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Le sacre d'Obama, le pari risqué de McCain

Publié par G Groupe X Bakchich

Le discours de Barack Obama lors la convention du Parti démocrate a fait, à première vue, un tabac. Il a pulvérisé le record du nombre de téléspectateurs : 38 millions, soit plus que l’ouverture des Jeux olympiques ! A Denver, où s’est déroulée cette grand-messe, une foule en délire de 84 000 personnes avait été rassemblée dans un stade de football décoré de colonnes gréco-romaines.

Il y a quelques semaines, Obama a été attaqué par un spot publicitaire de John McCain montrant des images de Paris Hilton et de Britney Spears destinées à prouver les penchants du démocrate pour la « célébritude ». Le porte-parole du Parti Républicain a même pondu avant l’ouverture de la convention démocrate un communiqué de presse pour se moquer de la mise en scène kitsch du stade de Denver la qualifiant de « temple d’Obama ». Du coup, le choix du metteur en scène de Britney Spears, un certain Bobby Allen, pour concevoir le décor gréco-romain érigé pour le discours d’Obama est apparu pour le moins décalé. Et les explications d’Allen voulant que ses colonnes représentent celles de la Maison-Blanche et du monument dédié à Abraham Lincoln plus que l’Acropolis n’y ont rien changé.

En dépit de ces attaques, Obama est apparu jeudi soir 28 août, confiant, assuré et « présidentiel ». Les commentaires à chaud à la télévision et les éditoriaux des gazettes du lendemain étaient d’ailleurs presque tous unanimes pour saluer son discours comme un vrai succès.

Barack Obama - JPG - 41.6 ko Barack Obama © Kerleroux

Le cas d’école du comté de McComb

Le candidat démocrate a voulu montrer son empathie avec les couches populaires malmenées par la crise économique. Il a aussi tenté de dépeindre son rival républicain comme un homme du passé déconnecté des réalités quotidiennes des foyers modestes. Il a affirmé qu’il appliquerait son programme dans son intégralité mais, sur l’économie, hormis l’engagement de baisser les impôts pour les classes moyennes, ses propos sont restés flous. Obama est décidément un maître dans l’art de la tribune au point que les propos les plus modérés et vaporeux semblent audacieux… Mais le correspondant du New York Times a bien eu raison de souligner que les promesses floues du candidat « ne suffiront pas à résoudre ses problèmes politiques dans les comtés de l’ouest de la Pennsylvanie et du sud de l’Ohio ». Ces deux Etats appartiennent à la « Rust Belt », la « Ceinture de rouille », une zone géographique où la classe ouvrière est frappée de plein fouet par la désindustrialisation et les délocalisations.

C’est par exemple le cas du comté de McComb, dans le Michigan, un autre Etat de la « Rust Belt ». McComb est une banlieue de la classe ouvrière blanche issue de l’industrie automobile (aujourd’hui ravagée) dont les électeurs oscillent entre le Parti démocrate et le Parti républicain. Le plus érudit des chercheurs sur ce comté est le sondeur démocrate Stan Greenberg qui y mène depuis les années 80 des études poussées. En 1960, les travailleurs blancs de McComb ont très majoritairement voté pour John F. Kennedy. Puis, en 1984 ils en ont fait de même pour… Ronald Reagan. Comment expliquer cette mutation ? Greenberg a découvert que les citoyens de McComb croyaient que le Parti démocrate ne s’intéressait plus qu’à aider les citoyens noirs comme leurs voisins afro-américains qui sont majoritaires en nombre dans la ville de Detroit. Et c’est Greenberg qui a aidé Bill Clinton à fabriquer un message plus orienté vers la classe ouvrière, un élément clef de la victoire de Clinton en 1992.

Avec la crise économique actuelle, l’anxiété des ouvriers de McComb est à son apogée. Dans l’étude la plus récente de Greenberg sur les travailleurs de ce comté, publié dans le Washington Post du 27 août, le chercheur estime que leur candidat présidentiel idéal serait un « outsider » issu de la classe moyenne et qui porterait leur colère contre la trahison par les élites politiques et économiques à leur égard. Or, parmi les « cols bleus » de McComb, Obama accuse sept points de retard par rapport à McCain, dans le sondage de Greenberg. Le chiffre le plus frappant de cette étude reste toutefois les huit points accordés au candidat indépendant de gauche, Ralph Nader, qui offre une alternative à la politique économique conservatrice de McCain et à la « négritude » d’Obama. D’autant plus étonnant que parmi les pro-Nader figurent 12 % des travailleurs syndiqués blancs.

McCain choisit une colistière intégriste

C’est en pensant aux familles de travailleurs blancs comme ceux de McComb que John McCain a choisi comme candidat à la vice-présidence l’obscure gouverneure de l’Alaska, Sarah Palin, 44 ans. Le sondage du Wall Street Journal-NBC (très fiable) effectué juste avant la convention démocrate, montrait que 27 % des supporters d’Hillary Clinton disaient préférer McCain à Obama. La grande majorité de ces déserteurs démocrates sont des femmes de 35 à 50 ans dont les revenus familiaux sont inférieurs à 50 000 dollars par an, ce qui correspond aux revenus moyens des travailleurs. Avec Sarah Palin, il est évident que McCain espère s’attirer le soutien des électeurs d’Hillary déçus par sa défaite face à Obama. Issue elle-même d’une famille modeste (son père était instituteur), Palin est mariée a un homme qui est encarté auprès du syndicat sidérurgiste.

Le thème du prétendu « manque d’expérience » d’Obama, si cher à Hillary pendant les primaires, a été l’un des thèmes centraux de la campagne de McCain jusqu’ici. Mais l’élection présidentielle de 2008 est ce qu’on appelle en politique américaine « une élection du changement » puisque tous les sondages montrent que, pour plus de 80 % des électeurs, le pays est « sur la mauvaise voie. » Ce n’est pas pour rien que depuis le début le slogan d’Obama est « le changement auquel on peut croire ». Et dans un tel contexte, le désir de changement l’emporte toujours face à l’expérience. Il est clair qu’avec la nomination de Sarah Palin l’état-major de McCain a décidé que le thème de l’expérience ne suffisait plus pour prendre la Maison-Blanche. Et pour cause ! La soit-disant expérience de Palin est on ne peut plus mince : elle n’est le gouverneur d’un Alaska peu peuplé que depuis 18 mois et, auparavant, n’a officié que comme maire d’une petite bourgade de 8000 âmes. Palin ne doit la notoriété qui lui a permis de se lancer dans une carrière politique qu’à sa deuxième place au concours de « Miss Alaska » grâce auquel elle a ensuite décroché le titre de « Miss Congeniality » ( Mademoiselle Amabilité)…

McCain fait le pari suivant : en choisissant comme colistière une « outsider » du microcosme de Washington qui se présente comme une « réformatrice » (ce qu’il prétend lui-même être), il peut changer la donne et faire valoir que ses revendications incarnent elles aussi le changement. Mais la réalité est toute autre. Sarah Palin est une conservatrice pure et dure. Mère de cinq enfants, elle souhaite rendre l’avortement hors-la-loi, y compris en cas de viol ou d’inceste. Elle est une fervente Chrétienne intégriste qui prône l’enseignement dans les cours de sciences des écoles publiques du « créationnisme », ce conte biblique des origines du monde, en parallèle de la théorie darwinienne de l’évolution. Heureusement que selon la Cour Suprême américaine cet enseignement est contraire à la Constitution et représenterait une ingérence de la religion dans l’enseignement public. Plus étonnant, Palin affiche certains points de vue des plus farfelus : contrairement à tous les scientifiques de la terre, elle ne croit pas que les hommes soient responsables de l’effet de serre et du réchauffement de la planète. Voilà qui se passe de commentaires.

Et en plus, elle est fan de Pat Buchanan…

Qui plus est, elle a fréquenté l’aile la plus extrémiste du Parti républicain. En 2000, elle a soutenu contre George W. Bush la candidature de Pat Buchanan, le démagogue ultranationaliste d’extrême droite réputé pour ses dires et écrits antisémites, xénophobes et homophobes. En 1992, Buchanan a plombé la candidature de Bush père en déclarant en prime time, lors de la convention républicaine, qu’il existait « une guerre culturelle » entre les gens de foi et le Parti démocrate qu’il a accusé d’être sous l’emprise des homosexuels. Palin n’a pas été seulement une supportrice de Buchanan mais aussi une collecteuse de fonds pour sa campagne. C’est la raison pour laquelle Buchanan s’est époumoné à chanter ses louanges sur la chaîne d’information MSNBC le jour où elle a été choisie par McCain. Sous l’influence de son directeur de campagne Steve Schmidt, un disciple du stratège politique de George W. Bush, Karl Rove, McCain a décidé, en choisissant Palin, de dupliquer la campagne de 2004 de Bush et de dynamiser la base conservatrice républicaine, qui émet de fortes réserves sur sa personne. Mais, en procédant de la sorte, McCain risque bien de s’aliéner les électeurs indépendants et modérés. Or, sans le soutien d’une majorité d’entre eux il ne pourra pas gagner tant le Parti démocrate a l’avantage en nombres d’inscrits sur les listes électorales.

Il y a de plus un réel danger à ce que le choix de Palin soit perçu par les femmes comme un choix condescendant, un gadget. McCain a trop souvent déclaré dans le passé que le critère le plus important dans sa sélection d’un vice-président était qu’il ait l’expérience pour être président. Manifestement ce n’est pas le cas avec Sarah Palin. Trois des derniers douze présidents américains sont morts ou contraints de démissionner pendant leur mandat. A 72 ans, McCain, qui a déjà survécu à quatre cancers, est le plus vieux candidat à la présidence dans l’histoire du pays. Et l’Histoire nous enseigne justement qu’un homme est vite usé par le poids de la fonction suprême. L’idée que « Miss Congeniality » puisse un jour être obligée de prendre le commandement de la plus grande puissance militaire au monde en fait frémir plus d’un.

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