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Nous irons à Notre-Dame-des-Landes

Publié par G Groupe X Bakchich

Cette année, le rassemblement annuel contre le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes s'est opportunément tenu à une semaine du jugement concernant des recours importants, parmi les derniers encore possibles pour stopper la construction. Histoire de maintenir la pression.

Ça a commencé en 2000. Nous en sommes au 15ème. Festif, familial mais hautement revendicatif, le rassemblement de Notre-Dame-des-Landes est devenu le symbole en France de la lutte contre les grands projets inutiles imposés (les GPII), tout comme la ligne à grande vitesse Lyon-Turin l'est en Italie. Militants politiques, agriculteurs, défenseurs de la nature, 15 000 participants selon les organisateurs ont foulé la prairie du site de La Paquelais, rendu hommage à Rémi Fraisse mort en octobre 2014 à Sivens, chanté jusqu'à pas d'heure des chansons gaies et/ou débiles, écouté beaucoup de biniou, grillé comme des sauterelles sous le soleil et dans la poussière, mais ont surtout échangé, se sont informés et se sont rencontrés au cours des nombreux débats et aux stands des associations présentes.

Un rassemblement qui a permis de faire le lien entre les différentes luttes contre des projets inutiles et imposés de tous poils, grands ou petits. Bure, site unilatéralement choisi pour l’enfouissement de déchets radioactifs, cavalier législatif passé par Gérard Longuet dans le 49-3 de Macron, qualifié de cavalier de l’Apocalypse par certaines voix au cours de ce meeting. Mais aussi l’ex-futur Center Parc de Roybon qui semble avoir rendu l’âme hier par la grâce du Tribunal administratif de Grenoble ; Sivens et son barrage à l’arrêt ; la ferme des 1 000 vaches, l’A831 qui menaçait les zones humides du Marais poitevin, GPII abandonné le week-end précédent, mais aussi toutes les violences policières de Toulouse à Montreuil. La solidarité avec la Grèce n’a pas été oubliée avec la venue d’un membre de Syriza Paris.

Et comme pour rajouter de la pression à la pression, Gianni Tognoni, le secrétaire général du Tribunal Permanent des Peuples, a lancé l’enquête qui fait suite à une plainte déposée en décembre 2014 par la coordination des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Un tribunal qui ne rend certes que des jugements consultatifs mais à l’aura internationale, tout comme son grand frère, le Tribunal Russel. La guérilla remise au goût du jour par les zadistes semble l’un des seuls rapports de force encore possible si ce n’est un nouveau mode de vie, contestataire et militant.

Si la COP21, sommet international sur le climat qui doit se tenir à Paris en novembre prochain, a occupé tous les débats du meeting, le dimanche matin, elle n’aura pas été à la fête, célébrée comme « un grand moment publicitaire pour les entreprises capitalistes » par Christine Poupin, porte-parole du NPA. Yannick Jadot, député européen EELV, a raillé le fait que BNP Paribas, première banque à investir dans le charbon dans le monde, soit l’un des sponsors de cette COP21. Ironique, Martine Billard, secrétaire nationale à l’écologie au PG, a évoqué « les nouvelles technologies qui vont nous permettre de ne rien changer. Ils veulent nous vendre des aéroports écolos et un nucléaire durable (ça pour être durable !) » Bref, si on a bien compris, la COP21 c’est du pipeau, et le climat, c’est pas là que ça se passe. Ou plutôt si, mais dans le mauvais sens.

« Il est tout de même cocasse que la COP21 ait lieu au Bourget, un aéroport », a souligné Lorelei Limousin, militante à Réseau Action Climat, tout en décrétant que « le secteur aérien [était] le passager clandestin de la lutte contre le changement climatique. » « On remet en cause les lignes de train qui engendrent un déficit de 300 millions d’euros mais l’Etat est prêt à dépenser 275 millions d’euros dans Notre-Dame-des-Landes. C’est un choix politique. » « Il est vrai qu’il y a une manne derrière le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes tout comme derrière tous les GPII », rappelait un peu plus tôt Christine Poupin.

Le temps est la clé

La question est combien d'années faudra-t-il se rassembler encore pour protester ? Pour l'heure, cette question, les membres de la Coordination des opposants au projet d'aéroport et tous leurs sympathisants ne se la posent pas. Le temps semble être en effet leur meilleur allié. « Le temps est la clé. Il s’agit d’un projet hors du temps en matière de réglementation. Une bulle. Gagner du temps permet à notre atelier citoyen d’accumuler des avancées dans la recherche et nous amène de nouvelles munitions pour argumenter », décrète Julien Durand, porte-parole de l’ACIPA (Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre-Dame-des-Landes).

Après avoir encaissé de nombreuses déconvenues successives depuis 2003 et l’arrêté ministériel qui a validé le projet d’aéroport, les opposants semblent depuis peu regagner du terrain et surtout de l’espoir. Cela a commencé le 2 juillet dernier. Le Tribunal administratif de Nantes a ordonné à l’Etat de récupérer les intérêts sur les aides illégales versées entre 2011 et 2013 à AGO, concessionnaire du futur aéroport, et accessoirement filiale de Vinci. Deux nouveaux dossiers concernant des riverains refusant l’expropriation à l’amiable passeront en audience à Rennes en novembre prochain. A noter que de nombreux recours dans des expropriations ont été déboutés. Enfin, 85 agriculteurs se sont d’ores et déjà engagés à ne rein souscrire avec AGO.

Au niveau européen, la procédure d’infraction ouverte par la Commission européenne le 27 avril 2014 s’est enlisée a déploré Thomas Dubreuil, avocat de la Cedpa (collectif d’élu-e-s doutant de la pertinence de l’aéroport). « Nous demeurons impuissants car les échanges entre la France et la Commission européenne sont secrets. De plus, le début d’une procédure de condamnation de la France par la cour de justice européenne est à cheval entre la justice et la diplomatie. » L’Europe a un goût un peu amer.

Selon Julien Durand, c’est sur trois piliers que repose la lutte pour Notre-Dame-des-Landes : l’action politique, le recours juridique et la mobilisation citoyenne. Une mobilisation citoyenne qui, par le biais d’une grève de la faim, a généré un accord politique. François Hollande s’est en effet engagé à ce qu’aucune construction ne commence tant que tous les recours n’auraient pas été épuisés. Une vraie victoire pour les opposants au projet. Le temps juridique est un temps vraiment très long pour les entrepreneurs. « Si les hommes politiques se lamentent devant la mobilisation citoyenne lors des élections, on leur explique qu’ils peuvent revoir leur copie », martèle Julien Durand. Cependant, « c’est à nous de rester vigilants car un accord politique n’est pas un accord juridique.  »

Un verdict décisif est attendu ce vendredi 17 juillet à Nantes concernant la loi sur l’eau et sur la protection des espèces. Un recours dans lequel les militants jettent tous leurs espoirs. Ils ont déjà annoncé que s’ils n’obtiennent pas gain de cause aujourd'hui, ils feront appel.

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