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Kin’ la belle en suspens

Publié par G Groupe X Bakchich

Armée déployée, tirs sur les manifestants, communications coupées. Un an avant le scrutin présidentielle, le projet de loi électorale passe mal en République démocratique du Congo.

Des sonneries qui languissent, grésillent, avant de se perdre. «La ligne de votre correspondant est injoignable». Des voix rares, lointaines, hâchées. Des SMS, messages Viber, What’s App et autres BBM en attente d’être délivrés. Depuis lundi, Kinshasa, mégalopole de plus de 10 millions d’habitants est devenu difficilement joignable. Une capitale à l’instar de son pays, la République démocratique du Congo dont l’histoire épouse le cours chaotique et furieux du fleuve qui lui a donné son nom. Après trois jours de heurts, une cinquantaine de morts selon les premiers bilans croisés des ONG, le calme est revenu jeudi soir. «Les béréts rouge de la Garde Républicaine sont toujours en poste autour de Ndjili (quartier proche de l’aéroport international), de l’Université (au sud de la ville», précise à Bakchich une source de l’opposition. «Un calme précaire». Au moins autant du au 2e match du pays dans la Coupe d’Afrique de Nations qu’à la décision du président du Sénat, «Vieux» Kengo, de reporter l’examen du projet de loi électorale au 23 janvier à 9 heures.

Bérets rouge, Green Zone et soucis d’agenda

Un projet beau comme l’antique. «En RDC, nous avons de très beaux textes, que nous ne mettons jamais en application, s’est agacé à la tribune une sénatrice. Et nous avons la fâcheuse habitude de violer la constitution avec certains». Le texte autorise enfin les Congolais de l’étranger à voter lors du scrutin présidentiel, fixe un plancher de caution pour se présenter au scrutin et surtout prévoit un recensement de la population sous le contrôle de la toute nouvelle ONIP (Office national d’identification de la population). La mesure coule de source dans un Etat dont le peuple oscille et 70 et 80 millions de personnes selon les organisations internationale. Seul petit hiatus, l’agenda. Le projet de loi électoral intervient moins d’un an avant l’élection présidentielle de 2016, auquel ne peut se représente le président Kabila, frappé par la limite de mandat….Au pouvoir depuis 14 ans, élu à deux reprises, la constitution lui interdit de repasser devant le peuple. Or un recensement, dans une contrée si vaste (2,5 millions de km2) à l’administration si faible (avant dernière au classement du PNUD), prendra au moins trois ans. Un prolongement d’autant du mandat présidentiel qui a fait sortir les étudiants de l’Université de Kinshasa dans la rue lundi au petit matin. Leur objectif consistait à vouloir rallier le palais de peuple, au centre ville afin de manifester. Sans résultat. Les alentours du quartier législatif a été transformé en «green zone» par la police. L’Unikin a pris de airs de Bagdad. Et les quartiers périphériques de Masina, Matété, Ndjili, Ngaba se sont enflammés, entre revendications politique et pillages. Les populaires Bandalungwa et Victoire ont entendu sifflé les balles lundi, avant de vivre sous tension. En lançant la Garde Républicaine, le pouvoir n’a pas fait dans la dentelle. Plutôt soufflé sur le brasier. Ce corps n’est pas appelé à faire de l’ordre public, plutôt à protéger le président. Les arrestations de figures de l’opposition, à l’instar de Jean-Claude Muyabo, avocat emprisonné à Makala, ou du secrétaire général de l’UNC, le parti de Vital Kamerhe, envoie d’étranges signaux. Quant à la coupure de réseau Internet, elle a paralysé l’activité économique du quartier d’affaires de Gombe, au coeur de la ville. «Le directeur d’un opérateur téléphonique a été passé à tabac pour avoir refusé la coupure, souffle un de ses proches. Ils l’ont envoyé à Makala lundi après midi.» Une ambiance délétère, encore loin des heures sombres des pillages du début des années 90. A l’époque Mobutu, dont le pouvoir s’effritait, avait laissé s’embraser la ville pour ramener le calme dans le sang. Et réaffirmer sa position.

L’hypothèse d’une reprise par Kabila du classique mobutiste n’est pas exclue par opposants et milieux d’affaires kinois. Pillé au début des années 90, envahi en 97, en guerre larvé jusqu’en 2006, qui avait vu la présidentielle s’achever à l’arme lourde sur le boulevard du 30 juin, Kin’la belle en a vu d’autres pour paniquer à l’avance. «Le pouvoir a très mal géré la situation, croit un opposant proche de Kamerhe. Avec le report de l’examen au Sénat, nous avons marqué un point. » Et un deuxième avec la modification apportée par les sénateurs. Vendredi 23 janvier le fameux article 8 a sauté. Une commission paritaire doit désormais se réunir pour trancher la question.

La RDC en a deux dans son groupe à la Can. Le prochain match sera décisif…

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Publié dans la catégorie International
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