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Attentat de Boston : épilogue convenu

Publié par G Groupe X Bakchich

Le moins que l’on puisse dire c’est que la version officielle de l’affaire est bourrée d’incohérences suspectes…

A Boston, on se prépare à commémorer le premier anniversaire de l’attentat commis le 15 avril 2013 pendant la 117ème édition du marathon municipal, qui a causé la mort de 3 spectateurs et laissé plusieurs centaines de personnes blessées plus ou moins grièvement. Hasard malicieux du calendrier, c’est aussi le moment où sont rendus publics, plusieurs documents sensés éclairer les nombreuses zones obscures du dossier. Début mars, est d’abord paru le rapport de la Commission de la Sécurité Intérieure de la Chambre des Représentants (« The road to Boston : Counterterrorism challenges and lessons from the marathon bombings » - House Homeland Security Committee Report – US House of Representatives – march 2014).  

Boston Bombings Report by xavierbk

Autant dire que le compte n’y est pas et que la lecture attentive du pensum révèle le piège mortel qui menace les démocraties qui s’abandonnent à l’hystérie sécuritaire, indépendamment du fait que l’Oncle Sam semble incapable de tirer les leçons de l’Histoire.  Le rapporteur croit en effet utile de rappeler que certaines des 7 recommandations faites à l’occasion de l’attentat de Boston font écho à celles sur le partage des informations entre les agences fédérales, déjà contenues dans le rapport rendu public le 26 juillet 2004 et consacré aux attentats du 11 septembre 2001 !

Comme l’a parfaitement mis en lumière le rapport de l’ACLU (American Civil Liberties Union – « Unleashed and unaccountable – the FBI’s unchecked abuse of authority ») de septembre 2013 consacré aux abus d’autorité du FBI, la principale agence de police fédérale intérieure US semble en effet n’en faire qu’à sa tête. Elle n’a hélas pas dérogé à la règle à Boston. 

Quand le FBI snobe les parlementaires chargés de le superviser

C’est en tous cas ce que reconnaissent explicitement les parlementaires de la Commission de la Sécurité Intérieure qui se sont heurtés à un mur lorsqu’il s’est agi d’obtenir des réponses convaincantes aux questions qui auraient permis de démontrer   la culpabilité indiscutable des frères Tsarnaev. Dès le 20/4/2013, la Commission expédiait au FBI, une lettre de demande d’information, requête réitérée le 27/4.

Début mai, elle a reçu une réponse des juristes du FBI, du Department of Homeland Security et du DNI indiquant que ces agences n’avaient pas l’intention de répondre aux questions posées. Refus formellement renouvelé le 3/7/2013 : (« …Malheureusement, et alors que la Commission mettait tout en œuvre pour y parvenir elle a dû faire face à des retards et à une grande résistance initiale… » indique le rapport) ; Avant de reprendre : « Cependant, plus récemment elle a pu bénéficier d’une coopération accrue de la part d’agences gouvernementales qui lui avait initialement prodigué une assistance réduite… » ; Puis, un peu plus loin : « Alors que diverses agences fédérales ont répondu aux questions de la Commission, pendant plusieurs mois le FBI a largement contesté voire ignoré les demandes d’assistance de la Commission. Dans l’un de leurs courriers à la Commission, les représentants du FBI ont affirmé que les requêtes de la Commission outrepassaient ses prérogatives de supervision, laissant ainsi entendre que le FBI n’était pas tenu d’y répondre ». 

C’est donc pour cette raison indique le rapporteur un brin désabusé, que  «... à de nombreuses reprises, ce rapport s’appuie sur des informations rapportées par les médias, en partie pour traiter les points problématiques soulevés par la presse, et en partie parce que les informations initiales sur les évènements n’ont pas été fournies par les agences compétentes ».

Difficile dans ces conditions de prendre pour argent comptant les aveux penauds des parlementaires yankee qui relèvent notamment « …que les incertitudes persistent quant à la question de connaître les enquêteurs et les agences fédérales qui étaient informés du voyage de Tamerlan (Tsarnaev) en Russie. ».

 Un point crucial qui conduit, soit à conclure que le Bureau est peuplé d’incapables chroniques, ou plus vraisemblablement qu’il existe une autre grille de lecture (« Bien que les détails spécifiques démontrant la radicalisation de Tamerlan Tsarnaev demeurent vagues… » – page 16) des évènements du 15 avril 2013 et des jours suivants. 

Petit rappel des faits. En 2011, le FBI reçoit du FSB Russe, une lettre faisant état d’une inquiétante radicalisation de Tamerlan Tsarnaev (qui vit alors à Boston !) et du risque qu’il retourne en Russie pour y rejoindre les groupes extrémistes musulmans locaux.

Lire: Attentats de Boston le mystère s'épaissit 1ère partie, 2ème partie et 3e partie

La Joint Terrorism Task Force de Boston du FBI (JTTF) engage donc une phase d’évaluation du risque de menace terroriste de la part du loustic : passage au peigne fin de toutes les bases de données fédérales, vérification de son historique téléphonique, contrôle de son activité sur Internet, de ses éventuelles relations avec « d’autres personnes d’intérêt », vérification de l’historique de ses voyages, de son éducation et de son parcours scolaire, interrogatoire de ses parents, pour terminer en apothéose par son propre interrogatoire à plusieurs reprises. 

Pour conclure, le 26/6/2011, à l’absence de toute trace d’activité terroriste ou de nature à conduire Tsarnaev Senior à commettre des actes terroristes.

Lire: Pourquoi Dzhokhar Tsarnaev prend-il sont sort à la légère?

  Des conclusions qui seront portées à la connaissance des russes durant l’été 2011, non sans l’avoir préalablement fiché le 22 mars 2011 au « TECS », un fichier permettant de connaître ses projets de déplacements internationaux. Un fichage qui, pour une raison «  inconnue » sur laquelle le rapport de la Commission est partiellement censuré, n’a pas fonctionné au moment où il a mis le cap sur la Russie en janvier 2012 à partir de l’aéroport international John F. Kennedy, pour revenir à Boston en juillet 2012.  Désireux de tirer ce point au clair, le président de la Commission Mc Paul et William Keating qui en est l’un des membres les plus assidus, sont allés à Moscou en janvier 2014 pour rencontrer des officiels russes, des journalistes d’investigation locaux et des membres de l’ambassade US à Moscou. Personne n’a été capable de leur apporter la preuve des rumeurs entretenues par les medias main stream US selon lesquelles lors de son séjour russe, Tamerlan aurait noué des relations avec Mahmoud Nidal, l’un des chefs de l’insurrection islamique au Dagestan qui a été tué le 19/5/2012 lors d’un affrontement avec les troupes russes.

Des suspects surgis de nulle part

En dépit des vérifications poussées effectuées par le FBI sur Tamerlan Tsarnaev et sa famille en 2011, les photographies des frangins vont se retrouver sur toutes les chaines de télévision à partir du jeudi 18 avril 2013 à 17h10 avec un numéro de téléphone à appeler au cas où des téléspectateurs reconnaitraient les suspects, prétendument inconnus du FBI à ce moment précis. Premier sujet d’étonnement.

Le rapport de la Commission parlementaire fait très discrètement  et en termes d’une imprécision confondante, mention d’un autre suspect : (« …Peu de temps après l’attaque, la police de Boston a appréhendé un saoudien qui avait eu un comportement suspect près du lieu des explosions. Questionné pendant 5 heures et ayant autorisé la fouille de son appartement sans mandat de perquisition, la police de Boston a confirmé un peu plus tard qu’il était hors de cause ». Abdulrahman Alharbi, c’est son nom, s’est confié aux médias en laissant entendre que lors de son audition, les agents du Bureau semblaient indécis sur la direction à donner à leurs recherches, comme s’ils avaient su qu’il n’y était pour rien.

Pas un mot en revanche dans le rapport parlementaire sur deux autres suspects ayant fait l’objet d’une chasse à l’homme dans les heures qui ont précédé le lancement des Tsarnaev Brothers en pâture aux médias. Le premier Mike Mulugeta aurait été assassiné. Le corps du second Sunil Tripathi, étudiant porté disparu, aurait été retrouvé dans des circonstances inconnues, flottant à la surface d’une mare du côté de Providence dans l’état de Rhode Island.

Comment ne pas de nouveau s’étonner de la manière imprécise avec laquelle le rapport résume les circonstances du décès de Tamerlan et de l’arrestation de son frère Dzhokhar puis de son interrogatoire sans que lui ait été préalablement lus ses droits (« …invoquant une exception communément employée pour interroger quelqu’un au sujet de menaces imminentes à la sécurité publique… »). Une « exception » qui pourrait peser très lourd dans le cadre du procès en cours de Dzhokar, dont les aveux recueillis alors qu’il était gravement blessé, pourraient être partiellement écartés des débats.

Même étrange approximation conjecturale de la part du rapporteur parlementaire pour invoquer la mort du policier de faction sur le campus du MIT : « Le 18/4/2011 à environ 22h30, Sean Collier le policier de garde sur le campus du MIT, a été retrouvé souffrant de multiples blessures par balles. Son décès a été constaté au Massachussetts General Hospital. Les enquêteurs pensent que les frères Tsarnaev ont tué l’officier de police Collier pour lui voler son arme… ». 

Que venait faire Ibragim Todashev dans cette galère ?

Compte tenu des difficultés rencontrées par la commission parlementaire pour faire la lumière sur les circonstances réelles de l’attentat du 15 avril, il est d’autant plus troublant de découvrir les longs développements du rapport consacrés à Ibragim Todashev, ami et sparing-partner occasionnel de Tamerlan Tsarnaev, soupçonné d’avoir pris part au triple assassinat du 11 septembre 2011 ( !) à Waltham, au cours duquel Brendan Mess, lui aussi ami de Tamerlan, Erik Weissman et Raphael Teken ont été sauvagement égorgés.

Todashev, dont la participation même indirecte à l’attentat de Boston n’a jamais été évoquée, a fait l’objet d’une curiosité inhabituelle et de conditions d’interrogatoires inédites pendant plusieurs heures dans son propre appartement de Floride où il a été tué de 7 balles par un agent spécial du FBI qui s’est dit en situation de légitime défense. L’affaire qui a fait grand bruit aux States et a notamment conduit l’ACLU déjà mentionnée, à demander une enquête indépendante, vient de trouver elle aussi son épilogue judiciaire par la parution simultanée le 25 mars de 3 rapports officiels : 

Celui du procureur général de Floride Jeffrey Ashton qui, sans surprise, conclut que « dans cette affaire, il n’existe aucune preuve que l’agent spécial du FBI ait commis une faute intentionnelle ou ait agi avec l’intention de nuire » ; celui du Ministère de la Justice (« rapport sur le décès d’Ibragim Todashev – division des droits civils ») et celui, plus instructif (« Investigation Report – dossier n° 2013-IN-0063 – 9ème circuit judiciaire de Floride ) qui comprend en particulier, le rapport du médecin légiste ayant examiné le corps de Todashev. 

Todashev Fl Court by xavierbk

Légitime défense…de dire la vérité

L’agent du FBI dont le nom a été censuré, était en légitime défense. Sauf que sur les 7 projectiles ayant contribué au rappel à Dieu du lutteur Tchétchène, 3 lui sont entrés dans le dos. Le 3ème et le 4ème sont ceux qui vont probablement déclencher une énorme polémique lorsque les médias auront pris connaissance de l’abondante documentation mise à leur disposition depuis la fin du mois de mars. 

Le 3èmebastos est en effet entré dans la partie supérieure du dos de Todashev selon une trajectoire de la gauche à droite, de l’arrière du corps vers l’avant, et de haut en bas. Le légiste considère « que la position déclarée du tireur est incompatible avec le constat des lésions ». Idem pour le 4ème projectile entré dans la partie inférieure du dos selon une trajectoire que là encore, le légiste estime incompatible avec la position déclarée du tireur.

Bavure ou froide exécution ? Personne aujourd’hui n’est en mesure de répondre à cette question. Mais il y a plus troublant encore. A savoir, que Todashev aurait commencé « à se mettre à table » avant de se ruer sur le flic qui participait à son interrogatoire en compagnie de l’agent-spécial du FBI.

 Suzan Salkind, journaliste au Boston Magazine, (« Eyewitness : Waltam crime scene didn’t match description of triple-murder in Todashev confession » - 27 mars 2014) qui couvre l’affaire depuis l’origine, est parvenue à se procurer une copie de la « confession » par Todashev de sa participation au triple homicide de Waltham : 13 lignes manuscrites qui se terminent par « on les a mis au sol et on leur a noué les mains avec du sparadrap » (« we put them on the ground and then we taped their hands up »).

Or, Hiba Eltilib, l’amie de Brendan Mess l’une des 3 victimes, est la première personne à avoir pénétré dans l’appartement le 12 septembre 2011 et à avoir découvert le massacre. Dans sa déposition, elle a affirmé avoir trouvé les 3 cadavres dans 3 pièces séparées, couchés sur le dos, la gorge tranchée et baignant dans une mare de sang avec la tête tournée sur le côté, leurs bras étaient libres sur les côtés du corps et leurs mains n’étaient pas nouées…

Pour quelle raison Todashev aurait-il affirmé une chose pareille après plus de 6 heures d’interrogatoire dans la chaleur moite de son appartement ? Pourquoi aurait-il tenté d’agresser les enquêteurs au lieu de tenter de prendre la fuite, alors que selon les témoignages des enquêteurs, il s’est déplacé avec une vitesse absolument stupéfiante   pour venir les menacer ? (en dépit d’une cicatrice encore suturée consécutive à une intervention chirurgicale récente à l’un de ses genoux !). Comment expliquer qu’il ait reçu 3 des 7 projectiles dans le dos alors qu’il faisait face au policier qu’il s’apprêtait à frapper et à l’agent spécial du FBI qui se trouvait sur le même plan ?

Lire: Les dommages collatéraux de l'attentat de Boston

Dzhokhar le frère cadet de Tamerlan détient-il la clé de l’énigme ?

Le frère cadet de Tamerlan Tsarnaev qui a survécu et joue sa tête dans un tribunal, a fait déposer vendredi 28 mars par son avocat, une requête qui risque de rallumer l’incendie que les autorités espéraient éteindre définitivement en publiant leurs rapports. La demande de Tsarnaev-junior se termine en feu d’artifice : « …Cette information provient de la famille de notre client et d’autres sources. Elle démontre que le FBI a rendu plusieurs visites aux parents de Tamerlan, à Tamerlan lui-même et a interrogé ce dernier sur ses recherches Internet avant de lui demander de devenir un informateur ».

A l’appui de sa requête, et sans que la question ne lui soit posée, Dzhokhar aurait expliqué la raison pour laquelle le « fichage » de son frère ainé dans la base TECS aurait inexplicablement échoué : pour lui permettre de se rendre discrètement en Russie durant l’été 2012 afin d’assister  à une conférence du « Comité Américain pour la Paix dans le Caucase » (ACPC – www.peaceinthecaucasus.org) organisée par la Fondation Jamestown vaguement familière à l’exécutif américain, et d’y nouer des contacts.

Lire: L'attentat de Boston réveille les vieux démons américains

S’il parvient à en apporter la preuve, la prochaine édition du marathon de Boston pourrait bien être le théâtre d’explosions de nouvelles bombes. Dans la presse cette fois…

 

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