Ch
Logo

Italie, omerta sur la Torture

Publié par G Groupe X Bakchich

Demain 14 octobre, Bakchich publie une video exclusive sur un sujet tabou, en Italie et en Europe: la pratique de la torture par les autorités italiennes. Des années de plomb au G8 de Gênes, aucune loi n'est venue la sanctionner. Une victime brise la loi du silence.

Le déclic c’était une interview et… un film. Signé Daniele Vicari (Vitesse Maximale, Il Passato é una terra Straniera), le film de fiction, Diaz - Un crime d’Etat (sorti en France en 2013) raconte l’assaut de l’école Diaz, puis les exactions de la police sur les manifestants dans la caserne Bolzaneto. C’était en 2001 lors du G8 qui se tenait à Gênes. 11 ans plus tard les seuls fonctionnaires de police qui ont été condamnés, ne l’ont pas été pour les actes de violence, les sévices cruels qu’ils ont faits subir à des centaines manifestants anti-G8, mais uniquement pour avoir commis des faux. Des faux PV qui cherchaient à criminaliser les manifestants brutalisés.

Lire: Diaz, un crime d'Etat, nuit d'horreur à Gênes et

Diaz un crime d'Etat «il n'y a pas de délit de torutre en Italie»

Daniele Vicari nous avait souligné : « avant la sortie de mon film, les Italiens ne se souvenaient plus de ce qu’il s’était passé dans l’école Diaz. Les procès ont été peu ou mal couverts par la presse italienne. Et ensuite… il n’y a pas de délit de torture en Italie, et donc, on peut torturer sans problème.»

Torturer sans problème dans une démocratie européenne ?

Si les Italiens ne se souviennent pas…qui en sait quelque chose au-delà des frontières de la Botte ?

Le seing de Mussolini 

A Bakchich, nous avons décidé de creuser ce sujet, tabou en Italie, mais aussi visiblement frappé par l’omertà dans les autres pays de l’Union européenne.

Etrange démocratie, celle italienne, qui sait que de nos jours encore la première page du code pénal transalpin s’ouvre avec la signature du Duce, Benito Mussolini ? Et que dire quand on remarque que bien des lois fascistes n’ont jamais été abrogées, alors qu’aucune loi ne condamnant la torture n’a jamais été introduite dans le code pénal ?

Lire: Tortures en Europe, Bakchich sur les traces de 5 dell'Ave Maria

©Enrico Porsia

Et que dire quand nous avons découvert qu’une équipe de fonctionnaires tortionnaires, appartenant directement à la direction de la police politique, la très redoutée UCIGOS, sévissait dans le « Bel paese » et ceci en exécutant les ordres qui venaient directement du gouvernement ?

Nous avons donc décidé de nous rendre à Rome. Ici nous avons retrouvé un des premiers «  clients » de cette équipe de tortionnaires d’Etat.

Il s’appelle Enrico Triaca et il a été arrêté en 1978. C’est un imprimeur. Il s’occupait de mettre sous presse du matériel de propagande des Brigades Rouges.  Il a été torturé et a ensuite été mis au secret pendant presque un mois, dans des cellules tellement secrètes que   ses avocats tout comme sa famille, en ignoraient l’adresse. Torturé et kidnappé en dehors de toute procédure légale, en dehors de tout principe digne d’un état de droit. Au bout d’un mois d’isolement dans des prisons impénétrables, aussi bien pour les juges que pour ses défenseurs, « l’imprimeur des Brigades Rouges » décide de dénoncer les tortures qu’il a subies. Peine perdue… mais pas pour tout le monde. Un an et quatre mois de prison supplémentaires ont été infligés à Enrico Triaca. La justice italienne ayant décidé qu’il était un calomniateur. Les tortures ? De la foutaise.

Lire: Italie, Torture d'Etat

Et pourtant…avec le temps, des langues se sont déliées. Le chef de l’équipe des tortionnaires d’Etat a décidé de libérer sa conscience. Oui, il existait une équipe, surnommée  « ceux de l’Ave Maria » , ils avaient une seule mission : torturer. Leur chef opérationnel se faisait appeler « professeur de Tormentis ». Il aimait tellement son travail qu’il se comparait à un chirurgien. Un chirurgien qui doit extirper le mal. « Je suis un combattant, celle contre les Brigades Rouges était une guerre. Une véritable guerre. Et dans cette guerre j’étais un dur qui apprenait à ses hommes ,la loyauté. Il fallait rétablir une forme d’ auctoritas  avec tous les moyens. » Toute une philosophie…

L'Ave Maria du professeur de Tormentis

Le video-reportage que nous allons diffuser, lundi 14 octobre, est un document important. C’est en effet la première fois qu’ Enrico Triaca se livre, face camera,  à un si long entretien. Il le fait à la veille d’un procès qui constitue pour lui une bataille judicaire qui dure depuis 35 ans. Un véritable marathon visant à réviser la sentence où il apparaît comme un calomniateur, alors qu’il avait été torturé par l’équipe de « l’ave  maria », par le professeur de Tormentis en personne.

Combien des détenus ont subi les mêmes  traitements depuis ?

Le 15 octobre,  la cour de Pérouse décidera qui parmi les fonctionnaires tortionnaires de l’Ucigos seront appelés à la barre. Non pas en tant qu’accusés, mais en tant que témoins.

Enrico Triaca a en effet obtenu la révision de son procès et pour démonter que le calomniateur, ce n’était pas lui, les juges seront bien obligés de demander des explications aux fonctionnaires de l’Ucigos, au professeur de Tormentis, qui s’appelle Nicola Ciocia, tout comme au commissaire Salvatore Genova, qui fut aussi élu député dans les rangs du parti social démocrate. Une première dans le pays de l’omertà où la simple évocation de la police politique suffit à installer la peur.

A Bakchich, nous n’aimons pas la loi du silence.

Et, pour ne rien vous cacher, nous ne sommes pas si fiers que les instances européennes se comportent comme des autruches alors que dans la Botte « on peut torturer sans problème » et avec la bénédiction du Duce, dont la signature orne encore le code pénal. Tradition oblige…

 ©Enrico Porsia

Ne manquez pas notre édition de lundi : un document exclusif qui dénonce des pratiques indignes.

J’accuse ! Torture d’état, rencontre avec Enrico Triaca.

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Bakchich !

   

 

Mots-clefs : , , , , , , , ,

Publié dans la catégorie International
Sur le même sujet
Small procestriaca L’Etat italien a utilisé la torture : les juges le confirment 0
23 octobre 2013 Pour la première fois, la justice transalpine reconnaît que les policiers italiens ont utilisé la...
Small triaca 1 Italie : tortures d’Etat 0
27 septembre 2013 Enrico Triaca, que Bakchich a rencontré à Rome, dénonce des tortures pratiquées par des fonctionn...
Small bak13juilletdetormentisl 0 Torture en Europe : sur les traces des « 5 dell’Ave Maria » 0
21 juillet 2013 Un voile se lève sur les tortures pratiquées par la police italienne durant les années de plomb. ...
Small triaca 0 «J'accuse» : torture d'Etat en Italie (video) 0
14 octobre 2013 Ancien militant des Brigades Rouges, Enrico Triaca brise l'un des tabous de la société italienne:...
Small resistenza Un été en Méditerranée (2/3): Retour d'exil 0
20 septembre 2013 Bakchich s'est jeté dans la grande bleue et vous envoie des cartes postales. Gênes, Italie. Deuxi...