrit » pour mieux contribuer à l’information du public, a été sciemment dévoyé. Et que la distribution de ces subsides, décidée puis reconduite sans la moindre consultation des contribuables, garantit surtout la survie de publications dont l’équilibre financier serait, sans cela, très directement menacé. Surtout : ces documents établissent que l’efficacité de ces aides n’a jamais été vraiment prouvée – pour la simple et bonne raison que personne, ou presque, n’a souhaité qu’elle le soit. Et que tous ceux – magistrats de la Cour des comptes et élus – qui les ont examinées de près doutent, au regard des conditions qui président à leur attribution, de leur utilité.</p> <p>Il y a là, on l’aura compris, quelque chose comme une gabegie – de celles, justement, que la presse, en règle générale, ne manque jamais de dénoncer, lorsque cela lui permet de lancer vers les pouvoirs publics des appels à diminuer la dépense publique et à rogner les « privilèges » des bénéficiaires de certaines assistances sociales. Mais celle-ci, curieusement, ne suscite aucune alarme – et quand l’éditocratie, confrontée depuis peu à l’évidence qu’il n’est plus possible de l’occulter complètement, consent désormais à l’évoquer : elle le fait avec une mesure où n’entre nulle offuscation, comme pour mieux signifier qu’elle n’y voit rien qui soit le moins du monde répréhensible. Puis elle retourne à sa véritable préoccupation, qui est de s’alarmer de ce que tant d’« assistés » – et autres allocataires – restent pendus aux mamelles d’un État dépensier : parfois même elle demande que ces misérables « rendent l’argent »…</p> <p></p> <p>NB: Le livre <a href="http://editionslibertalia.com/fontenelle-editocrates-sous-perfusion">peut être commandé ici</a>.</p> Fri, 12 Sep 2014 15:41:51 +0200 https://www.bakchich.info/médias/2014/09/12/les-aides-publiques-a-la-presse-une-tartufferie-en-bande-organisee-63627 https://www.bakchich.info/médias/2014/09/12/les-aides-publiques-a-la-presse-une-tartufferie-en-bande-organisee-63627 Boutin et Duflot, de la Camelot au logement <p>Ma première hurle contre le mariage homosexuel, les Femen, a menacé de poser nue si Sarkozy ne versait pas en 2012 une obole à son mini-parti et truste les plateaux télé dès qu'il faut inviter une réactionnaire-rombière aux dents lisses. Ma seconde a quitté le gouvernement de gauche, maintient son parti loin de la ligne verte et rêve d'incarner une alternative au PS. Les deux, Christine Boutin et Cécile Duflot ont - un temps- été responsables au sein d'un gouvernement du logement. Et les deux ont accepté, sans rechigner, l'arrivée d'un étrange logeur en France comme<a href="http://www.arte.tv/guide/fr/emissions/VOX/vox-pop"><strong> l'a dévoilé Vox Pox, </strong></a>l'émission d'investigation dominicale d'Arte : la société hollandaise Camelot. En fait une entreprise de sécurité qui propose aux propriétaires de bâtiments vides de les faire garder par des particuliers… Attention pas des locataires, même s'ils acquittent d'une dime auprès de Camelot. Leur contrat stipule bien qu'il ne s'agit pas d'un bail. Entre autres clauses comme l'interdiction de quitter les lieux plus de deux jours, d'inviter des gens sur place ou encore d'avoir des enfants.</p> <p>Des détails que Boutin avoue ignoré <a href="http://www.arte.tv/guide/fr/051476-021/vox-pop"><strong>devant la caméra d'Arte,</strong></a> quand Duflot a refusé les sollicitations de la chaîne. Peut-être a-t-elle enfin lu ses lois?</p> Fri, 12 Sep 2014 00:13:20 +0200 https://www.bakchich.info/france/2014/09/12/boutin-et-duflot-de-la-camelot-au-logement-63626 https://www.bakchich.info/france/2014/09/12/boutin-et-duflot-de-la-camelot-au-logement-63626 La Police municipale et les chalets du Cannet <p>Le document, public, est tombé dans la boîte au lettre de Bakchich sitôt notre dernier article sur les extras de la police municipale du Cannet publié. Petit rappel des faits: dans ce papier, <a href="https://www.bakchich.info/société/2014/06/25/au-cannet-la-police-municipale-c-est-extras-63471"><strong>policiers municipaux et ASVP se sont étonnés de se voir confiés des tâches peu en phase avec leur statut d'agents assermentés. </strong></a>Déménagement d'hôtels, tractages, tenues de stand de saucisses et démontage de village de Noëls. Autant d'extras assumés par le chef de la police municipale Alain Cherqui. Or <a href="http://www.lecannet.fr/marches-publics/marche-603-2012-129.html"><u><strong>les marchés publics de 2012</strong></u></a> et <a href="http://www.lecannet.fr/marches-publics/marche-726-2013-095.html"><u><strong>2013</strong></u></a> quant à la tenue du marché de Noël à La Palestre précise bien que les chalets doivent être installés et démontés par l'adjudicataire… Un détail qui pourrait chagriner les plus chagrins garants des finances municipales, <a href="http://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/Commune-du-Cannet-Rapport-d-observations-definitives"><u><strong>à la gestion fort critiquée par le dernier rapport de la chambre régionale des comptes.</strong></u></a> Les deux marchés ont été remportés par un spécialiste des chalets de Noël, qui a doublé sa commande sur un an, de 8000 à 15 000 euros avec la location de 10 à 20 chalets. Main d'oeuvre comprise?</p> Thu, 03 Jul 2014 17:46:08 +0200 https://www.bakchich.info/france/2014/07/03/la-police-municipale-et-les-chalets-du-cannet-63500 https://www.bakchich.info/france/2014/07/03/la-police-municipale-et-les-chalets-du-cannet-63500 Sarko-Villepin-Djouhri, les bonheurs du ménage à 3 <p>C'est une flaque de la Mare aux Canard (2/07) passé inaperçue: les dessous de la réconciliation entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Le «Pacs» comme l'appelle le Canard Enchaîné s'est déroulé lors d'un diner à la table d'un palace parisien. Et dans le rôle de la marieuse, c'est l'évanescent Alexandre Djouhri qui s'est demené. L'homme d'affaires, basé en Suisse mais habitué des salons du Bristol, a réussi à faire entendre raison au «poète» et au «nerveux» pour enterrer la hache de guerre. Fort actif sur les marchés asiatiques ces derniers temps, Djouhri a pris le temps d'amadouer les deux egos et un terrain d'entente a été trouvé....EN 2017, si Sarko revient squatter l'Elysée, Villepin pourra reprendre le Quai d'Orsay. A quoi tiennent les petits disputes...</p> Thu, 03 Jul 2014 15:06:00 +0200 https://www.bakchich.info/france/2014/07/03/sarko-villepin-djouhri-les-bonheurs-du-menage-a-3-63499 https://www.bakchich.info/france/2014/07/03/sarko-villepin-djouhri-les-bonheurs-du-menage-a-3-63499 Mauvaises vagues au cercle des nageurs de Marseille <p><b>Le vénérable club marseillais a connu sa première perquisition à la mi avril. Et son président sa 1ère audition en mai 2013. Simple péripétie… ou petit échauffement?<b></p><p>Avec les premiers jours d'été, une nouvelle élection se profile à Marseille, bien plus suivie que les Européennes, <a href="https://www.bakchich.info/france/2014/03/25/marseille-le-chatiment-du-systeme-63206"><strong>à peine moins importante que les municipales.</strong></a> Le 30 juin, une institution de la ville, 70 ans d'âge, va se rendre aux urnes.  Le Cercle des Nageurs de Marseille pour les fédérations sportives; de natation à laquelle il apporte des titres de champions olympiques ou de Water Polo, dont le club truste les titres. «Le Cercle», tout simplement dans la bouche des habitants et de ses habitués triés sur le volet.  Deux parrainages, un droit d'admission à 1680 euros puis une cotisation annuelle de 1350 euros assortie d'un droit de fréquentation de 460 euros. Montrer patte blanche a un coût. Pouvoir nager dans les mêmes lignes que la famille Manadou et Camille Lacourt, croiser les tables des Guérini, Muselier et autres sommités du tout Marseille.</p> <p>Avocats, politiques de droite comme de gauche, chefs d'entreprises, petits et grands bandits, magistrats, policiers et  maçons se croisent parfois au bord des bassins olympiques, parmi les seuls à être ouverts tout l'année. Ils déjeunent surtout à la terrasse du restaurant ou se contentent d'un café accoudé au péron, observant cette vieille sociétaire qui, d'année en année, continue de se baigner chaque jour à l'aplomb du Cercle. L'issue du scrutin ne fait guère de doute. Paul Leccia, 75 printemps qui ont blanchi sa crinière, va continuer de régner sur «<em>son petit paradis</em>».  Un ilot de tranquillité au décor enchanteur. Là tout au bout du port, là où commence la Corniche Kennedy, là où la Méditerranée offre un panorama unique. Au près des pontons qui mêle bois et béton, au large le Chateau d'If, à terre la anse des Catalans. Président depuis 20 de l'institution, le vieil entrepreneur corse chasse mollement la légende qui en fait l'un des centres du pouvoir marseillais aussi. «<em>Du fantasme. On ne fait ni politique ni business ici, même si beaucoup aiment le calme des lieux</em>».  Si rarement troublé. En 2010, au lancement des affaires Guérini, <a href="https://www.bakchich.info/france/2010/03/29/tensions-sur-le-vieux-port-57398"><strong>le petit frère du président du Conseil Général a failli en venir aux mains avec Renaud Muselier, qu'il a cru à l'origine de ses démêlés judiciares.</strong></a> </p> <h2><strong>Le braqueur du Cercle n'était pas repenti</strong></h2> <p>Les noms d'oiseaux ont volé avec une poésie toute marseillaise, sous le regard héberlué du ministre de la Culture d'alors Frédéric Mitterrand. </p> <p>Un champion du Cercle Frédéric Bousquet a depuis été élu sur les listes de Jean-Claude Gaudin. Paul Leccia lui n'a pas pris officiellement parti, même s'il décrit à l'envie «<em>ne pas aimer Mennucci</em>», dont le fils, champion de water-polo a quitté le club pour Paris. Début 2014, l'attribution d'un marché par la ville à une association créée par Leccia a créé des remours. Il s'agit de la remise en route d'un restaurant au coeur du Parc Borély. Aucun appels d'offres. Les négociations, de gré-à-gré, qui se poursuivent, ont jeté le trouble sur les relations entre la municipalité de Gaudin et le patron du Cercle, qui aspire, lui aussi, à un nouveau mandat. De petites ombres à l'horizon. L'écume du large.</p> <p><img alt="" src="https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/bakchich-prod/ckeditor/pictures/45892/content_cnm.jpg" style="height:549px; width:600px" /></p> <p>Le vieux franc maçon sait qu'un douloureux rendez vous l'attend. Une confession à l'Evêché. Comprendre une audition dans les locaux de la Brigade financière, au commissariat central de la ville. <em>«J'ai fait preuve de légèreté et j'ai fait confiance, je n'aurais pas du </em>», se défend Leccia ce jour de juin. Entre supions, poissons et petit blanc corse, l'homme prend le soin de saluer son ami Jean Roatta, l'ancien député maire UMP du 1er secteur. La 2e adjointe au maire Gaudin vient le saluer avant de rejoindre sa table. Alors seulement, Leccia commence sa confession.</p> <p><strong>Entre 2010 et 2012, le président du CNM a rédigé une lettre d'embauche et fournit des fiches de paie à un détenu sur la voie de la réinsertion. Sans le payer cependant.</strong> Un braqueur corse, recommandé par la famille de l'élu nationaliste Jean-Christophe Angelini, devient employé du Cercle. Avant de disparaître. Barthélémy Simonetti sera arrêté en Espagne, sur mandat de la justice suisse, qui le soupçonne à nouveau de cambriolage de bijouterie. <strong>A la demande de leurs homologue helvètes, Leccia sera interrogé en mai 2013. </strong>Désormais c'est la justice française qui souhaite l'interroger pour faux, usage de faux et plus si affinité. </p> <h2><strong>Club huppé cherche subventions</strong></h2> <p>Les policiers de la financière s'interrogent sur la gestion des deniers du Cercle.  <strong>Mi-avril, pour en avoir le coeur net, les enquêteurs ont en tout discrétion, violer l'intimité du 134 boulevard Charles Livon. Six heures durant, les policiers ont perquisitionné les bureaux du Cercle, pour en repartir avec toute la comptabilité.</strong> Et la confronter à l'alerte Tracfin de l'été 2013. D'étranges mouvement financiers avaient été repéré par la cellule anti-blanchiment du ministère des finances entre les comptes du CNM et de Paul Leccia, président bénévole. En tout 60 000 euros de chèques du Cercle ont été encaissés sur les comptes de Leccia. Une manne suffisante pour que le parquet ouvre une enquête préliminaire, qui touche désormais à sa fin. «<em>On ne sait pas s'il y a eu des détournements</em>, assure une source judiciaire, <em>mais il est certain que le club est très mal géré</em>». </p> <p>Deux contrôles des Urssaf ont gravement plombé ses comptes. Des salaires de joueurs de l'équipe de Water Polo et de nageurs n'ont pas été déclarés, conduisant à de massifs redressements quand le trésorier même du Cercle est un des pontes locaux des Urssaff... «<em>Nous devions 320 000 euros,</em> avance Paul Leccia.<em> J'ai négocié un paiement sur 24 mois, ai avancé des fonds et me suis porté caution personnellement</em>». Quant aux 60 000 euros de chèques encaissés sur ses comptes «<em>ils ont fait l'objet d'une convention avec le Cercle, qui me rembourse peu à peu. Si ce n'est que cela ça me rassure</em>», souffle le vieux Corse. Qui ne minore pas les soucis financiers de son joyau.  </p> <h2><strong>Hypothèque et banque</strong></h2> <p>Malgré ses atours de club très privés, ses 5 millions d'euros de budget sont largement abondés par les collectivités. Les subventions publiques du Conseil régional, général et de la maire couvrent 20% de ses besoins. Quand l'une des collectivités vient à bouder, l'avenir du Cercle est en péril. A l'instar de la période 2008-2010. Le conseil général de Jean-Noël Guérini coupe pendant deux ans les vivres pour sanctionner la trop grand proximité de Leccia avec Jean Roatta, élu UMP intime de Jean-Claude Gaudin. «<em>C'est du passé, cela s'est réglé dès que j'ai vu Jean-Noël</em>» minore Leccia. L'épouse du sénateur, une habituée des lieux, a également facilité la réconciliation. Sans que le monument des Catalans n'échappe au péril. </p> <p>Début 2013, 8 membres du Conseil d'administration du Cercle ont découvert que le club a levé près de 2 millions d'euros...Sont exhumés 4 hypothèques sur les terrains du Cercle, contractés à l'initiative de Paul Leccia. 1,46 millions d'euros en 2002 puis en 2003, 1,56 millions d'euros en 2008 et encore 480 000 en 2012.</p> <p>Pour justifier de ces hypothèques des délibérations erronées du conseil d'administration du Cercle ont été fournies à l'établissement bancaire et au notaire qui ont validé les hypothèques. Des faux? C'est en tout cas ce que soutiennent les 8 membres du conseil d'administration qui démissionnent en janvier 2013 dans leur lettre à Paul Leccia.  «<em>C'est du pipi de chat, le conseil d'administration était parfaitement informé des faits</em>», assure le président du Cercle. « <em>Ce n'était que pour assurer notre trésorerie et rassurer la banque</em>».</p> <p>Aujourd'hui encore, ces opposant s'effraient à la lecture des comptes du Cercle.  « <em>Ils ont voulu ma place, ils ont tenté un putsch, ils ont échoué et c'est tout, il ne faut pas voir plus loin</em>» balaie Leccia. «<em>Je ne dis pas que la gestion est parfaite, mais ma sérénité est totale</em>». Au moins jusqu'à son grand oral à l'Evêché.</p> <p></p> Fri, 27 Jun 2014 00:12:50 +0200 https://www.bakchich.info/société/2014/06/27/mauvaises-vagues-au-cercle-des-nageurs-de-marseille-63482 https://www.bakchich.info/société/2014/06/27/mauvaises-vagues-au-cercle-des-nageurs-de-marseille-63482 L'Internet britannique chasse les filtres <p><b>Un groupe anti censure sensibilise les Britanniques aux nouveaux « filtres » que comporte leur accès à Internet. L'association, Open right group, veut lancer une véritable campagne de prévention sur les risques de telles limitations pour les libertés individuelles.<b></p><p>Mis en place, il y a plusieurs mois, les filtres de sécurité auxquels sont soumis tous les iBritanniques ayant accès à Internet sont supposés protéger les plus jeunes des contenus « indésirables  et inappropriés», soit violents ou pornographiques. Mais voilà, il semblerait que la fonction de ces filtres ne s’arrête pas là. Pire, les nouveaux paramètres de filtre opéreraient une véritable censure sur l'Internet Made In Uk. C'est du moins ce qu'avancent les membres de Open Right Group, association qui milite pour la transparence sur le web, et le libre accès à toutes les données. Très active sur Twitter, avec plus de 22 000 followers, l'association prévoit la création d'une grande campagne d'information, et ouvre les hostilités <a href="https://www.youtube.com/watch?v=UwgLhT8clOs">au moyen d'une vidéo Youtube alarmante.</a> Open Right Group a lancé  un appel aux dons via le site de crowfunding Indiegogo, et  a déjà recueilli la jolie somme de 13000 pounds.</p> <p>[video:https://www.youtube.com/watch?v=UwgLhT8clOs width:600]</p> Mon, 23 Jun 2014 12:47:19 +0200 https://www.bakchich.info/médias/2014/06/23/l-internet-britannique-chasse-les-filtres-63467 https://www.bakchich.info/médias/2014/06/23/l-internet-britannique-chasse-les-filtres-63467 « Burritos, no bullets »… <p><b> ou quand un slogan un brin ridicule du lobby anti-armes fait plier une puissante enseigne de restauration Mexicaine.<b></p><p>Nouvelles victoire pour l'association anti-armes à feu Américaine Mom demand action for gun sense in America. Le mouvement anti-armes faisait pression sur les restaurants mexicains Chipotle depuis plusieurs semaines. L'entreprise a cédé sous la pression, publiant le 20 mai 2014 un communiqué « officiel » : </p> <p>« Récemment, des participants à une manifestation au texas ont introduit des armes (incluant des mitraillettes longs rifles de type militaire) dans certains de nos restaurants, causant de l'anxiété et de l'inconfort chez de nombreux consommateurs. De ce fait, nous demandons respectueusement à nos clients de ne pas apporter d'armes dans nos restaurants, à moins d’être membre du personnel des forces de l'ordre » La photo d'un Texan, membre du groupe « Open Carry » qui organise des virées armées partout en Amérique, immortalisé tout sourire et gun à la ceinture dans le restaurant de Dallas avait mis le feu aux poudres. Profondément choqués par la photo borderline diffusée sur Internet, de nombreux internautes avaient interpellé les assoc' anti-armes. L'influente association Mom demand action, soutenue par l'ex maire de New York Michael Bloomberg, qui avait lui même co-fondé le groupe « Les maires contre les armes illégales » a  répondu présente à l'appel.  Et a forcer Chipotle a s'exprimer, au moyen d'une campagne via les réseaux sociaux vite devenue virale, en grande partie grâce à son slogan loufoque : « Buritos, no bullets » (Oui aux burritos, non aux flingues, pour les non anglophiles). Leur pétition en ligne  a remporté plus de 10 000 signatures ; la fondatrice du groupe d'action, Shannon Watts, qui avait crée Mom demand action après la tuerie de l’école Sandy Hook en Décembre 2012, a salué l'initiative de Chipotle, qu'elle a qualifiée de « courageuse et significative ».</p> <p> </p> Mon, 23 Jun 2014 12:42:13 +0200 https://www.bakchich.info/international/2014/06/23/burritos-no-bullets-63466 https://www.bakchich.info/international/2014/06/23/burritos-no-bullets-63466 Monaco: la banque à qui parler fait la sourde <p>Audience express cette après midi au tribunal du travail de Monaco. Licenciés à l'été 2013, les trois lanceurs d'alerte de la banque Pasche Monaco,<a href="http://www.bakchich.info/societe/2014/03/18/credit-mutuel-linformation-judiciaire-dont-personne-ne-parle-63182"><strong> à l'origine de l'enquête pour blanchiment et défaut de soupçon menée sur la filiale du Crédit Mutuel, </strong></a>ne sont restés qu'une grosse dizaine de minutes face à l'avocat de la partie adverse, envoyé par leur ancien employeur. Le temps pour les juges des Prud'hommes locaux de constater qu'aucune conciliation n'était possible. Prochain rendez vous le 5 juin.<a href="http://www.bakchich.info/societe/2014/03/18/credit-mutuel-linformation-judiciaire-dont-personne-ne-parle-63182"><strong> A moins que les investigations du juge Kuentz n'aboutissent avant.</strong></a></p> Tue, 29 Apr 2014 01:04:53 +0200 https://www.bakchich.info/société/2014/04/29/monaco-la-banque-a-qui-parler-fait-la-sourde-63295 https://www.bakchich.info/société/2014/04/29/monaco-la-banque-a-qui-parler-fait-la-sourde-63295 Justice: les rames fantômes de Bobigny <p>Le Tribunal de Grande instance de Bobigny ne va pas si mal. <a href="http://www.bakchich.info/societe/2014/04/23/les-greffes-craignent-un-enfumage-de-taubira-63278"><strong>Contrairement à ce qu'avait précisé Bakchich,</strong></a> les services de l'instruction disposent du nombre de greffiers adéquats pour mener à bien les dossiers. En revanche, le tribunal pour enfants, le premier de France en manque cruellement. Et alors que le Carême s'est achevé, les services sont contraints de faire un jeûn de papier. Depuis le 23 avril, les services de l'instruction ne disposent plus de feuilles. Un étrange ballet peut désormais s'observer dans les couloirs entre les fonctionnaires des cabinets des juges d'instruction qui font le tour des bureaux en quête de rames. Les prochaines livraisons ne sont en effet prévus que début mai. En attendant, pour les notifications, avis à victime, saisine des juges et libertés il faudra être patient. Et prier pour que la machinerie n'implose pas…</p> <p><a href="http://www.bakchich.info/societe/2014/04/23/les-greffes-craignent-un-enfumage-de-taubira-63278"><strong>Lire: Les greffes craignent un enfumage de Taubira</strong></a></p> Fri, 25 Apr 2014 13:07:39 +0200 https://www.bakchich.info/société/2014/04/25/justice-les-rames-fantomes-de-bobigny-63289 https://www.bakchich.info/société/2014/04/25/justice-les-rames-fantomes-de-bobigny-63289