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SAC DE CUL CHEZ LES CH’TIS

Publié par G Groupe X Bakchich

Comment se fait-il qu’après trois jours de déballage on ne sache toujours pas si DSK aime les poireaux-vinaigrette ? S’il a eu des chiens, et comment ? Mais où les juges ont-ils la tête ? Et la queue ?

Après, les gens du Nord viendront se plaindre de voir leur réputation salie et leurs mœurs caricaturées : après les outrances d’Outreau, le Carlton de Lille. Et avant, il y avait eu le notaire de Bruay en Artois, sans parler de cette sexualité fruste que suggérait Zola dans les lavoirs et les mines de charbon. Eh bien, les juges du tribunal correctionnel ont rajouté une bonne louche de sauce salace sur la fricadelle. Bon, que les avocats de la partie civile, en qualité d’adversaires, cherchent à couvrir de boue une personnalité médiatico-politique, cela se comprend, c’est de bonne guerre. Mais qu’un tribunal se penche avec tant d’avidité sur la sodomie, ça vous en bouche un coin…

La peine au fond du trou

La question est de savoir si DSK est proxénète. Que dis-je : proxénète aggravé, bien qu’à ma connaissance aucun commentateur (mais je ne lis ni n’écoute pas tout….) n’a vraiment expliqué en quoi consistait l’aggravation. Je suis allé voir sur legifrance.gouv, consciencieusement, mais le mot d’ « aggravé » dont on nous rebat les oreilles, n’apparaît dans aucun des textes cités (art. 225-5, et suivants). Vu que de l’un à l’autre la peine s’alourdit, on peut déduire qu’évidemment, commise sur un mineur ou un ascendant ayant autorité, avec une arme etc., cela s’aggrave. Mais enfin, le proxénétisme, c’est, aux yeux de la loi le fait de forcer autrui à se prostituer, et à en tirer profit. Si l’on est en bande (ne riez pas au fond de la classe), c’est pire. Et on a récemment ajouté que le délit existe si l’on s’est servi d’internet pour lancer ce commerce. Bâtissez une prison, vous fermerez un site de rencontres tarifées. Il faut vivre avec son temps. Mais nulle part il n’est question de sodomie, qui n’est pas une circonstance aggravante, puisque nulle part le mot « aggravant » n’est employé. Le Code pénal, c’est ça : on s’en tient aux principes. 

Et le principe, c’est que si le proxénétisme est un délit, la prostitution n’en est pas un. Ni le recours à des relations sexuelles tarifées, du moins pour le moment, puisque le projet de loi adopté par l’Assemblée va prochainement être soumis au Sénat. Où il n’est pas sûr qu’il remporte un vif succès, les vieillards du Luxembourg ayant sans dote une autre approche du problème que les ex-attaché(e)s parlementaires du PS élus députés en 2012. Après quoi, il faudra examiner, le cas échéant, sa constitutionnalité. Les « sages » du Palais-Royal se pourlèchent déjà les babines. D’autant plus que la tendance européenne est très contrastée : les parties de jambe en l’air avec des « professionnelles » sont parfaitement légales en Allemagne ou en Belgique, et font grimper le PIB du Royaume Uni, au nom du pragmatisme anglais, mais aussi avec l’aval (décidément, tous les mots glissent, sur ce sujet…) de la Commission de Bruxelles.  Donc, pour l’heure, impossible de mettre au trou un « client », et encore moins s’il ignorait qu’il avait affaire à des professionnelles. C’est bizarre, mais les juges de Lille semblent attachés à l’idée que « certaines pratiques » ne peuvent être demandées qu’à des professionnelles, et donc que le commettant a agi en connaissance de cause. Sans se demander si, d’un autre côté, ces pratiques-là ne sont pas celles qui amènent à voir des spécialistes tarifées, quand Maman aime pas. Mais où ça commence et où ça finit, l’animalité, dans ce cas ? Alors là, sur ce point la loi reste courte. Pas de nomenclature pour éclairer le tribunal, pas d’inventaire, et on le comprend : cela pourrait passer pour une pub, suggérer des contrats-type et donc verser dans le proxénétisme… On avance donc dans le noir. 

Juger sur le fion  

Cela étant, pendant trois jours d’interrogatoire, on a eu droit à une tentative d’inventaire exhaustif des pratiques sexuelles du prévenu DSK. Dont aucune n’implique le moins du monde un délit de proxénétisme, ou alors, il y aura foule dans les prétoires, (qui manquent de moyens, je vous le rappelle), faudra prendre son tour pour comparaître, vous là, à la queue, comme tout le monde… Comme il est assez peu vraisemblable tout de même qu’un directeur du FMI arrondisse ses fins de mois en faisant travailler un troupeau de filles vénales alors qu’il est si facile de faire des conférences légales à cent mille euros l’heure plus les petits-fours, une étrange contorsion mentale tente visiblement de mettre en équation ces coups de queue et la vénalité de celles qui les accueillaient. Ce qui ne constitue toujours pas le délit, mais enfin, admettons. Alors là, deux solutions : ou bien les juges ne sortent pas beaucoup, ne lisent qu’Okapi et n’allument jamais leur télé après dix heures du soir, ou bien ils se sont inventé une auréole de censeurs à trois balles pour abonder dans le politiquement correct qui dit que baiser pour des sous c’est vilain depuis Manon Lescaut,  Aspasie et même toutes les pétasses de l’Ancien Testament. En tout cas, on ne voit pas en quoi leur gestion du procès améliorera le sort individuel ou général des prostituées repenties ou pas qu’ils ont fait se succéder à la barre, si ce n’est pour les contraindre, faute de huis-clos, à des dépositions pathétiques, mais humiliantes, et rendre assez incompréhensible leur plainte de partie civile sous les ricanements d’un proxénète légal, puisque belge, au doux nom de hareng mal dessalé…Fait-on ici le procès de la prostitution, de la sodomie, de la nomenklatura politique internationale ou de l’immoralité des coïts à huit ? A force, on ne sait plus. Heureusement que le Manneken Pis réside à Bruxelles, il a failli être cité comme exhibitionniste.

Tous les magistrats à qui l’on reproche  la lenteur phénoménale de la justice française, surtout dans les affaires à haut voltage politique, n’ont de cesse de déclarer que le temps juridique n’est pas le temps politique ni le temps médiatique. Eh bien là, le calendrier judiciaire est tombé pile-poil : les investigations poussées du tribunal de Lille sur les enfilades du Carlton tombent exactement au moment où sort au cinéma un best-seller de l’érotisme pour ménagères de plus de cinquante ans, qui roule sur les très excitantes stimulations du SM soft ou pas, mais bon chic bon genre, dans un loft avec vue superbe, et en plus, si j’ai bien compris, entre une employée et son patron (y a un contrat entre eux, donc : « personne ayant autorité »…). Un boss « dominant » qui baise gratos, en quelque sorte, entre adultes consentants, certes, mais avec des épices que la presse, toujours en quête de l’épithète qui fracasse, décrit unanimement comme « sulfureuses » dans le roman. Autant dire, pour élucider la métaphore : sataniques, puisque, hein, bon, qui sent le soufre dans cette histoire ? Alors, forcément, c’est interdit aux moins de douze ans, et de toute façon, attendre une heure quinze pour une petite fessée en douce, c’est nul à chier, un pur navet. Le sado-maso est donc, soyons clairs, entré dans le domaine de la morale ordinaire, comme l’ensemble de la littérature érotique, du reste, Sade y compris. La sodomie, pratique « animale » réservée aux teckels homosexuels? Même pas, soyons sérieux ! Dans tous ces livres, ces films, ces télé-films, figurez vous qu’on s’encule, habituellement ou à l’occasion, entre mâles ou en hétéro, et parfois les deux ! Et pas forcément entre client et professionnelle, ou alors, j’ai rien compris au scénario… Pire : y a des menottes, des fois, de la violence, du gnac, du sec, du basic instinct, enfin bref, si vous cherchez à savoir ce que c’est qu’une « sexualité un peu plus rude que la moyenne », ne vous cassez pas les prunes, il y en a au moins une fois par semaine sur votre téléviseur depuis Emmanuelle et ses épigones, et de toute façon, comparé à Braquo ou au moindre plan-séquence de Tarantino, question violence, c’est du sucre d’orge.

Grand méchant loup, ou petits cochons ?

Bon, soyons sérieux : la sexualité de DSK, je n’en ai personnellement rien à foutre, si j’ose dire. Pas plus que celle de mon voisin, d’autant plus qu’il est octogénaire. Cette manie de scruter la braguette des people et des politiques, quelle vérole ! Merde, on cherche des poux à notre célibataire de Préz, alors que le nombre de mariage n’a jamais été aussi bas en France ! que voulez-vous, il est normal, monsieur Normal, il se coule parfaitement dans la tendance. C’est ça ou les divorces à répétitions, regardez un peu le nombre de divorcés dans nos chambres (je veux parler des parlementaires), avec, sous chaque divorce, un adultère au moins. Adultère qui, à l’inverse de tout parti politique, est majoritaire en France, et nettement, d’après toutes les enquêtes sur la vie érotique des Français. Je ne peux imaginer que l’on définisse la « normalité », dans ce contexte, comme la monogamie stricte et définitivement centrée sur la procréation par le biais d’une saillie de missionnaire sans fioritures, idéal lamentable que même les punaises de sacristie des manifs pour tous sont certainement loin de respecter, ne serait-ce que parce que sans sa turlutte de lancement ou son doigt sur la prostate, Hubert-Charles à du mal à se donner. Du reste, même Wauquiez a avoué regarder du porno sur son Mac et sous sa parka, c’est vous dire si le mal court. Arrêtons ces conneries, par pitié ! Il existe des limites à tout, même à l’hypocrisie, et cela vaut aussi pour tous les nazes qui sont sûrs et certains de n’avoir jamais têté un joint de leur vie, et certifieraient sur la Bible que leurs enfants non plus. Ce n’est pas parce que nous avons Disneyland at home que nous devons cultiver le puritanisme débile de la culture américaine, qui punit la sodomie, voire la turlutte ou même la branlette dans certains de ses Etats les mieux disposés à l’égard du port d’armes. Ou alors, nous avons des juges si scrupuleux qu’ayant le corps d’un prévenu chic sous la main, ils se préoccupent aussi, par exigence morale supérieure, de scruter son âme. Et de lui faire avouer hautement, clairement, solennellement qu’il est un gros cochon. Devant la presse, mais sans  photo – la pudeur, c’est de n’admettre, en audience, que les dessinateurs… 

Et avec, naturellement, toute une armada de médias qui, forcément, simulent un certain écoeurement (comment ne pas ?), mais déversent néanmoins avec prolixité un récit croustillant de ce que fait, ne fait pas, aurait pu faire le monsieur avec sa bibite de célébrité déchue, d’autant plus librement, justement, qu’il est déchu. Entendons-nous bien : le goût de DSK pour les « parties fines » (on a vu ressusciter cet euphémisme vieillot parce qu’il est plus délicat que « partouze » en prime time), en tout cas pour les parties de jambes en l’air, est connu par toute la profession médiatique et par toute la classe politique depuis au moins vingt ans, et cela suppose donc qu’il rencontrait, à l’occasion, des dames ad hoc. Ne pinaillons pas sur le « libertinage » qui se fait aux chandelles, et la partouze qui se fait au Carlton : l’un dans l’autre, c’est seulement l’addition qui change. Dans l’affaire du Sofitel, il y a avait un doute (pas tout à fait étouffé….) de relation forcée, mais aussi quelques soupçons de magouille suggérés par un certain nombre d’invraisemblances. Dans celle du Carlton, on ne voit pas vraiment où est le pénalty. Il y a, selon les statistiques, de 7000 à 20 000 prostituées en France. Environ 400 000 en Europe. Qui ont des millions de clients, généralement de façon légale. Leur sort est vraisemblablement déplorable dans les pays sans réglementation protectrice. Mais le FMI n’y est pour rien. Son ex-patron non plus. Qu’on lui ait « offert » des services sexuels, cela n’est pas joli-joli, mais enfin, cela se fait classiquement, de nos jours, pour les enterrements de vie de garçon et même de jeune fille, mutatis mutandis. Qu’il en ait profité en connaissance de cause, cela ne surprendrait même pas un portier d’hôtel, qui en voit de belles, parfois même avec des magistrats et autres gens très chics. La banalité est-elle un délit ?

Ce qui est moins clair, c’est le pourquoi de cet acharnement zizi-cucul. Un ami occupant des fonctions non négligeables dans la hiérarchie judiciaire me suggérait que si l’on a lancé ce chef d’accusation invraisemblable contre DSK, c’était parce qu’on était sûr qu’on pourrait de la sorte le traîner dans la boue, sans avoir à le condamner à la fin du procès. Ou alors, à du symbolique. Hypothèse intéressante, mais j’ai horreur des complots et des « complotistes »… De toute façon, le Sofitel a laminé le candidat avant qu’il soit besoin de lui jeter ses couilles dans les guiboles après quelques mois d’écoutes pas forcément légales. De bout en bout, histoire sordide, procès minable. Mais cent cinquante journalistes. Après tout, les magistrats du tribunal correctionnel de Lille jugent habituellement des vols de poules, et la tentation d’une petite semaine de célébrité est encore plus alléchante que le quart d’heure (« fifteen minutes of fame ») que faisait miroiter Warhol. C’est ça aussi, la province…

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