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TENDANCES (LOURDES)

Publié par G Groupe X Bakchich

Ah ! Un nouveau Président, Sarko en tongs dans la palmeraie, le printemps qui arrive enfin, la Finlande qui remporte le prix de l’Eurovision, Ribéry qui marque un but, the times they are a-changing, comme disait le jeune Dylan. Tour d’horizon rapide des nouveautés.

FESTIVAL DES DÉAMBULATEURS

La Palme d’or ? Laissez-la dormir. Je vais sûrement apparaître comme un plouc démago au camarade Godin, mais, une fois de plus je ne pense pas me précipiter dans une salle obscure pour aller voir passer le corbillard palmé de Haneke. 

Déjà sa deuxième palme : à la troisième, on lui offre le palmier. Lors de son premier passage, je m’étais fait avoir, je suis parti au milieu des lacérations, il faut dire que l’amour façon hamburger saignant, ça ne me passionne pas vraiment. Cette fois, c’est l’amour chez vieux. Délicate attention pour les vieux.  Rien que de voir ce qu’est devenu Jean-Louis Trintignant, on prend un sacré coup au moral. Pendant qu’on avait le dos tourné, il a pris un siècle.

Pendant qu’on avait le dos tourné, il a pris un siècle. Sagement, il se rabattait avec tout son immense talent sur les lectures, le théâtre – quelle idée de le remettre devant une caméra, même si les films d’Haneke, c’est, banalement, du théâtre filmé avec trois acteurs et un décor pour un plan par demi heure? Et avec Emmanuelle Riva : ce n’est plus Hiroshima mon amour, c’est Neandertal mon sonotone

Si la vieillesse est un naufrage, après le Concordia et le Sarko 1er, on doit commencer, cette année, à voir du corail par le hublot, avec ces variations sur le disque dur de Mémé qui se raye grave mais tant qu’on a de l’amour, c’est pas grave, ce n’est pas Les mutinés du Bounty, c’est Mon dentier pour un Pepito, restons joyeux et tendres comme la mimolette, le grand avantage d’Alzheimer pour les autrichiens, c’est qu’on oublie enfin où est né Adolf. Après la barbarie de la pianiste, l’amnésie de Mamie, monsieur Haneke, merci de nous faire partager vos cauchemars, au moins, en sortant du ciné, on n’a pas envie d’envahir la Pologne. En fait, on n’a envie de rien, pas même d’être heureux. Ni d’être vieux. Ni d’aimer.

CINÉ OU CINOCHE ?

Il est clair qu’on n’attend pas du jury du Festival de Cannes d’aller dans le sens du public. Il n’est pas là pour ça. 

Il est là pour révéler de jeunes talents comme Haneke, un petit nouveau qui vient d’éclore, voire d’attirer l’attention sur des films qui, sans lui, passeraient totalement inaperçus. Par exemple, l’ Oncle Boomee d’Apichatpong Weerasethakul, en 2010, qui a tout de même fait un peu moins de 130 000 entrées en France, ouvreuses comprises, et qui est donc passé totalement inaperçu ; mais s’il n’avait pas été primé, on ne se serait pas aperçus qu’il passait inaperçu, vous saisissez ? 

Et puis le jury se doit d’encourager les petits réalisateurs des petits pays méritants. Même si leurs films sont lugubres comme un réveillon chez les frères Dardenne, auxquels nous devons tant de francs éclats de rire qui ensoleillent à jamais notre vision de l’humanité ordinaire. Cette année, le jury cannois n’a pas hésité à récompenser pour la seconde fois un sympathique roumain nommé Christian Mungiu, qui avait déjà eu la grosse palme en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, ce film pétillant que, pour le coup, j’ai osé voir, parce qu’il avait suscité la colère de Christine Boutin, je me suis dit, ça doit être croustillant comme du Kusturica avec moins de fanfares et plus de cul. 

Ne vous fiez pas aux Balkans : c’est l’histoire d’un avortement sous Ceaucescu, un thème désopilant pour passer une bonne soirée avec sa copine. A la sortie, sur 22 spectateurs, 5 sont allés se faire avorter par solidarité, 2 ont sombré dans l’alcool de sciure de bois, et je pense avec une particulière compassion à celle qui a trouvé son chat raide mort en rentrant chez elle.  

Eh bien, cette fois, c’est le destin tragique d’une jeune orpheline dans un monastère roumain où sévissent des nonnes médiévales. Longs plans séquences, paraît-il, dialogues minimaux, pas de musique. Que dalle. Mais de la neige. Cela me rappelle la guerre de 14 selon Coluche : « C’était pas des vacances, et, en plus, il a pas fait beau ». Il n’a pas fait bien beau à Cannes, cette année, on voyait des pébroques ouvert derrières le studio temporaire de Canal, des nuages, des vagues. En 1947, il pleuvait aussi des cordes, et pourtant ils ont couronné Ziegfeld Follies, de Minelli, et Dumbo, de Walt Disney.  Peut-être qu’à cette époque on pensait que le cinoche, c’était possiblement rigolo.

LE MEPRIS ?

Maintenant, c’est autre chose. Depuis Pulp fiction et Underground, on ne risque pas de rigoler sur des films frénétiques. 

Il y a beau temps qu’à Cannes, on ne récompense plus que les comédies en noir et blanc (et encore, pour Jean Dujardin), c’était l’idée rusée de The Artist, ce machin si drôle à voir que les critiques dignes de ce nom ont traité comme une bouse de vache. 

Et si un film a des chances de performer dans les salles, il est touché-coulé. Je pense à No country for old men, pas forcément à Bienvenue chez les Ch’tis. Ceci parce que lorsqu’on dit qu’un film qui remplit les salles ne peut pas ne pas être, d’une manière ou d’une autre, un bon film, on vous balance aussitôt Le corniaud ou les Ch’tis, et désormais Intouchables. Qui sont des films bien faits et pas ennuyeux du tout, ce qui n’est pas si mal quand on a vu certaines merdouilles palmées. La différence entre les Palmes et les Oscars, c’est que les Américains considèrent que le cinéma est un spectacle, et pas une messe pour esthètes érudits. En revanche, il est légitime de se demander si un film qui fait chier tout le monde peut être bon. C’est comme les tragédies de Corneille etc. : si votre gnard trouve que Polyeucte, c’est le pied, et s’il se marre en lisant Le malade imaginaire, faites-le examiner. 

La recommandation culturelle, ça va un temps, mais faut pas pousser. Pour moi, je me souviens simplement, quand je regarde un film, à Bresson, qui n’était pas un déluré du bulbe, et qui disait, en gros, que la vraie qualité du cinéma, c’est de faire ce que seul le cinéma peut faire. Eh bien cette vertu spécifique, on la sent chez les Coen, chez Truffaut, chez Lelouch (celui du début), chez Polanski, chez Jeanne Campion et son piano que la mer engloutit, mais pas chez Haneke, désolé, lui, il fait ce qu’un téléfilm pourrait faire.  Faut pas comparer Avatar et L’Ane Trotro. Le cinéma, pour moi (j’insiste sur cette subjectivité), c’est de l’image grand cadre, de la comédie grande fantaisie, de l’intrigue grandes voiles, de bonnes histoires, une bonne musique, de bons acteurs et le tout sur un grand écran. 

Sinon, on se retape les Maigret de Cremer, et au lit. S’il s’agit de revisiter Strindberg en plans fixes (soyons fous : un champ/contre champ !) dans un appartement grisâtre avec piano, je vais embrasser ma grand-mère, dommage qu’elle soit morte. 

ENTRE LES MURS

Il est vrai que Cannes sait s’ouvrir à la vraie vie : il y a trois ans, on y a couronné, avec une unanimité sommitale, cet étrange objet nullement cinématographique où l’on voyait s’ébattre des lycéens multicolores plus vrais que nature, enfin, il paraît, car je n’ai jamais connu de jeune bachelière qui parte en vacances avec l’intention de lire Aristote sur la plage. 

Ah ! L’école ! Nouvelles tendances, là aussi. Avant même de se poser dans son ministère, Peillon avait sonné le branle-bas de combat, comme on dit chez les teckels. Moi, je lui accorde d’emblée un mérite : il a enfin osé dire qu’à force de tripoter la durée des semaines et des vacances, les petits enfants de France avaient paumé une année d’école primaire. 

Eh oui, quatre jours la semaine, quinze jours de bulle à Noël, à février et à Pâques, au bout du bout, on n’a plus le temps d’apprendre l’orthographe et la règle de trois, on butine entre deux congés et ces séances de gym qui ne nous apprennent pas à courir, puisque ça, on sait déjà le faire. 

La tendance était de dire que les gamins étaient à la limite du burn out, comme on dit chez les cadres supérieurs (à quoi ? ), mais si on recompte bien, on réalise qu’ils faisaient faire de belles économies  - deux jours de classe en moins, c’est deux jours d’électricité en moins, et on peut baisser le chauffage. Alors le Peillon, il a foutu une sacrée chtouille dans la maison pédago, en gros, les instits des écoles conviennent que l’horaire s’est trop rétréci tout en devenant, par journée, écrasant, mais les parents d’élèves sont vachement divisés. Leur point de vue, c’est l’angle « garderie ». Ok pour une demi journée de plus, mais qui va prendre Kevin une heure plus tôt les autres soirs ? 

Et si Léa bosse le samedi, on peut plus partir en week-end le vendredi soir, déjà que ce foutu vendredi nous niquait les RTT… Et là, on voit la lutte des classes au sens pas scolaire : j’ai entendu sur une radio d’info une Marie-Chantal déplorer que si on retravaillait le mercredi, sa fifille Dorothée « ne pourrait plus aller à son club d’équitation », puis un père prolétaire préconisant la classe du samedi matin parce que c’est le jour où on va faire les courses à Leclerc avec Mémène. Heureusement que l’enjeu, dans tout ça, c’est la réussite scolaire. Parce que l’échec, ça, on sait faire, c’était pas la peine de changer de ministre pour ça.

CANDIDATS NORMAUX

Un truc qui ne vous a peut-être pas frappés, c’est le changement de style sur les affiches électorales des législatives. D’abord, les poings-à-la-rose sont devenus aussi discrets qu’une virgule dans les Misérables, et il y a du bleu un peu partout – celui du ciel plutôt que celui de la mer, les vagues, non merci, on sort d’un naufrage à droite… 

En plus, comme un tas de gens croyaient, même à l’UMP,  qu’UMP ça voulait dire « union pour la majorité présidentielle », il y a comme un flou. 

Ensuite, il y a des femmes en pagaille, mais essentiellement à gauche, où la quadragénaire bien dans son tailleur beige fait florès, et, pour la première vraie fois, des « candidats de la diversité » un peu partout, avec  des noms qui sentent le bled, les Antilles, et même le riz. Enfin, sur les affiches du FN, des jouvencelles à peine post-pubères font sensation, à Carpentras et ailleurs, donnant un peu de sérieux à ces choix frivoles que sont les élections législatives. Mais de façon générale, une chose m’a frappé : c’est la victoire esthétique de la Joconde sur le Captain Igloo, du candidat normal sur l’aventurier cannibale mais décontracté. 

Sauf dans les provinces les plus reculées peut-être, c’est fini, le jeune cadre en manches de chemise, la veste sport jetée négligemment sur l’épaule, le pied gauche posé sur un pot de fleurs, et un slogan vantant son « dynamisme » ; on a une déclinaison des chefs d’œuvre d’Harcourt, regard concentré, coiffure impeccable, cravate vissée (le bleu ciel a un succès fou), avec ce sourire sérieux qui a fait la fortune de la copine à Léonard et du mec de Valérie. On sent que, pour les cinq années à venir, faut pas compter sur le bling-bling, pas même sur le bling. Planquez vos Rolex, messieurs, sortez vos twin-sets de chaisières, mesdames, on est dans la crise jusqu’aux tifs, c’est pas le moment de glisser dans la gomina.  

HOULA LA !

Sinon, comme d’hab’, la Syrie, son chemin de Damas, ses flots de sang à l’orientale, ses enfants en charpie, ses charniers télégéniques. Là, la tendance se maintient, c’est celle à l’indignation. On est à court de termes pour dire combien toutes ces horreurs nous horrifient. A l’ONU, on s’indigne, à Matignon, on s’indigne, pour un peu, on enverrait des troupes, non, je déconne… Même Copé s’indigne, même Juppé s’indigne, même Fillon s’indigne, et il sait de quoi il parle, Fillon, c’est tout juste s’il ne va pas, tellement il est indigné, rappeler que Bachar-el-Hassad était l’invité de Sarkozy le 14 juillet 2008, à côté de lui, dans la tribune officielle pour s’associer à notre fête nationale. Peut-on vraiment s’indigner contre quelqu’un qui a passé vos troupes en revue ? Décidément, mon cher Juppé, mon bon Copé, mon doux Fillon, à l’UMP comme chez Haneke, Alzheimer, c’est très tendance…

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