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LA PEAU DOUCE, MAIS PAS PARTOUT

Publié par G Groupe X Bakchich

C’est devenu un « marronnier » parmi d’autres : la fessée est en débat. Ca tombe bien : il y avait longtemps qu’on n’avait pas trouvé une occasion de battre notre coulpe…

Périodiquement, la question revient sur le tapis, sous forme de blâme. On n’irait pas jusqu’au cri d’alarme, mais presque. Cette fois, c’est une mise en cause de la législation française par le Conseil de l’Europe, institution devenue désormais, avec l’évolution de ladite Europe, assez décalée par rapport à nos cadres juridiques, politiques et institutionnels : si je lance un quiz sur son histoire, sa composition, son fonctionnement, même les diplômés de Sciences-Po risquent de sécher grave. C’est un machin né de la guerre, d’abord un petit comité des vainqueurs , auquel finalement tout le monde s’est agglutiné en expédiant là quelques parlementaires (plus ou moins) démocratiquement élus : les 47 pays adhérents s’étalent de Galway à Vladivostok, car la Russie est comprise dans cette vision très extensive de l’Europe géographique et a provoqué une inflation considérable quand elle s’est morcelée dans les années 1990, ne laissant sur la touche que le Biélorussie, dictature reconnue où l’on ne répugne pas, toutefois, de signer des accords sur l’Ukraine… Pour vous donner une idée de la discrétion de ce Conseil, sachez que de 2012 jusqu’à mi 2014 il était présidé par un français, le député UMP de Seine-et-Marne Jean-Pierre Mignon, sans que personne le sache en dehors de sa proche famille, et encore, jusqu’aux cousins germains inclus. Donc, normal que vous n’ayez  pas été au courant. Mais cette invisible usine à gaz installée à Strasbourg occupe tout de même près de 700 « parlementaires » (vous en avez élu 18 sans même le savoir !), avec tout un personnel pour les assister, dans de beaux bâtiments bourrés d’experts divers, de rapporteurs et de cousines des élus. Bon, je vous dis tout ça en intro, parce que la presse qui vous informe avait, pour une fois, l’occasion de vous faire un topo sur le Conseil de l’Europe, mais bon, je vais pas le faire à sa place, de toute façon, le Conseil de l’Europe continuera à exister sans votre reconnaissance.

Pan-pan cucul !

Donc, le Conseil de l’Europe s’est une fois de plus penché sur la fessée, en l’occurrence, par la diligence de son Comité européen des Droits Sociaux, qui a scruté les législations des pays membres pour savoir si les enfants étaient explicitement protégés par la loi. Le résultat de cette enquête est pas fameux, puisque finalement 27 pays sur 47 restent évasifs sur les châtiments corporels. Rassurons-nous donc, la France n’est pas le seul chat noir, parmi les autres coupables il y a aussi, dans notre quartier, le Royaume Uni, l’Irlande et la Belgique. Et plus loin, la Russie. Il paraît qu’on est, avec les rosbifs, les plus rétifs à sanctionner par la loi ce débordement regrettable, mais enfin, on est 27 dans ce cas. Ce n’est pas, j’imagine, exactement ce qu’on vous a chanté à la télé, où l’on ne manque pas une occasion de clouer la France au pilori, pour être politiquement correct. Car finalement, moi, ce qui m’intéresse, c’est la réaction médiatique à cette affaire. N’attendez pas que je me prononce doctement sur l’utilité pédagogique de la fessée : à mon avis, on peut faire sans, mais c’est vous qui voyez, entre la cinglée qui fourre ses minots dans le micro-onde et la petite tape au cul en passant par la gifle sûrement trop sévère qui est partie toute seule, il y a de la marge pour le vécu des uns et des autres. En tout cas, je ne pense pas qu’il se trouve un théoricien pour vous dire que le mieux, pour que Ethan ou Maylis mangent leur tapioca sans regimber, c’est de leur balancer des torgnoles à dévisser une girouette, ou de ressortir de l’armoire le martinet de Pépé qui ne devrait servir que dans les nuances de gris…

Débat sur le non-débat

Non, ce qui est fascinant, c’est l’écho de la chose. On n’est pas tombé dans la polémique, mais on l’a frôlée. Je ne sache point qu’il y ait eu question orale à l’Assemblée, mais je suis à peu près certain que des attachés parlementaires ont tenté des brouillons. Alors que, globalement, les citoyens ne vont par prendre les armes pour ou contre la fessée, les associations militantes (toutes contre la fessée, évidemment) ont été, elles mobilisées et sollicitées. D’où un débat assez déséquilibré, avec des « contre » emphatiques, et un manque évident de « pour » - à peine des : « faut voir ». La pire situation, pour ces médias qui travaillent l’antithèse consciencieusement, tenez, regardez ce « débat » qui surgit quelquefois au 20 heures de Pujadas, avec deux « experts » absolument opposés, en screen-sharing, qui répondent blanc ou noir à quatre questions, en deux minutes, le temps qu’on refile les références de leur dernier livre, du genre « sans l’ultra-libéralisme, on va dans le mur » versus « avec le libéralisme, on y est déjà »… Plus la question est compliquée, plus les réponses sont réductrices, ça, c’est de la bonne télé, celle qui oblige pas à penser, et laisse démocratiquement chacun sur ses préjugés. Difficile, aussi - mais pas impossible, certains l’ont fait ! – de dégainer un de ces sondages express qui me fascinent, pour délimiter les pour et les contre de n’importe quoi. Je rêve, en passant, qu’au grand journal de la 3 on me donne un jour la réponse des téléspectateurs à la question posée à celui de 19h30: « Etes-vous favorable à la rotation de la terre autour du soleil ? », sachant que, récemment, dans un jeu télévisé, un candidat assez représentatif de la France profonde et des « vrais gens », pour répondre à la question de qui tourne autour de qui, a pris l’avis du public, a choisi la mauvaise réponse et a néanmoins empoché 1700 euros en récompense de sa connerie d’ignare. 

Bonne nuit, les petits !

Là, il a fallu s’en remettre aux commentaires éclairés de pédopsychiatres antagonistes, et on n’a pas été déçus. J’ai vu et entendu, dans un débat mondain plein de dames, journée de la femme oblige, une prestigieuse et caméléonesque spécialiste, psychiatre, certes, mais journaliste aussi, et politicienne de surcroît, un temps députée UMP par suppléance, connue pour avoir présenté en 2010 une proposition de loi visant à abolir les châtiments corporels, mais aussi pour une abondante production de livres expliquant comment rendre ses enfants bourgeois, quelques déboires judiciaires, et des croisades contre l’homoparentalité que l’on peut trouver simplistes et qui sans doute le sont. Figurez vous que pour cette dame mielleuse, le paradis des fessiers enfantins, c’est la Suède, premier pays à avoir interdit la fessée. Avec pour résultat, dit-elle, que les adultes ignorent toute violence, ma chère ! Selon elle, les prisons suédoises sont vides, et je ne déconne pas, elle a vraiment dit ça, la dame, avec un sourire angélique. Merde, elle n’a pas lu Millenium et la littérature policière qui décrit la société suédoise, elle n’a jamais mis les pieds en Scandinavie un soir de biture officielle et légale, c’est le pays des Bisounours et du Père Noël, à ses yeux. Mais il y a mieux : selon elle « il n’y a pas de verbe en anglais pour dire « fesser » », je la cite. Et to spank, mémère, c’est quoi ? Pincez-moi ! Une « spécialiste », cette ignare ? Pire, chez les Anglais, il est mal vu que la main touche le cul – d’où l’usage de la canne dans les collèges, to cane a boy se dit encore, que je sache… Pour le coup, l’exemple est bien choisi. Alors là, je pensais que les autres invitées au débat allaient lui rentrer dans le lard. Que dalle, et surtout pas la « modératrice » qui tortille son frimage chicos-branché d’ « animatrice » pétulante d’une émission très parisienne, puisque placée sous l’égide de la tour Eiffel, mais qui heureusement n’est regardée que par quelques désoeuvrés pour laisser au Stillnox le temps d’agir. Idem pour les « chroniqueuses » qui jouent les triplettes dans ce show, et qui sont suppossées lancer la pique qui tue. On peut dire toute les conneries qu’on veut, quand on est Edwige Antier. Pour le coup, la moitié aurait été largement suffisante.

Silence, on coupe

Moi, si j’avais été là, j’en aurais profité pour demander à notre experte en violences faites aux enfants ce qu’elle pensait de la circoncision. C’est dans le sujet, non ? Certes, le Conseil de l’Europe ne s’en est pas vraiment préoccupé pour le moment, ou, s’il l’a fait, c’est resté dans les tuyaux insonores de son siège strasbourgeois. Mais enfin, c’est un problème, ça. Si la violence faite au petit enfant commence à la torgnole – et je suis personnellement d’accord que c’est une violence insupportable – comment doit-on appeler ce crime rituel ? Il me semble que « mutilation » est le mot adéquat. En tout cas, c’est une violation explicite d’un des principes de la Convention européenne des droits des enfants, dont, hélas, le Conseil de l’Europe devrait théoriquement être le gardien vigilant. On ne peut que s’étonner de constater qu’il ne fait reproche à personne de ne pas faire figurer dans sa législation une condamnation explicite de l’ablation du prépuce chez un nourrisson incapable d’exprimer un consentement qui serait la moindre des choses vu les conséquences de ce geste. Conséquences qui sont multiples : d’abord, évidemment, la douleur, difficile à contester, et que, me semble-t-il, on minimise de façon odieuse ; mais aussi l’inscription de force dans une religion, de façon irrévocable, ce qui est un abus de pouvoir scandaleux, qui se prolongera, avant l’âge où le gamin peut imposer sa volonté, par l’obligation d’apprendre une langue étrangère qui s’écrit à l’envers avec des caractères compliqués pour psalmodier les saintes écritures de papa et maman, alors qu’à la communale on sera pas foutu de lui apprendre l’anglais et que ses parents jureront que le gamin est épuisé par l’école… 

A bas les alibis !

Vous allez me dire : bah, ça peut pas lui faire de mal, et c’est plus propre, donc c’est pour son bien. C’est toujours le genre d’argument qu’on sort quand on fait des conneries, et là, en plus, il y a l’exemple des américains qui font de la circoncision hygiénique systématique pour le plus grand bonheur des chirurgiens, mais sans que la communauté médicale soit convaincue que l’effet soit positif pour la santé du zgeg ou ses performances érotiques (là, on entre carrément dans le fantasme). Belle hypocrisie, d’une main, la religion, de l’autre l’hygiène, dans la troisième, l’éjaculation précoce, c’est pas la rigueur intellectuelle qui vous étouffe, les mecs ! On comprend que le Conseil de l’Europe ait préféré ne pas s’en mêler, y a que matière à se fâcher, dans ce truc. Comme chaque fois qu’il y a « religion » dans le cornet. Remarquez, il y a des gens qui s’en sont mêlés, par exemple, un tribunal allemand qui, en 2012, a mis les pieds dans le plat en interdisant purement et simplement de circoncire quiconque. Aussitôt, les communautés juives ont hurlé à la violation de la liberté religieuse. Et c’est bien ça, la question : il faut savoir où la liberté religieuse s’arrête, dans une société régie par des lois civiles. Et une fois de plus, c’est la religion qui a gagné : six mois plus tard, le Parlement allemand votait une loi autorisant la circoncision « pour motifs religieux ». Du coup, les musulmans en profitent… Mais ne croyez pas que, dans cette affaire, les chrétiens soient blanc-bleu : en imposant le baptême à des minots, les quelques uns qui restent en France leur collent sur le dos une étiquette dont ils auront bien du mal à se débarrasser s’il y a lieu, vu que le sacrement est indélébile, ce qui moralement peut s’avérer pénible (la violence morale est comptabilisée au nombre des violences faites à l’enfant dans le texte de référence de la Convention internationale des droits de l’enfant !), et l’Eglise s’arroge un « droit de fichier » sur les baptisés qu’un incident récent a mis au jour. C’est l’histoire d’un expatrié français en Allemagne forcé de payer l’impôt religieux alors qu’il se proclame athée, au prétexte que l’Eglise allemande a obtenu de l’Eglise française copie de son acte de baptême … Moi, ce genre de délation, je trouve ça plutôt violent, ou alors, y a juste à s’inquiéter des fiches de la NSA ? 

La violence physique sur un enfant peut donc être légitime quand elle se fait au nom de Dieu, et illégitime quand elle procède d’une faute humaine ? La baffe que l’on regrette immédiatement, c’est très méchant, mais il faudrait peut-être vérifier ce qu’en disent l’Evangile, la Bible et le Coran. Et chercher où commence l’abus d’autorité parentale en monothéisme. Des fois que, dans la lignée de la transmission religieuse par les parents, le coup de pied au cul soit autorisé au même titre que le pédobaptisme et la circoncision. Il paraît même que l’excision des fillettes, c’est aussi couvert par la religion, ici ou là, même dans nos banlieues, mais chut ! On ne sait jamais, il faudrait réviser la Convention de Genève. Ah mais, dite, il y a là un beau débat, un vrai, quasiment un sujet du bac philo. Rien à voir avec les parlottes contradictoires mais culpabilisantes qu’on nous a servies. Au fait, Dieu, il en pense quoi, de la fessée ?

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