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Les banksters pour les Nuls : épisode 1 Madoff vs JP Morgan Chase

Publié par G Groupe X Bakchich

Les banksters ont pris le pouvoir. Les voyous plus classiques l’apprennent souvent à leurs dépens…

Alors que la BCE s’apprête à s’engager dans une nouvelle étape de sa politique d’assistance sans fin aux banques du Vieux Continent  en rachetant des montagnes de dettes privées adossées à des actifs («Asset Backed Securities») pour leur redonner le goût du risque, il est maintenant acquis que les institutions financières - les quelques vertueuses et les autres - ont pris le pouvoir politique un peu partout dans le monde. 

Elles l’exercent de manière plus ou moins discrète, au travers des «élites » dont elles ont financièrement favorisé l’ascension et qui conduisent des politiques économiques et budgétaires dont elles sont les premières, si ce n’est les seules véritables bénéficiaires depuis 2008. Le phénomène est suffisamment inédit et durable pour que Bakchich leur consacre une série d’articles circonstanciés. 

Avant de s’attaquer aux sorties de route les plus emblématiques et les plus méconnues de la finance tricolore depuis la crise financière de fin 2007 début 2008, il nous est apparu opportun de vulgariser le concept désigné par le néologisme né Outre-Atlantique il y a quelques années.

A ceux de nos fidèles lecteurs qui s’interrogent encore (« c’est quoi au juste un bankster ? ») nous ne saurions trop recommander à titre de mise en bouche, de dévorer le fascinant ouvrage numérique en cours d’élaboration par Hélène Davis Chaitman et Lance Gotthoffer («JPMadoff : L’alliance diabolique de la première banque américaine et du plus gros escroc américain ») consultable à www.jpmadoff.com.

Car JPMorgan Chase, la première banque US, est sans doute celle qui répond le mieux à la définition de bankster, au sens où l’emploie ceux qui dénoncent les dérives des plus grands établissements financiers mondiaux. 

Un vocable qui, rappelons-le rapidement, désigne la conjonction d’une intégration de plus en plus prégnante de la fraude au sein même du business model bancaire, d’un budget judiciaire garantissant l’impunité à ses auteurs personnes physiques en contrepartie du paiement de vertigineuses pénalités de tous ordres par la banque qui les emploie, et de solides positions d’influence acquises au sein de l’Exécutif, mais aussi parmi quelques parlementaires triés sur le volet pour la qualité et la robustesse de leurs réseaux, voire dans les sphères les plus élevées de la magistrature…

29 milliards de pénalité en 4 ans

Une situation qu’illustre à la perfection aux USA, l’alliance à priori contre nature, de la banque JPMorgan Chase et de Bernard Madoff.

Au cours des 4 dernières années, la banque s’est en effet acquittée de 28,9 milliards de dollars de pénalités et de versements transactionnels pour qu’on passe l’éponge sur ses pratiques frauduleuses et illégales. C’est dire l’ampleur de ses incartades sachant qu’il ne s’agit que de celles qui ont été découvertes. En février 2012 par exemple, elle a versé sans broncher 110 millions de dollars pour dédommager ceux de ses clients qu’elle avait un peu malmenés au niveau des frais de découvert…

Dans le cas de sa relation avec son client Bernard Madoff titulaire dans ses livres du « fameux compte n° 703 » sa faute la plus grave aux yeux de la Justice US qui s’est singularisée par une inquiétante myopie dans le cas d’espèce, est de s’être consciencieusement assise sur les dispositions de loi de 1970 sur le Secret Bancaire, lui faisant obligation de surveiller de près les agissements de ses clients, et de signaler toute opération suspecte aux autorités fédérales.

La transaction (« accord de poursuites différées ») conclue le 6 janvier 2014 et évoqué dans un communiqué pseudo-triomphaliste du FBI du 7 janvier, entre ses avocats et le Procureur Général pour le District Sud de New-York, est en effet un monument d’hypocrisie qui démontre à quel point les cadres de la banque s’estiment aujourd’hui intouchables. 

On estime aujourd’hui à 64,8 milliards de dollars, le montant des fonds détournés par « Bernie » Madoff. Il n’y serait jamais parvenu sans les inexplicables défaillances des contrôles opérés tant par son banquier principal JP Morgan Chase, que par la SEC.

En ce qui concerne la banque, personne ne peut raisonnablement imaginer qu’un compte bancaire dont le solde créditeur avait atteint le montant stratosphérique de 5,6 milliards de dollars en août 2008 - des fonds qui devaient logiquement être investis par Madoff pour le compte de ses clients du monde entier au fur et à mesure de leur collecte – n’était pas surveillé par son gestionnaire comme le lait sur le feu. Et Pourtant…

Lors de son audition le 19 décembre 2013 dans le cadre du procès pénal contre l’inventif Bernie, Richard Cassa, le type qui a géré le compte Madoff de 1993 à Mars 2008 ( !) a donné une pitoyable représentation qui a laissé les magistrats et les témoins de l’échange, littéralement sans voix :

Question : Avant l’arrestation de Madoff, quelle était votre connaissance de l’ordre de grandeur du compte 703 ?

Réponse : Ben…Pas vraiment ; je veux dire qu’on ne voyait pas ; si vous vous référez à l’importance du solde, vous voulez dire si l’activité entrée et sortie du compte ou…

Question : Quel était le solde moyen ?

Réponse : Et bien le…non je ne…je ne me souviens pas.

Question : Ce que je veux dire c’est, avant l’arrestation de Madoff, le solde du compte se chiffrait-il en millions, en dizaines de millions ou en milliards de dollars ?

Réponse : Probablement en dizaines de millions.

16 ans de cécité

Quant à la SEC, David Kotz son Inspecteur Général qui est à l’origine du rapport sur l’inexplicable échec de l’organe de supervision boursière New Yorkais à découvrir les manigances de Bernie, n’a pas hésité à révéler qu’au cours de 16 longues années d’aveuglement, la Commission a conduit pas moins de 6 enquêtes à son sujet, qui ont fait cogité un total de 122 de ses meilleurs limiers. En pure perte.

Une nuée d’inspecteurs apparemment plus incompétents les uns que les autres. A moins que Bernie ait été protégé par quelques amis aussi compréhensifs qu’influents. 

C’est l’excellent site Internet www.opensecrets.org qui le premier à évoqué dans l’affaire, le rôle du Sénateur de l’Etat de New-York, Charles Schumer. Un animal politique devenu sénateur en novembre 1998 en administrant une mémorable raclée électorale à Alfonse D’amato qui n’était pas un novice. Réélu depuis, membre de plusieurs commissions sénatoriales, Schumer est aussi connu au sein de l’establishment de Washington pour la redoutable efficacité de ses levées de fonds électorales.

Schumer, sénateur préféré de la famille Madoff

Un talent indiscutable l’ayant amené à rendre plusieurs visites à Bernie aux dires du personnel de ce dernier lorsqu’il a été interrogé par le FBI. Par ailleurs, selon le site opensecrets.org, Bernard, Ruth, Peter, Mark et Andrew Madoff ont tous apporté leur contribution financière au budget électoral de Schumer. Le même montant et le même jour. Une petite cérémonie privée intervenue en 1998, 2002 et 2006. Pour sa part, Bernard Madoff a tiré des chèques à l’ordre du Comité de Campagne des Sénateurs  Démocrates en 2007 et 2008 pour un montant total de 100 000 dollars. C’est Schumer qui en était le président.

Les coïncidences ne s’arrêtent pas là.

En 2008, les membres du personnel de la JPMorgan Chase ont versé 494 204 dollars au Comité de Campagne présidé par le sénateur Schumer.

Mieux, en 2010, 2012 et 2014, le cabinet d’avocats Paul Weiss & Al a été respectivement le premier (deux fois) et le second contributeur au budget électoral du sénateur Schumer pour les montants maximum autorisé de 145 550, 145 550 et 149 150 dollars. Un cabinet auquel, par le plus grand des hasards,  JPMorgan Chase a confié la défense de ses intérêts en août 2013 lorsque la banque a du se défendre d’accusations de corruption pour avoir embauché la progéniture de personnalités politiques chinoises de premier plan.

La boucle ne serait néanmoins pas complète si on omettait de préciser que c’est le Sénateur Schumer qui a chaudement recommandé à l’administration Obama la nomination de Preet Bharara comme Procureur du District Sud de New-York. Ce qui sera fait en août 2009, confiant ainsi au natif de Ferozepur en Inde qui en avait été le procureur-adjoint de 2000 à 2005, la délicate mission de poursuivre les actes délictueux commis par les banksters de Wall Street au cours de la crise financière de 2008.

Preetinder (« Preet ») Singh Bharara, après avoir exercé l’honorable profession d’avocats durant plusieurs années, a en effet été chef de cabinet du Sénateur Schumer avant de devenir « Chief Counsel » (conseiller juridique en chef) de son équipe à partir de février 2005  jusqu’à sa nomination comme procureur en 2009. 

Schumer ne fait d’ailleurs nul mystère du soutien indéfectible qu’il envisage d’apporter à son poulain pour le voir un jour prochain devenir ministre de la justice d’un président Démocrate.

Autant dire que le signataire de l’accord « pour des poursuites judiciaires différées » avec les avocats de JPMorgan Chase au début de cette année, avait de bonnes raisons pour ne manifester envers le premier bankster mondial, aucune agressivité excessive…

 

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