Ch
Logo

JP Morgan : même les morts rapportent gros…

Publié par G Groupe X Bakchich

Où l’on apprend que le bankster mondial a investi une fortune dans l’assurance-décès de ses hommes-clé et de ceux qui ne le sont pas…

Nous nous sommes récemment fait l’écho dans ces colonnes de la vague troublante de décès qui frappe la profession bancaire depuis le mois de décembre dernier. Pour JP Morgan Chase que l’on ne présente plus aux lecteurs de Bakchich, ce sont 8 collaborateurs d’âges compris entre 22 et 39 ans qui ont été brutalement rappelés à Dieu. Une énigme en termes de tables de mortalité… 

Lire: JP Morgan Chase va-t-elle inspirer la Firme II?

Les circonstances des décès de Gabriel Magee 39 ans, vice-président de la banque en charge de la technologie, de Ryan Crane, 37 ans, directeur exécutif de JP Morgan supervisant l’ensemble des opérations de trading menées à partir du bureau de New-York, de Dennis Li, 33 ans, un supposé comptable de la banque opérant à Hong Kong, et de Kenneth Bellando 28 ans, ex-collaborateur de JP Morgan mais surtout frère cadet de John Bellando, « associé » actuel de l’institution financière, continuent d’ailleurs d’alimenter les rumeurs les plus folles quant aux véritables raisons de cette hécatombe. 

Magee a expédié un ultime email à sa copine le 27 janvier 2014 lui indiquant qu’il terminait un travail urgent et qu’il rentrait après. On a retrouvé le lendemain son cadavre sur le toit (9ème étage accessible par un escalier de service à partir du 8ème étage) de l’un des immeubles du complexe immobilier du 25 Bank street où est situé le quartier-général européen de la banque dans le quartier d’affaire londonien de Canary Wharf. Il aurait donc sauté du 33ème étage de l’immeuble adjacent où était situé son bureau. 

Les circonstances de son décès telles qu’elles ont été rapportées par le Sunday Times, ont suscité une inexplicable tension au sein de la police appelée sur les lieux du drame le 28 janvier à 8h02. Le fait que le médecin légiste ait décidé d’attendre le 15 mai pour donner son avis sur la question n’a pas contribué à détendre l’atmosphère. Bill et Nell Magee les parents du défunt ne croient pas à la version officielle. Ils ont décidé de venir à Londres afin de rencontrer les services du médecin-légiste dans quelques jours.  

Ryan Crane est décédé à son domicile de Stamford, Connecticut, le 3 février 2014. De manière tout à fait inhabituelle, l’annonce n’en a été faite que 10 jours plus tard, via un court communiqué de Bloomberg News. Inexplicablement, le rapport du médecin légiste sur les raisons de sa mort n’a toujours pas été communiqué

Dennis Li serait passé à l’acte le 18 février 2014. Il aurait sauté dans le vide à partir du 30ème étage de l’immeuble Chater House de Hong Kong dont la banque occupe les étages supérieurs. De manière assez étrange, le Standard et le South China Morning Post ont donné des versions assez divergentes de son saut fatal sans élastique et de ses fonctions réelles au sein de la banque…

Quant à Kenneth Bellando, il a été retrouvé mort le 12 mars au pied de son immeuble new-yorkais de 6 étages. Drôle d’endroit pour un suicide… Son cas serait passé inaperçu s’il n’était le frère de John Bellando dont le nom est amplement évoqué dans le rapport consacré par la sous-commission permanente du Sénat US chargée des Enquêtes, aux mensonges et aux dissimulations de la banque dans l’affaire dite de « La Baleine » de Londres. Celle par laquelle le Centralien de génie, Bruno-Michel Iksil a amassé pour le compte du Chief Investment Office (CIO) de la banque situé à Londres et « vaguement » supervisé depuis New-York par la charmante Ina Drew, remerciée depuis, un volume extravagant de Credit Default Swaps (CDS) à l’origine d’une perte de 6,2 milliards de dollars…  

Une affaire qui avait valu au sénateur Carl Levin de la Sous-Commission en question, un joli succès médiatique lorsqu’en ouverture des auditions, il avait indiqué, un brin démagogue « qu’avec le ratio de prêts aux dépôts le plus faible des grandes banques, consacrant à peine 61% (NB : contrairement à la situation européenne, dans les banques US les dépôts sont supérieurs aux prêts) de ses dépôts à des prêts, JP Morgan était sans doute trop occupée à parier sur des produits dérivés pour consentir les prêts nécessaires à l’accélération de la relance économique… ».

Chasse mortelle à la Baleine

Toujours est-il qu’en septembre 2013, au moment précis où en échange d’une amende totale de 920 millions de dollars, JP Morgan obtenait dans l’affaire du CIO, la renonciation à toute poursuite pénale contre elle de la part des 4 autorités publiques chargées de la surveiller, John Bellando, cachottier impénitent aux dires des sénateurs-enquêteurs, entré dans la boutique en 2008 à la suite de la faillite de Lehman Brothers qui l’employait alors comme analyste financier, se voyait promu vice-président de la banque…

La pêche en eaux troubles de la Baleine bancaire a coulé Ina Drew, patronne de son Chief Investment Office et sans doute détentrice de pas mal de ses secrets.

Lire: JP Morgan et les limites du trading à la Française

 Lors de l’audition de la dame, l’inventaire des actifs de la banque relevant de sa responsabilité semble ne pas avoir suscité de questions embarrassantes de la part des sénateurs US. En particulier le portefeuille de plus de 9 milliards de dollars de contrats d’assurance-décès de son personnel, qui prend aujourd’hui un relief singulier.

BOLI : plus rentable, tu meurs…

Les familles des disparus ont été laissées dans le flou sur des questions essentielles qui entretiennent des rumeurs invérifiables pour l’instant. A commencer par savoir si la banque avait souscrit à son propre profit, une assurance-décès sur leur tête et, dans l’affirmative, pour quel montant ?  

Car rien n’arrête la course effrénée des banksters vers toujours plus de profit. Et les comptes de JP Morgan Chase arrêtés au 31 décembre 2013 faisant apparaître un investissement cumulé de 10,4 milliards de dollars ( !) dans des  contrats d’assurance-décès de son personnel dont la banque est la bénéficiaire, a de quoi surprendre. Et le mot est faible…Les contrats dits « BOLI » (« Bank Owned Life Insurance ») sont en effet, comme leur nom l’indique, des contrats d’assurance-décès de « groupe » souscrits par les banques auprès des assureurs spécialistes de ces produits. Légaux dès lors que quelques conditions de forme sont respectées, ils constituent aujourd’hui un actif financier très prisé des grandes banques US auxquelles il apporte un complément de revenu substantiel. 

A fin 2013, JP Morgan Chase, Bank of America, Wells Fargo et Citi Group en détenait pour plus de 53 milliards de dollars dont 10,4 milliards de dollars pour la seule JP Morgan Chase…. De quoi non seulement se protéger contre la disparition prématurée de leurs « hommes-clés » - la raison d’être initiale d’un tel produit financier - mais bel et bien de prendre des paris discutables sur l’espérance de vie de la totalité de leur personnel.

Selon IBIS Associates Inc dont le rapport sur le sujet fait autorité, 1 100 nouveaux contrats d’assurance-décès BOLI ont été souscrits par les banques en 2012 pour un montant total de 4,4 milliards de dollars d’actifs. De la sorte, la valeur totale de ces contrats dans les livres des banques est passée de 131,95 milliards de dollars en 2011 à 137,90 milliards à fin 2012 ; mieux, 53,4% des 7083 banques et caisses d’épargne recensées aux USA possèdent maintenant des actifs BOLI. 

Mort à profit

Sachant que la prime – unique – représente selon l’âge de l’assuré, entre 10 et 25%   du montant du capital souscrit, qu’elle est déductible du bénéfice imposable, et que le versement du capital-décès à la banque au terme contractuel du contrat est net d’impôt, on comprend tout l’intérêt d’un tel produit. Quand bien même la banque devrait acquitter les taxes sur le capital versé en cas de décès prématuré voire rapide des collaborateurs couverts par le contrat…

La règlementation des BOLI relève des dispositions de « l’Interagency Bulletin on Life Insurance OCC 2004-56 » qui fixe notamment les conditions formelles justifiant l’exonération fiscale du capital versé à la banque souscripteur du contrat : il faut notamment que les employés couverts par les contrats aient donné leur consentement, et qu’ils puissent « sortir » de la couverture lorsqu’ils quittent leur employeur…

En pratique, c’est souvent un flou intégral et, indépendamment des systèmes de prévoyance individuelle ou collective dont bénéficient les plus chanceux d’entre-eux,  nombreux sont les collaborateurs des banques US qui aujourd’hui ignorent si leur employeur a souscrit à son profit, une assurance-décès sur leur tête. 

Il est loin l’arrêt de la Cour Suprême de l’Oncle Sam prononcé en 1881 dans l’affaire « Warnock v. Davis » qui relevait à juste raison que «…dans tous les cas, il doit exister un fondement raisonnable, reposant sur les relations entre les parties, fussent-elles pécuniaires, familiale, ou de pure affinité, justifiant l’existence d’un intérêt ou d’un avantage quelconque à ce que l’assuré reste en vie. Si ce n’est pas le cas, le contrat d’assurance est alors un simple placement par lequel le souscripteur de la police d’assurance est directement intéressé au décès prématuré de l’assuré. De telles pratiques tendent à susciter un désir pour que l’évènement survienne. C’est la raison pour laquelle, indépendamment de la situation jurisprudentielle sur le sujet, elles doivent être condamnées comme contraires à l’ordre public… »

Une réflexion plus que jamais d’actualité que les familles Magee, Crane, Li et Bellando feraient bien de méditer. D’autant que de 2010 à 2013, JP Morgan Chase, l’employeur de leurs proches n’a-t-il pas déposé 4 brevets destinés à gérer le risque de longévité dans les opérations de trading ?...

Le manuel technique de l’indice LifeMetrics (« LifeMetrics : a toolkit for measuring and managing longevity and mortality risks ») conçu par les matheux de la banque en mars 2007, rappelle page 7 avec une sorte de prescience lugubre compte tenu de ce qui précède que «… le taux de mortalité augmente avec l’âge. Pour des raisons biologiques une personne jeune a plus de chance de vivre une année supplémentaire qu’une personne âgée. Cependant, la relation entre l’âge et le taux de mortalité n’est pas toujours monotone. Par exemple, les nouveaux nés ont un taux de mortalité supérieur à celui de jeunes enfants. Et des personnes de 20 ans peuvent avoir un taux de mortalité supérieur à celui de personnes de 30 ans à cause du plus grand nombre d’accidents fatals subis par les jeunes adultes »    

 

Mots-clefs : , , , , , , , , ,

Publié dans la catégorie International
Sur le même sujet
Small morgan 0 JP Morgan Chase va-t-elle inspirer « La Firme II » ? 0
9 mars 2014 La banque haute en couleur de Jamie Dimon serait-elle sur le point de s’imposer au sommet de la h...
Small jpg couv 1353 0 Paris-Plage pour les bobos, Paris-Morgue pour les prolos 0
12 août 2008 L’amateur désespérait de pouvoir lire La mortalité dans les divers quartiers de Paris, paru en 18...
Small madoff 0 Amnistie des Banksters : JP Morgan 1 – Madoff 0 0
13 janvier 2014 L’année 2014 commence bien pour la banque US ; moyennant des étrennes généreuses au Ministre de l...
Small jpmorgan chase whale trades 3 15 13 2 1 0 Banksters : limites du trading à la française 0
18 mars 2013 A en croire le rapport des sénateurs US de la sous-commission des Enquêtes, JM Morgan Chase la pr...
Small bankster3 Les banksters pour les Nuls épisode 3 : du bon usage du saut sans élastique 0
30 octobre 2014 Pour rappel: les épisodes 1 et 2 de notre saga Fallait s’y attendre. En dépit des propos lénif...