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Liberté d'expression pour tous, sauf pour les rappeurs West Coast

Publié par G Groupe X Bakchich

Le procès du Brandon Duncan, aussi connu sous le nom de Tiny Doo, a débuté le Vendredi 23 janvier 2015. Le rappeur Californien, en détention depuis 8 mois, risque jusqu'à 25 ans de prison pour « street gang conspiracy »...

En ces temps perturbés où le mot liberté d'expression est sur toutes les lèvres, y compris outre-Atlantique, il est bon de rappeler l'histoire hallucinante de Tiny Doo. Cet artiste, qui comparaissait le 23 janvier 2015 devant la cour pénale de San Diego, risque 25 ans d'emprisonnement. Meurtres sanglants, règlement de comptes entre bandes rivales comme au bon vieux temps des fusillades en studios au nom de la rivalité East Coast/West Coast? Rien de tout ça. 

Si Tiny Doo, Brandon Duncan de son vrai nom, a été placé 8 mois en détention, et risque désormais jusqu'à 25 ans derrière les barreaux, c'est uniquement à cause du contenu corsé des paroles de ses morceaux de rap.

Si l'on en croit le District Attorney de San Diego, qui se base soi-disant sur les lyrics violents du rappeur, déjà diffusées durant les audiences préliminaires, Tiny Doo aurait eu connaissance des activités criminelles commises par des gangs Californiens, et en aurait bénéficié. Et pour vous la faire courte : selon le code pénal en vigueur en Californie, avoir connaissance de faits criminels fait de vous un délinquant comme les autres. Tiny Doo aurait eu le malheur de faire allusion à une série de 24 fusillades et de règlements de comptes sanglants survenus ces dernières années dans les quartiers les plus sensibles de San Diego sur son dernier opus qui, comme tout album rap qui se respecte, comporte le fameux logo noir et blanc « Explicit content- Parental advisory » sur sa pochette. 

Après un coup de filet mémorable qui permettra aux autorités d’arrêter pas moins de 33 suspects liés au Gang de Lincoln Park, dans le sud-est de la ville, la justice Californienne s'est penchée sur les lyrics de « No safety », titre prémonitoire de l'album de Tiny Doo.

Le District attorney de San Diego s'appuie sur l'alinéa  B de l'article 186.22 du Code Pénal de Californie, qui précise  que toute personne bénéficiant d'une association avec un gang, avec l'intention spécifique de promouvoir les comportements criminels des membres du gang en question,   pourra être poursuivie et condamnée à plusieurs années de détention. En l'espèce, le district attorney estime que Tiny Doo a  largement profité d' activités illégales et répréhensibles : il en aurait d'abord tiré des avantages financiers, relatifs aux ventes d'albums (!) sans parler de l'acquisition de biens intangibles, comme le respect de ses pairs, couramment qualifié de street credibility dans le jargon hip-hop.

Des paroles de 2012 qui décrivent un meurtre de 2013 

Brian Watkins, avocat de Tiny Doo, continue d'affirmer l'innocence de son client, que l'on associe au gang de Lincoln Park uniquement parce qu'il a  grandi dans ce quartier, ce qui ne fait pas de lui un membre attitré du gang. Watkins invoque la simple création artistique, dénuée de tout lien avec des faits criminels, et ironise sur l'absurdité du cas Duncan :

« Comment quelqu'un pourrait tirer bénéfice d'une fusillade de gangs, à moins de vouloir également la mort des personnes visées? C'est l'unique manière dont on peut en « tirer bénéfice », mais le bureau du district attorney a déjà admis que Brandon Duncan n’était absolument pas impliqué dans ces fusillades, et n'en avait même pas connaissance. Il n'y a donc aucun moyen de tirer bénéfice d'un événement dont on n' a pas été mis au courant »

Watkins fait valoir un argument de poids: l'album a été enregistré en 2012, antérieurement aux neuf fusillades les plus meurtrières, survenues en...2013. « Emprisonner quelqu'un durant 25 ans à cause de son expression artistique est quelque chose que même les pires communistes n'ont pas osé ! » a déclaré l'avocat dans la presse.

En réponse, Steve Walker, directeur de la communication du bureau du District attorney a tenté de justifier l'injustifiable :

« Il est important que la communauté comprenne  qu'il ne s'agit pas là d'un problème lié au Premier Amendement, et que ce cas ne consiste pas à punir quelqu'un pour avoir rappé. Il est question de protéger nos voisins et concitoyens, en expulsant les membres de gangs hors des rues, en les rendant responsables des crimes qu'ils ont commis, et en utilisant pour cela des lois votées, et que la cour a reconnues comme constitutionnelles »

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Publié dans la catégorie International
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