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JPMorgan est-elle le scorpion de la fable ?

Publié par G Groupe X Bakchich

Comme le scorpion de la fable qui pique la grenouille en plein milieu du gué, la Firme ne peut s'empêcher de tricher car c'est dans sa nature...

 Depuis le 24 février, la presse financière affirme que le Ministère US de la Justice enquêterait sur une dizaine de banques américaines et étrangères pour des soupçons de manipulation du marché de l'or et de ceux d'autres métaux précieux. Une enquête qui, rappelons-le, avance en même temps que celles sur le trucage des taux d'intérêts de référence (LIBOR, EURIBOR...) et sur celui du marché des changes (FX)…

Des pratiques de type cartel qu'on retrouve hélas aujourd'hui dans quasiment tous les compartiments du jeu de la finance, et sur lesquelles les gendarmes financiers reniflent la supercherie avec 5 ans de retard dans le meilleur des cas.

Le Wall Street Journal a mentionné JP Morgan comme l'une des banques dans l’œil du cyclone pour des pratiques suspectes sur le marché des métaux précieux. Une nouvelle affaire qui pourrait – sur le papier – mettre la banque dans une situation un brin délicate cette fois : nous avons évoqué dans ces colonnes l'accord « de sursis à poursuites » qu'elle avait signé le 6 janvier 2014 avec les représentants du ministère de la justice pour son rôle plus que trouble dans l'affaire Madoff. 

Sa « mise à l'épreuve » de 2 ans était en effet assortie d'une obligation de porter à la connaissance des procureurs fédéraux, toute violation quelconque des règles au sein de la banque dont elle pourrait avoir connaissance, et surtout d'un engagement 'de ne commettre aucun crime sanctionné par les lois fédérales US  à compter de la signature de l'accord'…

En cas de non-respect de sa part du deal, la banque et ses dirigeants pourraient être condamnés pour les nouveaux crimes commis et pour ceux couverts par l'accord du 6 janvier 2014. 

Faute avouée, toujours pardonnée?

Or la température a monté d'un cran du côté de sa direction générale lorsque, le 24 novembre 2014, elle s'est crue obligée d'insérer dans son rapport trimestriel (le fameux « 10Q ») un petit couplet troussé de la sorte : « Le Ministère de la Justice mène une enquête criminelle et diverses autorités de régulation et d'actions judiciaires civiles comprenant notamment les organes de régulation bancaire domestique, la Commodity Futures Trading Commission ('CFTC') la Financial Conduct Authority ('FCA') britannique ainsi que des autorités gouvernementales d'autres pays, mènent des enquêtes civiles au sujet de l'activité de la banque liée au marché des changes ('FX'). 

Ces enquêtes portent sur les activités de trading 'spot' ainsi que sur les contrôles applicables auxdites activités. La Firme continue à apporter son concours à ces enquêtes et est actuellement engagée dans des discussions avec le ministère et diverses instances de régulation et de sanction civile, sur la manière de résoudre les questions soulevées par ces enquêtes. Il n'existe aucune garantie que ces discussions donneront lieu à une transaction ».

Une vision somme toute assez juste des choses à en juger par l'article du 10 février du New York Times affirmant que les procureurs fédéraux en charge des enquêtes sur le black micmac cambiaire, avaient « informé Barclays, JPMorgan Chase, la Royal Bank of Scotland et Citigroup qu'elles devaient reconnaître leurs fautes (« guilty plea ») préalablement à toute possible transaction... »

Le côté franchement drôle de l'affaire, que les médias n'ont pas rattaché à l'enquête actuelle sur les manipulations des marchés des métaux précieux, réside dans les découvertes faites par Sous-Commission Permanente sénatoriale sur les enquêtes, qui a rendu public en novembre 2014 dans l'indifférence médiatique quasi générale, un rapport très inquiétant de 396 pages sur les stocks de matières premières (commodities) détenues par les principales banques de Wall Street.

Dans le cas de JPMorgan, les facétieux rapporteurs n'y sont pas allées de main morte : « quand on ajoute le stock physique de matières premières de 6,6 milliards de dollars de la holding financière à celui du métal détenu par la banque d'environ 8,1 milliards de dollars – en excluant néanmoins l'or, l'argent et tous les actifs représentant des matières premières – et si l'on additionne au résultat ainsi obtenu les stocks de cuivre, de platine et de palladium de la banque soit 2,7 milliards de dollars, on arrive à la conclusion que le stock total de matières premières détenu par JPMorgan à la date du 28 septembre 2012 se montait à 17,4 milliards de dollars. Cette somme représentait donc 11,75 % du capital Tier 1 de la holding du groupe de 148 milliards, autrement dit plus du double du pourcentage maximum de 5 % autorisé par la Réserve Fédérale... ».

Il est l’or de fermer les yeux

Assez stupéfaits de leurs découvertes démontrant l'ampleur des spéculations à laquelle se livre la Firme, les enquêteurs de la Sous-Commission poursuivent leur inventaire : « ...en 2011 (dernière année pour laquelle la Sous-Commission a pu obtenir des chiffres complets) ces stocks ont notamment consisté en 3,3 millions de tonnes d'aluminium (plus de la moitié de la consommation américaine d'aluminium cette année là) 200 000 tonnes de cuivre, 100 000 tonnes de plomb, 6,4 millions de barils de pétrole brut, 3,6 millions de barils de fuel domestique, 900 000 barils d'essence, 3,4 millions de barils de kérosène et 51,9 milliards de pieds (feet) cubiques de gaz naturel. De plus JPMorgan a indiqué détenir ou contrôler les droits de facturation de 31 centrales électriques...JPMorgan Chase est la seule banque nationale active dans de telles proportions dans le négoce de métaux et qui possède un stock d'une telle ampleur... »

Étrangement, les enquêteurs de la Sous-Commission sénatoriale se sont totalement désintéressés des opérations de la Firme sur l'or. Comme si ils avaient reçu, du ministère de la Justice, des encouragements à porter le regard dans d'autres directions…

Compte tenu des ordres de grandeur, si la banque s'est livrée à des acrobaties sur le marché de l'or, il devient envisageable qu'à la suite de la levée de la période de mise à l'épreuve de deux ans qui lui a été consentie en janvier 2014, un certain nombre de ses  dirigeants les plus inventifs fassent un passage – fut-il symbolique – par la case prison. Une première au royaume cosy des banksters...

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Publié dans la catégorie International
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