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La fable footballistique du Lion et du Dragon

Publié par G Groupe X Bakchich

Le club de football professionnel du FC Sochaux, fondé par la famille Peugeot en 1928, vit une révolution historique. Le club doubiste, lié depuis toujours à la marque automobile française, vient d’être vendu au groupe chinois Ledus, spécialisé dans l’éclairage, le premier à acquérir 100% d’une équipe européenne de football. Un bouleversement majeur dans le foot français, symbole de la mondialisation du ballon rond.

Pour les supporters historiques du FC Sochaux, souvent des anciens ouvriers de l’usine Peugeot du coin, c’est un choc, un traumatisme même. Voir leur club de cœur passer sous pavillon chinois s’avère difficile à avaler. Jamais un club, dans l’histoire du football français, n’avait été autant associé à une marque. Le Football club de Sochaux, c’était Peugeot et inversement. Le logo, un lion, les couleurs « jaune et bleu »  étaient les mêmes. Le FC Sochaux était la propriété de la famille Peugeot jusqu’à ce début d’été 2015. 87 ans d’une histoire commune ! A faire pâlir de jalousie bien des couples non ?

Peugeot à Sochaux comme Fiat à Turin

Nous sommes en 1928 quand Jean-Pierre Peugeot décide de professionnaliser le FC Sochaux, le club amateur local crée par deux ouvriers de l’usine, avec l’ambition initiale de véhiculer en France l’image de la marque automobile, comme le font déjà en Europe les groupes industriels « Fiat » à Turin, « Bayer » à Leverkusen ou encore « Philips » à Eindovhen. Au départ de l’aventure, le club participe à des matchs de gala dans toute l’Europe, faute de pouvoir concourir dans des rencontres officielles, en raison de la rémunération de ses joueurs. Le football en France est toujours amateur. Pour mettre la pression sur la Fédération française de football et les convaincre de lancer un championnat professionnel, le FC Sochaux décide d’organiser sa propre compétition « La Coupe Sochaux ». Face à cette menace, la FFF valide, en 1932, la professionnalisation du football français. Pour obtenir des résultats sûrs et rapides (sinon à quoi bon investir dans le sport), les dirigeants de la firme veulent réduire au maximum l’aléa sportif et adoptent le même modèle d’organisation que pour la société automobile. Chaque personne doit avoir un rôle bien précis au sein du club, de l’équipe. La rationalisation du football est en marche.

Le  FC Sochaux, le PSG des années 30

Le responsable de la branche carrosserie de l’usine de Sochaux, Louis Maillard-Salin, devient le premier président du club, sous le regard bien sûr omniprésent de Jean-Pierre Peugeot. Les dirigeants, qui disposent d’un budget 100%  apporté par Peugeot, n’hésitent pas à recruter à l’extérieur les meilleurs éléments comme Victor Gibson, entraîneur anglais de renom à cette époque ou encore le gardien international français Antonio Lozes. Le FC Sochaux, c’était le PSG des années 30 ! Peugeot sera récompensé de ses investissements avec deux titres de champion de France en 1935 et 1938 et une Coupe de France en 1937. Les bons résultats permettent de porter haut les couleurs de l’entreprise, de véhiculer une image positive de la firme, de populariser la marque dans les médias, autant d’éléments de fierté pour les employés. Les joueurs alias « les Lionceaux » sont les ambassadeurs de la marque au lion. Le tournant de la deuxième guerre mondiale marquera un frein dans le développement du FCSM qui devra faire avec une sérieuse réduction du budget lié au léger déclin de l’industrie automobile. Pour compenser la baisse d’argent, le club se lance alors dans une politique de formation ambitieuse. Tous les jeunes talents de la région sont recrutés. Certains fils d’ouvriers de l’usine doubiste deviennent des joueurs professionnels de l’équipe. Certains « fils de Peugeot » connaîtront même de brillantes carrières comme Camel Meriem, international français qui a offert de beaux moments aux supporters du Stade Auguste Bonal, fief de Sochaux (un stade, situé à côté de l’usine automobile, et qui porte le nom d’un ancien dirigeant de Peugeot, tué en 1945 par les Nazis). Le public ouvrier en immense majorité aime s’identifier à son équipe. D’où la volonté constante du club de s’attacher les services de joueurs à l’image « propre ».

2015 : Et la Chine s’éveille au football

C’est cette même volonté initiale de véhiculer l’image de leur société, d’acquérir de la visibilité, de faire connaître en France, surtout aux collectivités locales, le savoir-faire de l’entreprise au niveau des éclairages, qui a poussé les dirigeants de Ledus (filiale du groupe « Tech Pro Technology Development ») cotée à la bourse de Hong-kong, à jeter leur dévolu sur le club de football franc-comtois que ne souhaite plus conserver Peugeot. Avec le temps, l’entreprise familiale, passionnée de ballon rond, est devenue le groupe PSA, avec désormais des actionnaires peu enclin à « distribuer » de l’argent dans un domaine si aléatoire, si imprévisible, si peu rentable que le football. La volonté de se désengager du constructeur français n’était qu’une question de temps. La famille Peugeot, qui aujourd’hui détient seulement 14% de participations, était elle-même très divisée sur le sujet. L’affaire s’est conclue autour de 7 millions d’euros. Certains supporters, comme Hervé, 45 ans, auraient aimé que l’histoire commune entre Peugeot et Sochaux ne s’arrête pas et dénoncent non pas un choix économique car « le groupe PSA continue de soutenir le Stade Toulousain en rugby et le tennis » mais un choix de communication. « Sochaux dans un marché aujourd’hui mondial, ne fait pas rêver. » La Chine confirme l’appétit de certains investisseurs étrangers, parfois suspects, pour les clubs de football français. Un homme d’affaires américain au Havre, un prince saoudien à Sedan, un oligarque russe à Monaco, le Qatar au PSG… Avec ces nouveaux dirigeants chinois, le FC Sochaux aimerait en tout cas retrouver l’élite au plus vite. Les propriétaires ont promis de l’argent frais pour le recrutement. Difficile pour eux d’imaginer percer le marché français sans une présence en Ligue 1..

Le lion va-t-il résister ?

Dès le premier match de la saison prochaine, début août 2015, l’équipe sochalienne, qui évolue en Ligue 2, portera un maillot où, pour la première fois depuis 1928, le nom de Peugeot n’apparaîtra plus. Un bouleversement historique difficile à avaler pour les nostalgiques du football d’antan. Les couleurs emblématiques Jaune et Bleu demeurent, pour le moment. L’emblématique logo du lion (Le surnom des joueurs sochaliens « les lionceaux » était lié à ce logo) est lui aussi pour l’instant maintenu. Mais pour combien de temps ? C’est l’une des inquiétudes des fans sochaliens. Le lion sera peut-être, dans un avenir proche, remplacé par un dragon, animal symbole de la Chine. LEDUS aimerait le changer pour effacer l’identification du club à la marque automobile. Les supporters ont déjà prévenu qu’ils ne laisseraient pas passer la mort de leur lion. Même pour le plus beau des dragons chinois.  

Ce tournant dans l’histoire de club de football de Sochaux témoigne d’un bouleversement majeur du football français. L’arrivée de ces investisseurs « particuliers » au sein des clubs hexagonaux suscite certaines inquiétudes. Vont-ils rester sur la durée où comme à Grenoble ou au Mans tout laisser en ruines. Seul l’avenir nous le dira.   

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