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JP Morgan Chase va-t-elle inspirer « La Firme II » ?

Publié par G Groupe X Bakchich

La banque haute en couleur de Jamie Dimon serait-elle sur le point de s’imposer au sommet de la hiérarchie mondiale du banksterisme ?

La mise en perspective d’un certain nombre de faits troublants apparemment sans rapport les uns avec les autres, extraits de l’actualité de la banque JP Morgan Chase familière de nos lecteurs, finit par susciter une franche inquiétude à son sujet.

L’histoire débute avec la mémorable conférence de presse du 7 janvier 2014 à laquelle participaient le procureur de New York Preet Bharara, le directeur par intérim du FBI George Venizelos et Jennifer Shasky Calvery, patronne du Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN). Sans grande surprise, les medias présents ce jour-là ont appris que deux crimes supplémentaires (« felonies » c’est à dire passibles d’un minimum de 1 an de prison pour leurs auteurs selon le US Code) étaient inscrits au compteur de la banque. Cette fois-ci, pour son rôle dans l’affaire Madoff.

Lire: JP Morgan 1 Madoff 0

Selon un rituel désormais bien huilé, l’annonce un brin solennelle a été suivie de manière nettement plus expéditive, de celle de sa mise à l’épreuve pénale pendant 2 ans, moyennant une – nouvelle – amende, de 1,7 milliards de dollars. Bref, un nouvel épisode banal de la chronique sans fin du « too big to jail ».Impression trompeuse. En réalité la séance s’est avérée riche d’enseignements et pourrait constituer un tournant décisif dans la vie tumultueuse de l’institution financière.

D’abord quant au degré réel de son implication dans le scandale Madoff dont elle a été le banquier principal pendant 22 ans avec ses prédécesseurs Chase Manhattan et Chemical Bank  

Madoff au dessus de tout soupçon

C’est la patronne aux cheveux courts du FinCEN, arrivée le 23 septembre 2012 à la tête de l’organisme chargé entre autres de l’analyse des Déclarations de Soupçons établies par les banques, qui s’est montrée la plus caustique. 

Lire: Madoff fait trembler les Banksters

Fustigeant le refus de la JP Morgan de se conformer à ses obligations légales en n’ayant jamais émis aucune Déclaration de Soupçons aux USA (en anglais « SAR » pour Suspicious Activity Report »), Jennifer Shasky n’a pas manqué de s’interroger à haute voix sur son silence incompréhensible face à l’activité massive de blanchiment qui se déroulait quotidiennement sous ses yeux.

Au cours de la seule année 2002 par exemple, 318 virements de 986 301 dollars ont été effectués sans aucune justification économique – parfois plusieurs fois par jour – du compte « n° 703 » de Madoff, vers celui de Norman F. Levy, agent immobilier de Manhattan et l’un des plus gros et plus anciens « clients » de Madoff et de JP Morgan Chase ayant eu l’élégance et un sens inné du timing pour se laisser rappeler à Dieu en septembre 2005 dans sa 93ème année.

Comment en effet, a lourdement souligné à plusieurs reprises Madame Shasky lors du psychodrame du 7 janvier, la banque a-t-elle pu prétendre ne pas s’être rendue compte que de décembre 2001 à Mars 2003, le montant total mensuel des virements de Madoff à Levy étaient d’un montant strictement équivalent à ceux que ce dernier émettait au profit de Madoff dans l’autre sens ? Ou encore que JP Morgan soit restée muette face à la célébration obscène de la tragédie du 11 septembre 2001 par les deux compères puisque leurs échanges de bons procédés au titre du seul mois de décembre 2001 se sont montés à environ 6,8 milliards de dollars !

FinCEN pris dans la nasse

Hélas qui trop embrasse mal étreint, c’est bien connu. Gagnée par l’ambiance électrique de la réunion, Jennifer est allée trop loin : («…cela concerne toutes les occasions manquées et les conséquences catastrophiques qui en ont résulté. Le fait que JP Morgan n’ait pas transmis de Déclaration de Soupçon à FinCEN a eu pour conséquence qu’une chance de mettre un terme à cette fraude a été gâchée. Les inquiétudes de JP Morgan au sujet d’une possible fraude ont été inaudibles, laissant les autorités de surveillance et de régulation dans le brouillard… »)

Lire: La Sec a laissé Madoff dériver

Elle s’est donc trouvée logiquement très à le peine lorsque des journalistes présents lui ont demandé des explications sur quelques documents « encombrants » joints à la plainte du Procureur Bharara contre la banque.

Et en particulier sur la découverte qu’au milieu des années 90, une autre banque dans laquelle Madoff possédait un compte au moyen duquel il jouait à la marchande avec Levy, avait, elle, expédié un SAR à FinCEN et clôturé le compte en question au constat d’un étrange manège : Madoff tirait des chèques à partir de ce compte à l’ordre de Levy qui les remettait sur son compte à JP Morgan Chase. Le plus souvent le même jour, Madoff transférait des fonds de son compte à JP Morgan vers ce deuxième compte afin de couvrir les chèques émis un peu plus tôt. Le lendemain, Levy virait de son compte chez JP Morgan, au compte « 703 » de Madoff ouvert dans le même établissement, le montant approximatif des chèques reçus la veille ; une cavalerie perpétuelle et grossière destinée à faire croire à son banquier qu’il disposait des ressources en question, et qu’un  débutant frappé d’une cécité grave aurait dû flairer à des kilomètres en quelques minutes… 

Plusieurs des médias présents le 7 janvier dont l’excellent site internet Wallstreetonparade.com ont donc immédiatement effectué une demande de communication de pièces à FinCEN au titre des dispositions « FOIA »  (Freedom of Information Act) afin de vérifier si la « bombe » maladroitement larguée par Jennifer Shasky n’était pas un pétard mouillé. Mais aussi pour déterminer les raisons pour lesquelles le SAR de « l’autre banque » dont une copie figure dans les pièces du Procureur Bharara, n’avait jamais été exploité par FinCEN. 

Contre toute attente, Wall Street on Parade et un certain nombre de ses confrères ont reçu dès le 30 janvier à la signature d’une certaine Amanda Michanszyk, chargée à FinCEN de la gestion de ces demandes, la réponse suivante qui a eu l’effet d’un coup de tonnerre : « …Nous avons mené une recherche approfondie dans nos archives ‘enquêtes et sanctions’ correspondants à la période indiquée dans votre requête et n’avons trouvé aucun document répondant à votre demande… »  

Que La Firme se soit contentée d’expédier une Déclaration de Soupçons à la SOCA (Serious Organized Crime Agency) britannique le 28 octobre 2008, soit moins d’un mois avant la confession de Madoff à New York, est une chose. Que cette dernière ne se soit inexplicablement pas rapprochée de FinCEN en est une autre. Mais qu’une banque US ait fait son devoir, le prouve, et qu’il n’en subsiste aucune trace dans les archives de FinCEN qui affirme n’en avoir jamais reçue, est simplement extravagant.

Qui protège la Firme ?

Et d’autant plus troublant qu’une étrange rumeur court à Washington depuis le 16 décembre 2013 ; à savoir que faute d’être parvenu à contraindre JP Morgan Chase de communiquer des pièces internes démontrant l’implication de la banque dans l’affaire Madoff,  l’OCC (Office of the Comptroller of the Currency) l’un des régulateurs bancaires, aurait demandé l’aide du Département du Trésor dont il dépend. Que s’étant à son tour vu adresser un bras d’honneur par la Firme, le Département du Trésor aurait transmis le dossier très sensible à son Inspecteur Général jouissant de prérogatives judiciaires très étendues. Qu’en dépit de son autorité, l’Inspecteur Général se serait lui aussi heurté au même refus obstiné de la part de JP Morgan Chase de telle sorte qu’en dernier recours il aurait demandé au ministère de la Justice de faire exécuter sa réquisition judiciaire. Ce que ledit ministère dirigé par Eric Holder qu’on ne présente plus aux lecteurs de Bakchich, aurait tout simplement refusé de faire ! 

Lire: Bankster, le jackpot de l'économie criminelle

La responsable de la Conformité jette l’éponge

On comprend mieux dans ces conditions, le chiffre aussi astronomique qu’invraisemblable de 29,8 milliards de dollars ( !) « d’honoraires judiciaires » exposés par JP Morgan Chase & Co entre 2010 et 2013 pour assurer sa défense sur tous les fronts. Un montant communiqué sans honte dans l’un de ses récents documents d’information (« Firmwide Expense targets – strong expense discipline : expense, investments and outlook »).

C’est sans doute pour les mêmes raisons que Cindy Armine, Responsable de la Conformité de la Banque, c’est-à-dire du respect par la banque, de toutes ses obligations légales et réglementaires et des procédures internes, embauchée à ce poste sensible en janvier 2013, a rendu son tablier au bout d’un an. Quelques semaines après le réquisitoire féroce du 7 janvier.

 Il est vrai qu’après la transaction de janvier 2014 à 1,7 milliards dans l’affaire Madoff, celle de novembre 2013 à 13 milliards – la plus importante de l’histoire de la finance américaine - dans le scandale des créances hypothécaires pourries, les 389 millions de dollars d’amende de septembre 2013 pour ses pratiques discutables en matière de cartes bancaires, les 920 millions d’amende pour les risques inconsidérées de sa « baleine londonienne » made in France, la Firme s’est donné les moyens de décourager les professionnels de son secteur n’ayant pas encore succombé aux sirènes du bankstérisme…

Lire: 2012, année exceptionnelle pour les Banksters

Des cadavres comme s’il en pleuvait

Succomber est d’ailleurs un terme à manier avec prudence s’agissant d’une banque qui doit déplorer le décès d’au moins 8 de ses cadres âgés de 22 à 39 ans au cours des 3 derniers mois. Celles de Gabriel Magee, de Ryan Crane, et du mystérieux Dennis Li s’avérant particulièrement troublantes compte tenu de leur niveau hiérarchique et des fonctions qu’ils occupaient au sein de l’entreprise. Magee, 39 ans, vice-président chargé de la technologie, a envoyé un mail à sa copine le 27 janvier 2014 en début de soirée, lui indiquant qu’il rangeait quelques papiers avant de rentrer. Sans nouvelle 2 heures plus tard, elle a appelé la police. Ce n’est que le lendemain mardi 28 janvier vers 8h00 du matin que son corps a été retrouvé sur le toit de l’un des immeubles de 8 étages jouxtant la tour de 33 étages du 25 Bank street à Londres, acquis par JP Morgan Chase le 20/12/2010 pour 495 millions de £ et où est situé son quartier général Europe-Moyen Orient et Afrique depuis juillet 2012. Un immeuble maudit du quartier d’affaire de Canary Wharf, occupé précédemment par Lehman Brothers jusqu’à sa faillite, et sur lequel Enron avait pris une option avant sa construction achevée en 2002. Les résultats de l’autopsie de Magee seront connus le 15 mai. 

Lire: Le mauvais oeil de Lehman Brothers

Ryan Crane, 37 ans, est mort le 3 février à son domicile de Stamford. Crane était l’un des « executive directors » de la firme et supervisait de très haut, des activités de trading au bureau de New York de la banque. Bloomberg News n’a signalé son décès que le 13 février ce qui laisse supposer que JP Morgan s’est faite très discrète pendant 10 jours sur le décès du malheureux Crane. Les résultats de son autopsie sont inconnus. Quant à Dennis Li, aka Dennis Li Junjie, aka Dennis Lee, il s’est écrasé le 18 février au pied de l’immeuble Chater House de 30 étages à Hong Kong dont la banque occupe les étages supérieurs. Pour une raison inexplicable, son employeur a laissé entendre aux médias locaux ayant couvert son suicide présumé, qu’il était un « investment  banker » alors qu’il exerçait le fort honorable métier de comptable, ce qu’un certain Joe Evangelisti, porte-parole de la banque, semble avoir eu de grosses difficultés à reconnaître. Après son passage éclair à la tête de la Conformité de la banque qui ne lui a laissé que   peu de temps pour en découvrir les tréfonds les plus sombres, Cindy Armine évoquée plus haut, a donné le 26 février une publicité inhabituelle à son départ de la Firme. Dès fois que… ?  

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