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Netanyahu est-il un méga-boulet pour Israël ?

Publié par G Groupe X Bakchich

Le premier ministre israélien s'invite de force dans le monde chaque fois que l'occasion se présente. Et s'il desservait la cause qu'il défend ?

Le Premier Ministre israélien en fait-il de trop ? La question semble de moins en moins incongrue à en juger par les réactions que suscitent dans le monde depuis décembre dernier, les gesticulations du partisan de la manière forte au Moyen Orient.

En guise d'échauffement, on se souvient de son coup de semonce du 2 décembre, lorsqu'il a ouvert la voie d'élections législatives anticipées en Israël – elles auront lieu le 17 mars 2015 - en limogeant sans ménagement ses rivaux et ministres « centristes » de sa coalition, à savoir  Yair Lapid et Tzipi Livni.

Le premier, journaliste-romancier devenu homme politique et fondateur du parti Yesh Attid membre de sa coalition, était en charge des Finances. Depuis août 2013, il agaçait passablement Netanyahu en ayant d'abord affirmé publiquement que seule, la solution de deux états en Palestine était viable à terme. Son opposition au lancement d'un nième appel d'offre pour de nouvelles colonies a eu raison de la patience de Bibi.

Tzipi quant à elle, une juriste très convenable qui détenait le portefeuille de la Justice, s'est singularisée par deux décisions qui en disent long sur sa force de caractère : végétarienne sans concession, elle est parvenue à faire interdire la production de foie gras en Israël ; un véritable tour de force compte tenu de la position du pays sur le marché mondial. Un crime toutefois sans commune mesure aux yeux de Netanyahu, par rapport à celui ayant consisté à s'opposer à son projet de réforme constitutionnelle visant à définir le pays comme un Etat juif. Une tentative supplémentaire de durcissement sécuritaire et identitaire visant directement les arabes israéliens…

Et c'est en Europe cette fois où antisémitisme et islamophobie se font la courte-échelle, que l'éléphant Netanyahu a commencé à briser de la porcelaine dès le début de cette année. 

On se souvient de la gêne ostensible suscitée à l'Elysée par sa présence à Paris lors de la manifestation de Chefs d’états et de gouvernements volant au secours de Charlie et de la liberté d'expression. C'est vrai qu'avec une très modeste  96ème place de son pays au classement 2014 de la liberté de la Presse de Reporters Sans Frontières, le garçon n'a pas  franchement de leçon à donner à ce chapitre.  

Bibi les bons tuyaux

D'autant que les images tragiques de la série « Bordures de Protection » réalisée à Gaza et diffusée en première mondiale lors de l'été 2014, sont encore dans les mémoires de tous les téléspectateurs français...Sur ce coup là, sans évoquer ses autres succès d'estime, Benjamin Netanyahu sera parvenu à rendre crédible et imaginable le dépôt de plaintes pour crimes de guerre contre la seule démocratie du Moyen Orient auprès de la Cour Pénale Internationale. Un affligeant triomphe...

Il serait assez humiliant tout de même et déplorable en termes d'image sur la scène internationale, qu'Israël échappe à une condamnation pour de simples questions de forme : la Palestine, pas plus qu’Israël ou la bande de Gaza n'étant membres de la CPI au moment des faits, il est peu vraisemblable que son procureur s'estime compétent pour enquêter sur des actes commis en dehors de son ressort ; n'empêche...  

Par chance pour Bibi, les attentats récents de Copenhague lui ont donné l'occasion d'occuper l'estrade en y jouant les prolongations : dimanche 15 février, il a appelé les juifs européens à émigrer en Israël (« ..Le terrorisme extrémiste islamique vient de nouveau de frapper l'Europe….Des juifs viennent de nouveau d'être assassinés pour le seul motif qu'ils sont juifs  ...Israël est votre foyer. Nous nous préparons pour être  en mesure d'absorber une immigration de masse en provenance d'Europe. Aux juifs d'Europe et du monde j'affirme qu’Israël vous attend les bras ouverts…) en indiquant à son auditoire qu'une dotation spéciale de 39,5 millions d'euros allait être consacrée à l'accueil des immigrants en provenance de France, de Belgique et d'Ukraine…

Le gouvernement de ce pays qui s’époumone depuis le début de cette année à prôner l'unité nationale comme  seul rempart efficace contre le communautarisme, la haine et l’obscurantisme, doit modérément apprécier l'exercice du Premier Ministre israélien : de pures contorsions à usage électoral interne qui n'ont malheureusement d'autre effet que d'ancrer un peu plus dans les esprits fragiles, l'idée selon laquelle, plutôt que de susciter des mesures de protection catégorielles, les français de confession juives devraient se rendre à l'évidence et déguerpir au plus vite pour regagner leur véritable foyer naturel dont Bibi leur ouvre grand les portes…

Plus à l'Ouest, et grâce à l'action résolue du lobby juif à Washington, Netanyahu est parvenu à se faire inviter dans la capitale fédérale le mois prochain à la prétendue initiative de John Boehner, le leader républicain de la Chambre des Représentants, pour y prononcer un discours devant le Congrès, quelques jours avant le scrutin législatif en Israël. 

C'est peu dire que l'initiative fait couler beaucoup d'encre outre Atlantique. Y compris parmi les activistes juifs vivant aux States, tel Miko Peled le fils de feu le général israélien Matti Peled qui fut un temps gouverneur militaire de Gaza et qui tient sur son blog envers le Premier Ministre israélien, des propos d'une rare violence (« Netanyahu's coming to town » du 5 février 2015).  

C'est d'abord l'administration américaine qui a qualifié de rupture de protocole, l'acceptation par Benjamin Netanyahu de la prétendue invitation de Boehner. La Maison Blanche s'attend en effet à ce que Bibi critique fermement la décision d'Obama de tenter de parvenir à un accord nucléaire avec Téhéran, et appelle ouvertement les parlementaires US à aggraver les sanctions contre l'Iran. 

Sans parler de la décision du président Obama qui a fait connaître son intention de s'abstenir de le rencontrer à cette occasion. 

La bouderie d’Obama

Lundi 9 février, profitant d'une conférence de presse commune avec Angela Merkel qui n'a pas pipé mot sur la question, il s'en est de nouveau expliqué : «... ça a en partie à voir avec notre manière de conduire les affaires d'état à état. Et il est important à nos yeux de s'en tenir à ce protocole car les relations entre Israël et les USA ne sont pas une affaire de parti...Avec Netanyahu, nous avons une réelle différence d'appréciation sur les sanctions envers l'Iran. Mais ça n'aurait aucun sens d'envenimer les négociations un mois ou deux avant leur terme. Où est l'urgence ? » s'est interrogé le président US avant de conclure et de faire comprendre à l'envahissant Bibi qu'il n'est pas dupe de la manœuvre : « Les USA ont l'habitude de ne pas rencontrer les dirigeants du monde juste avant les élections dans leurs pays et la décision du leader israélien de venir parler au Congrès deux semaines avant les élections israéliennes est de nature à obscurcir notre alliance par ce qui pourrait être considérée comme de la politique partisane... ».

Ce n'est bien sûr pas le fait du hasard si réapparaissent timidement dans la presse US, des articles consacrées à une affaire bien gênante pour les deux alliés : celle de l'attaque menée par Israël le 8 juin 1967 en pleine guerre des 6 jours, contre le navire-espion USS Liberty pour l'empêcher de recueillir des informations sur la manière dont Israel allait régler le compte de ses ennemis du jour, à savoir l'Egypte, la Syrie et la Jordanie…

L'aviation israélienne n'est pas parvenue à couler le Liberty malgré 30 sorties d'une douzaine de Mirages et les attaques de 3 lance-torpilles. 34 membres d'équipage ont perdu la vie dans l'opération et 174 ont été blessés, la plupart grièvement.

Une affaire que les deux alliés avaient décidé d'évacuer dans le plus grand secret au nom de la raison d'état, mais qui avait tout de même donné lieu à ce commentaire lucide de George Ball, le Sous-Secrétaire aux Affaires Étrangères US de l'époque : « Finalement, l'ultime leçon de l'attaque du Liberty a eu plus d'implication sur la politique en Israël qu'aux USA.  Les dirigeants israéliens sont arrivés à la conclusion qu'aucun de leurs actes ne serait jamais assez offensant pour les USA pour susciter des représailles. Si les dirigeants américains n'ont pas eu le courage de punir Israël pour l'assassinat de citoyens américains, il paraissait clair que les amis américains d’Israël les laisseraient entreprendre à peu près n'importe quoi... »

L'excellent documentaire consacré à l'affaire par Al Jazeera et visible sur YouTube  est là pour réparer cet oubli de l'Histoire. 

Pas sûr toutefois que Netanyahu ait voulu assurer sa promotion...

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