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Arabie Saoudite : Twitter, c’est perdre son âme

Publié par G Groupe X Bakchich

Le chef de la police religieuse d’Arabie Saoudite promet l’enfer aux utilisateurs de Twitter

Les addicts des réseaux sociaux nous en voudraient sûrement d’avoir laissé passer la déclaration publique d’Abdullatif Bin Abdelaziz Bin Abdul Rahman al-Sheikh du 15 mai.

L’homme qui passe pour un « modéré » en Arabie saoudite, est le big boss de la Commission pour la Promotion de la Vertu et la Prévention du Vice, l’organe exécutif local qui supervise la fameuse Muttawa, qu’on qualifierait en français de police religieuse, chargée de faire appliquer la Charia.

Mixité saoudienne

Dans une interview qu’il avait accordée en juin 2010 au quotidien pan-arabe Asharq Al-Awsat  – qui, soit dit en passant, possède des comptes Twitter, FaceBook et YouTube ! – , il déclarait notamment au sujet de la « mixité » telle qu’on la conçoit à Riyadh (1) :  « Ce qui se passe réellement en matière de mixité dans les magasins et les lieux publics, tout comme dans les lieux de culte tels Masjid al-Haram à la Mecque et Al-Masjid al Nabawi à Médine, et ce qui se passe pendant la saison du pèlerinage, en plus de ce qui se passe dans les tribunaux et ailleurs, n’est pas un secret pour les musulmans de notre pays. Cette mixité est imposée par les nécessités et les besoins socio-économiques et il ne s’agit nullement de quelque chose de nouveau, puisque ça existait déjà dans les temps anciens et c’est profondément ancré dans le cœur de l’Islam. Quiconque nie cette réalité, devrait relire l’histoire de notre religion et des ouvrages d’interprétation de jurisprudence islamique… ». 

C’est dire à quel point le monsieur à l’esprit large. C’est vrai que depuis, il a été nommé chef de la police religieuse par décret du roi Abdullah Bin Abdulaziz Al saud, mais tout de même…

Ce sont donc les flics de la foi qui veillent notamment à ce qu’on appelle là-bas « la mixité », qui, au sens saoudien, au sens saoudien consiste en ce que les femmes ne peuvent etre servies que par des femmes dans les centres commerciaux, et que seul un medecin femme peut examiner une patiente femme. Une notion sur laquelle il ne vaut mieux pas s’étendre au risque de rendre folle de rage les féministes occidentales, et à l’arrêt de toutes les activités commerciales pendant les prières quotidiennes…

Twitter met en danger l'âme pour l'éternité

Sheikh Abdullatif, nommé en janvier 2012, à la tête de la police religieuse à la place a fait savoir publiquement le 15 mai, tout le mal qu’il pensait de Twitter et de ses utilisateurs dont l’augmentation en Arabie saoudite est la plus importante au monde.

Pour en revenir aux propos du chef de la police religieuse, quiconque perdrait son temps sur les réseaux sociaux et particulièrement Twitter « perdrait le sens des réalités du monde et mettrait en danger son âme pour l’éternité ».

Etrange affirmation de la part d’un flic sur-diplômé, doté d’un doctorat d’Etat en jurisprudence islamique de l’université islamique  Muhammad Bin Saud. 

Surtout  si l’on considère que l’essence philosophique de Twitter qui consiste à lancer un court message dans l’espoir que quelqu’un le remarque, l’apprécie et prenne la peine d’y répondre, c’est précisément de nouer des contacts afin de rompre l’isolement et susciter de l’attention et de l’empathie. Une démarche qui fait quelque part appel à une certaine bonté d’âme…

Des propos troublants donc, qui font écho à ceux tenus à la télévision par l’Imam de la grande mosquée de La Mecque au mois d’avril, selon lesquels Twitter constituerait une « menace pour l’unité nationale ».  

C’est vrai que les récentes manifestations intervenues dans l’Est du pays  relayées par le petit oiseau bleu et les images des activistes des droits de l’homme jugés en comparution immédiate, ont été du meilleur effet sur la cohésion sociale du pays.

Le grand satan des réseaux sociaux

Quant au Grand Mufti, l’autorité religieuse suprême, c’est de « fous » qu’il avait traité les utilisateurs de Twitter au début de l’année. Une aimable digression après sa déclaration toute en nuance du 15 mars 2012  s’appuyant sur des propos qu’il prêtait au prophète Mahomet sur son lit de mort, et selon laquelle « toutes les églises de la péninsule arabique devaient être détruites ».

Pour mettre un frein à la progression vertigineuse des comptes Twitter dans le pays, les autorités qui semblent craindre les réseaux sociaux comme la peste, envisagent de rendre obligatoire de communiquer le numéro de la pièce d’identité de chaque candidat au moment de l’ouverture d’un compte. On sait jamais, sur un malentendu, ça pourrait marcher…

D’autant qu’empêcher les saoudiens de communiquer entre eux semble être une obsession du régime : en mars, il menaçait déjà de bloquer les services de messagerie et de communication genres Skype, Viber et Whatsapp. 

Le 6 août 2010, c’étaient les applications mails, texts, internet et messagerie instantanée de Blackberry qui se voyaient menacées de blocage sans  explication. Des discussions « franches et cordiales » avec l’industriel canadien RIM fabricant du téléphone honni, avaient permis que les autorités renoncent publiquement 4 jours plus tard à mettre leurs menaces à exécution. De son côté RIM affirmait n’avoir fait aucune concession au régime sur la confidentialité et le cryptage des informations échangées entre les utilisateurs saoudiens de ses appareils.

Dans l’entourage de la famille royale qui entretient comme on sait des rapports stratégiques et super cordiaux avec l’exécutif américain, on essaie d’attirer l’attention sur les inconvénients qui pourraient résulter de l’exercice d’une pression policière excessive sur les utilisateurs saoudiens des réseaux sociaux.

 La dernière manifestation dans ce sens est à porter à l’actif du prince Alwalid Bin Talal, businessman milliardaire et réformiste auto-proclamé qui a décrit les tentatives maladroites du régime saoudien pour restreindre l’usage des réseaux sociaux comme « une bataille perdue d’avance ». On ne saurait mieux dire.

(1) La mixité au sens saoudien consiste en ce que les femmes ne peuvent etre servies que par des femmes dans les centres commerciaux, et que seul un medecin femme peut examiner une patiente femme.


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