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Vincent Lambert, la fin d'un combat

Publié par G Groupe X Bakchich

Lundi 6 juillet a sonné la fin du combat pour Vincent Lambert. La Cour européenne des droits de l'Homme a confirmé ce qu'elle avait déjà jugé : l'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation de Vincent Lambert, tétraplégique "en état végétatif irréversible" depuis 7 ans.

Qui a envie d'être maintenu en vie, allongé sur un lit d'hôpital, sans manger, sans marcher, sans parler, sans aimer, pendant 7 ans ? Quel parent a envie de voir son enfant six pieds sous terre alors qu'il est encore là, immobile mais en chair et en os?

Voilà. C'est ça "L'affaire Vincent Lambert". Plus qu'un homme devenu tétraplégique après un accident de la circulation en 2008, en état pauci-relationnel (incapable de communiquer de façon objective avec son entourage), Vincent Lambert est devenu "L'affaire du droit à mourir dignement", "la question de la fin de vie", celle de "l'euthanisie" et puis une affaire politico-judiciaire.

Il y a d'un côté son épouse et six de ses frères et soeurs qui demandent à ce que l'aide médicalisée, qui seule le maintient en vie, soit arrêtée "parce que Vincent n'aurait pas voulu vivre dans cet état" et puis il y a de l'autre côté ses parents et ses deux autres frères et soeurs qui considèrent "On ne peut pas supprimer Vincent pour faire plaisir à tout le monde".

Plusieurs équipes médicales ont conclu à un "état végétatif irréversible" du patient Vincent Lambert, autrement dit, son cas ne s'améliorera jamais. La médecine ne pourra pas faire mieux, jamais Vincent Lambert ne reparlera, ne remarchera, ni ne s'alimentera seul, ni même sera en capacité de comprendre une conversation ou une situation. C'est pourquoi les médécins avaient consulté la famille aux fins de faire cesser les soins, ce qui avait été accepté. Seulement, ils n'ont pas consulté toute la famille et il se trouve que les parents de Vincent Lambert, qui n'ont pas été conviés aux débats, ne veulent pas entendre parler de la fin de vie de leur fils. La décision du CHU de Reims avait donc été remise en cause par la juridiction administrative en première instance. Cependant, le CHU a porté l'affaire devant le Conseil d'Etat, et le 24 juin 2014 : l'arrêt juge "l'obstination déraisonnable" de maintenir Vincent Lambert en vie au vu de ses "lésions irréversibles" et estime que l'arrêt des soins préconisé par le CHU était conforme à la Loi Leonetti de 2005.

Vincent Lambert, infirmier en psychiatrie, n'a pas laissé de traces écrites de ses volontés en pareilles circonstances, il n'a pas non plus désigné de "personne de confiance" laquelle aurait été officiellement habilitée à décider pour lui de son maintien en vie ou non. En l'absence de telles volontés du patient, couchées sur papier, la justice se doit de trancher sur des faits, des expertises médicales en l'occurence. C'est ce qu'a fait le Conseil d'Etat.

96 % des Français approuvent le recours à l'euthanasie

Mais les parents de Vincent Lambert n'ont pas accepté cette décision et ont saisi la Cour européenne des droits de l'Homme, estimant que la France n'avait pas respecté les droits de l'Homme en validant l'arrêt des soins de leur fils. La Cour s'est pononcée au mois de mai 2015 et a validé l'arrêt du Conseil d'Etat. Pas d'atteinte aux droits de l'Homme.

Toujours aussi inacceptable pour les parents de l'ancien infirmier de 38 ans qui déposent, fin juin, une demande en révision du procès, toujours auprès de la CEDH, vidéo à l'appui. Des images qui montrent que "Vincent Lambert peut manger par la bouche", explique la famille, signe de vie, donc. Mais la CEDH a rejeté ce lundi 6 juillet leur demande, rendant de ce fait l'arrêt du Conseil d'Etat applicable de plein droit. Vincent Lambert a le droit de mourir.

En France, seulement 2,5 % des personnes mourantes ont signé des "directves anticipées" (consignes en cas d'accident) contre 14% en Allemagne par exemple. Cependant, en France, le médecin n'est pas tenu de les appliquer, lui seul a le pouvoir de prendre la décision finale au vu du dossier médical du patient...

Un sondage IFOP paru en octobre 2014 indique que 96% des Français approuvent le recours à l'euthanasie. "Mais la loi Leonetti prône, elle, un "laisser mourir" plutôt qu'un "faire mourir", explique Jean-Luc Romero (1) dans son ouvrage "Ma mort m'appartient" paru cette année chez Michalon. C'est ce que notre association reproche à cette loi. On accepte l'arrêt de l'alimentation et de l'hydratation -et le patient peut mettre plusieurs jours avant de décéder- mais on refuse la sédation terminale qui le ferait mourir, selon ses voeux, en quelques minutes". Il dénonce également les nombreuses dérives que connaît, selon lui, cette législation, notamment le nombre d'euthanisies illégales, relevé par une étude de l'INED réalisée en 2012 : 0,8% des décès annuels en France seraient le fait de l'administration d'un produit létal, soit 4 568 décès par euthanisies illégales. Et l'INED d'ajouter que 3/4 de ces euthanisies illégales (soit 3 400 décès) seraient en réalité des homicides, car les malades n'auraient rien demandé.

En tout état de cause, force est de constater que malgré l'existence d'une législation, la fin de nos vies pose question. Vide juridique? D'autant que, comme l'indique Jean-Luc Romero "Chaque année, 150 000 personnes succombent à un cancer et, malheueusement, elles ont peu de chance de décéder subitement ou tranquillement dans leur sommeil".

(1) Président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).

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