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Liberman, Charlie et Voltaire

Publié par G Groupe X Bakchich

En pleine campagne électorale, le leader israélien d’extrême droite Avigdor Liberman se sert de Charlie Hebdo pour faire sa pub. Mais n’est pas Voltaire qui veut.

Se battre bec et ongles pour la liberté d’expression et la diffusion auprès du grand public du dernier numéro de Charlie Hebdo. On n’aurait pu penser qu’une initiative d’une telle noblesse viendrait de la gauche. Mais parfois, la politique israélienne regorge de contradictions et, bien souvent, de stratégies capillotractées. Pour preuve, ces derniers jours, ce n’est autre que le sémillant ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, qui s’y est collé. Le dirigeant ultra-nationaliste du parti Yisrael Beytenu (Israël, notre maison), a annoncé la semaine dernière vouloir distribuer gratuitement des exemplaires du fameux numéro de Charlie Hebdo publié après le massacre du 7 janvier.

Une idée loin d’être idiote lorsque l’on sait que le « numéro des survivants », dont la couverture représente Mahomet, n’est trouvable dans aucun point de vente en Israël. Ayant d’abord annoncé qu’elle allait le mettre dans ses rayons, la chaîne de librairies Steimatzky a finalement renoncé, ne le proposant qu’à la vente sur Internet. Une décision courageuse prise après qu’un député arabe israélien, Masoud Gnaim, ait agité le spectre de « conséquences » auprès des musulmans et prévenu la dite chaîne qu’elle serait tenue pour responsable le cas échéant. Une idée moins lumineuse, en revanche, lorsque l’on sait que l’Etat hébreu est en période électorale et que la loi interdit aux partis la distribution de cadeaux dans un lieu public jusqu’au vote du 17 mars. C’est d’ailleurs l’argument officiel qu’a retenu le président de la Commission des élections, Salim Joubran, pour interdire à Liberman de mettre en œuvre l’opération de distribution qu’il avait prévu.

Mais s’agrippant au filon Charlie comme un chien s’accroche à son os, le chef de la diplomatie israélienne a contourné l’interdiction en installant un stand au cœur de Tel Aviv afin que les passants puissent simplement consulter le journal. Il a également fait appel de la décision auprès de la Cour Suprême israélienne. « C’est malheureux que nous soyons forcés de préserver la liberté d’expression en Israël de cette façon », s’est-il ému devant les caméras, qualifiant la décision de la commission de « capitulation devant les menaces, le terrorisme et le chantage ». Pour ajouter à la dramaturgie de l’événement, certains de ses partisans s’étaient, eux, symboliquement bâillonnés la bouche. A trop vouloir en faire, Liberman a même utilisé la fameuse citation de Voltaire qui lui est faussement attribuée : « Je ne suis pas d’accord avec beaucoup de choses que le journal dit, mais comme Voltaire a dit, je me battrai jusqu’à la mort pour son droit à le dire ».

Il faut l’avouer, c’est bien tenté. En période électorale, tous les quarts d’heure médiatiques sont bons à prendre. Et d’ailleurs personne ne pourra venir contester le fait que Liberman, connu pour ses déclarations débridées, chérit la liberté d’expression. Perçu comme un « fasciste » par la gauche israélienne, il avait par exemple suggéré en 2003 que des prisonniers palestiniens soient « transportés en autocar vers la Mer morte, pour y être noyés ». Mais personne ne pourra croire pour autant que l’énergie déployée ces jours-ci par Liberman le soit en faveur d’une cause plus grande que la sienne. Celui qui s’était imposé lors des dernières élections comme un faiseur de roi doit aujourd’hui ramer dur pour enrayer sa chute. Éclaboussé par des affaires de corruptions, son parti, Yisrael Beytenu, doit aussi faire face à l’effritement d’un l’électorat russe de plus en plus volatil. Selon les sondages, il ne pourrait glaner que 5 à 7 sièges (contre 11 en 2013). Pis, selon le quotidien Haaretz, les partisans de Benyamin Netanyahu concentreraient actuellement tous leurs efforts pour que le parti de Liberman, avec lequel le Premier ministre est en froid depuis la Guerre de Gaza, n’atteigne même pas le seuil électoral requis (3,25%) pour entrer à la Knesset. Face à tant de malveillance, Voltaire risque de ne pas pouvoir grand chose.

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