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Quand la Société Générale prêtait en dollars à ses clients russes

Publié par G Groupe X Bakchich

Triste Noël pour les clients russes de la banque rouge et noire qui doivent rembourser en roubles dévaluées, leurs emprunts immobiliers souscrits en dollars….

Jamais à court d'idées lumineuses, La Société Générale avait mis le pied en Russie, son  nouvel eldorado, aux alentours de l'année 2000. 

En 2006 elle entrait dans le capital de la Rosbank contrôlée par le rusé Vladimir Potanine bien sous tous rapports. Le nouveau pote de Daniel Bouton – jusqu'en avril 2008 – puis de Frédéric Oudéa, leur lâchait deux fois 10 % de son affaire en juin et en septembre 2006 moyennant 317 millions de dollars à chaque fois. 

Bon prince, il concédait même à la banque française une option à échéance de 2008 sur 30 % et 2 actions supplémentaires – une courte majorité donc - moyennant 1,7 milliards de dollars. Le Russe est charmeur, c'est bien connu. Bluffée, la Société Générale lèvera l'option en février 2008.

Moyennant un bras, une bonne partie du deuxième et l'affront public de voir le fringant Vladimir Goloubkov son directeur général arrêté pour corruption en mai 2013,  la Société Générale est finalement parvenue à posséder 99,4 % de la Rosbank depuis avril dernier. Ouf...

Le marché russe qui représente environ 6 % des revenus consolidés de la banque française se présentait donc enfin sous les meilleurs auspices. Jusqu'à ce que Poutine décide, entre deux interventions chirurgicales esthétiques, de mettre la main sur la Crimée et l'Ukraine Orientale. Un coup de force qui a agacé l'Union Européenne et les USA au point de les voir prendre des sanctions économiques contre l'ogre Russe. 

Lesquelles, accompagnées d'une improbable baisse du prix du pétrole provoquée par l'Arabie Saoudite pour des motifs obscurs pas encore éclaircis, ont salement amoché l'économie russe et le rouble dont la prétendue solidité ne repose finalement que sur l'exportation de pétrole et de gaz.

Un contretemps de plus pour la Société Générale qui espérait porter sa rentabilité en Russie de 12,7 % à 14 % en 2016 et qui devra attendre deux ou 3 ans de plus.

Sans compter les tracas que lui causent les malheureux clients de la DeltaCredit Bank, une filiale à 100 % de la Rosbank qui se consacre au financement de l'immobilier par voie de prêts hypothécaires. 

Le 19 décembre, au lieu de faire leurs ultimes emplettes de Noël, une cinquantaine de clients de la DeltaCredit Bank ont en effet improvisé une petite manifestation de désespoir devant son siège moscovite, à un jet de pierre du Kremlin. Les malheureux demandaient de l'aide et criant à ceux qui voulaient bien les entendre,  qu'ils ne sont plus en mesure de rembourser leurs crédits immobiliers. Après décryptage, l'affaire se présente comme suit :

Pour rouler les mécaniques et se faire rapidement une place de choix sur le marché des  prêts hypothécaires à la sauce cosaque, les petits génies de la SocGen ont proposé, avant même que n'éclate la crise financière de 2008, des prêts immobiliers en dollars. Ravis des taux super attractifs qui leur étaient proposés par les hommes de Bouton, pas mal de russes ont mordu à l'hameçon. 

Des datchas qui valent de l’or

Sauf qu'à l'époque, il suffisait de 25 roubles pour acheter un dollar. Aujourd'hui il en faut 60 et les choses pourraient encore empirer si le baril d'or noir ne remonte pas fissa. En clair, il en coûte aujourd'hui aux gogos de russes qui remboursent en roubles,  plus du double pour honorer leurs échéances.

Comme s'en est plaint un certain Gennady Fedut aux journalistes occidentaux qui couvraient la micro-manif' du 19 décembre « on ne peut plus rembourser mais on ne peut plus faire d'économies non plus ». Le malheureux qui vit avec sa femme et ses deux enfants dans un petit deux pièces moscovite acheté en 2006 au moyen d'un prêt de la DeltaCredit en dollars en est réduit à affirmer – sans preuve – qu'il a entamé une grève de la faim pour attirer l'attention des autorités sur le sort de ses semblables : « Il faut absolument que le gouvernement mette en place un dispositif pour aider les gens. Nous ne sommes pas responsables de la chute du rouble ! » a-t-il crié aux représentants des médias présents sur place avant d'éclater en sanglots.

D'après les chiffres – moyennement fiables – publiés par la Banque Centrale Russe le   1er octobre, près de 3 % des crédits hypothécaires russes auraient été souscrits en devises étrangères. Joli carnage en perspectives. Plus de 15 % d'entre-eux poseraient aujourd'hui des problèmes de remboursement plus ou moins graves contre 0,9 % pour ceux souscrits en roubles.

Zoya Guliyena est moins excusable. Elle est expert-comptable et s'est elle-aussi laissée berner par les roucoulades de son banquier auquel elle doit encore 100 000 dollars : « Avant l'effondrement du rouble, il fallait que je trouve 28 000 roubles tous les mois pour rembourser mon crédit. Maintenant j'en suis à 70 000 roubles et j'ai peur que ça augmente encore... » a-t-elle déclaré au correspondant de Bloomberg qui n'aurait raté l'attroupement pour rien au monde.

Elle a vidé son sac au risque de recevoir une sinistre visite à son domicile un de ces jours pour s'être mal conduite en public face à des représentants de la presse impérialiste : « Je n'ai plus les moyens de rembourser. J'ai écrit plusieurs fois à ma banque et à la Banque Centrale afin de leur demander de l'aide mais ils ne nous répondent pas. ».

Des clients roublés dans la farine

Le même jour, la DeltaCredit y allait de son pseudo communiqué larmoyant sur son site internet, histoire de calmer le jeu :  « Dans l'incapacité d'influencer en quoi que ce soit le taux de change, DeltaCredit fait tout ce qui est en son pouvoir pour minimiser ce passage délicat pour ses clients ayant emprunté en devises étrangères ». 

Très réconfortant en effet pour les 3 000 malheureux qui se seraient regroupés sur le réseau social Vkontakte fondé en 2006 à Saint Petersbourg par Boris Dobrodeev, pour convaincre les autorités de l'urgence.

Impossible de dire si les relations professionnelles demeurent cordiales entre Denis Kovalev le président de la DeltaCredit, et Michel Colbert, son premier Vice-Président et œil de Moscou – si l'on peut dire - de la SocGen où le garçon a fait ses classes à l'Inspection.

Ce qui est certain et réconfortant en revanche, c'est de voir que la SocGen ne s'est pas contentée de rouler dans la farine avec ses produits toxiques des trésoriers de grands groupes dotés sur le papier d'un indéniable degré de sophistication financière. Elle a aussi exploité chaque parcelle de jobardise qui se présentait à elle, et de ce point de vue, la « classe moyenne » russe n'a pas été en reste.

Il faut espérer que, désespérés, les malheureux ne lui rejouent pas, près d'un siècle plus tard, un remake saignant du bras d'honneur fait le 29 décembre 1917 par les Soviets aux créanciers de la Russie, en envoyant balader tous les titulaires d'obligations d'emprunts russes...

 

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