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Barcelone est-elle en train de devenir la ville la plus Punk d'Europe?

Publié par G Groupe X Bakchich

Avec une nouvelle maire ex-squatteuse et assurément rebelle, la capitale catalane pourrait renouer avec son passé anarchiste pré-guerre civile et avec ses heures de gloire « Punk » des années 80. Reportage.

Barcelone change de façade. La capitale catalane réputée pour son tourisme festif mainstream a troqué son écœurant cocktail Mojito/Gaudi/Tapas pour une image beaucoup plus insolente. L'arrivée au pouvoir en mai dernier d'Ada Colau, nouvelle maire affiliée au parti Podemos et issue du mouvement des « indignés » n'est pas étrangère à ce climat d'arrogance. Venue des milieux anti-expulsion, Ada Colau, connue pour son passé d'ancienne squatteuse, a ouvert son mandat avec des mesures assez Rock'n roll. Entre autres : le retrait du buste de l'ex-Roi Juan Carlos de la mairie et la nomination à la com' de la ville d'une ancienne activiste « Post-Porn » (pornographie féministe et subversive) sévissant à l'époque sous le pseudonyme de « Miss Culotte ». Iconoclaste, la mairie de Barcelone ? Cette montée de sève dans les institutions a suffisamment inquiété et/ou inspiré les deux grands partis indépendantistes pour qu'ils s'allient et affirment vouloir déclarer l'indépendance de manière unilatérale en cas de victoire aux Régionales. Bref, l'ambiance actuelle de la cité catalane réussirait presque à faire passer le Camden Town des années 70 pour un village Pierre et Vacances. Barcelone serait-elle ainsi en train de devenir la ville la plus punk d'Europe ?

« Les statues et le porno, on s'en fout ! »

Si c'est le cas, cela n'aura pas été sans difficultés... La victoire sur le fil de la nouvelle maire, à 1,5 point devant son prédécesseur Xavier Trias, est en effet due à une campagne besogneuse. Pour autant, ceux qui n'avaient pas vu arriver le phénomène Colau devaient habiter une autre planète que Barcelone ces dernières années. Depuis 2010, l'ancienne porte-parole de la Plate-forme des victimes de crédits hypothécaires (PAH) est devenue omniprésente dans la vie publique locale, puis nationale. En 6 ans, Colau et la PAH ont empêché plus d'un millier d'expulsions et relogé 2000 personnes mises à la rue sur tout le territoire espagnol. Une situation ubuesque due à l'explosion de la bulle immobilière espagnole combinée à une gestion sauvage des prêts calquée sur le modèle américain et que la Cour Européenne de Justice a jugée totalement illégale en 2013. La PAH a également réussi à focaliser l'attention médiatique grâce à sa charismatique porte-parole et à des méthodes peu orthodoxes : squatt d'immeubles vides appartenant aux banques pour reloger des expulsés, occupations massives d'agences bancaires et tapissage des façades des banques de tracts aux slogans fleuris pour dénoncer les pratiques frauduleuses et les prêts pourris… Des actions que la porte-parole de l'époque ne justifiait alors pas comme une posture « destroy » mais bien comme le dernier recours de citoyens abusés ayant épuisé toutes les voies légales.

Qu'en est-il maintenant que la maire Punkette est passée du côté des puissants ? Dans le quartier populaire de la Barceloneta, l'un de ses bastions, le vernis « punk » de la ville avec ces histoires de statue royale ou de chef de com' porno-friendly, on s'en balance un peu. « Franchement, elle peut embaucher une militante porno à la mairie, au moins celle-là, elle ne cache rien. On ne peut pas en dire autant de tous ces pourris qui ont détourné des millions ! » lance Montse, 73 ans, en référence aux multiples scandales de corruption qui éclatent quotidiennement en Espagne et dont le dernier en date à Barcelone, celui de l'ex-président de Catalogne Jordi Pujol, a fortement amoché la cause indépendantiste. « Les statues et le porno, on s'en fout ! L'important c'est de savoir si les gens ici vont la laisser changer les choses, avec les histoires d'expulsions, de tourisme et tout. Parce qu'il y a plein de corrompus qui ne veulent pas la laisser détruire le système ». Augustin, 37 ans, tatouage de la Barceloneta sur l'avant-bras, fait allusion aux lignes directrices du programme de Colau et à ses premières grandes annonces depuis son arrivée, notamment sa proposition de doubler les logements à loyers modérés (entre autres en taxant les banques qui laissent des appartements vides) et le gel des licences touristiques censées protéger une ville saturée par le tourisme de masse. Ce dernier point est en effet une corde sensible pour Barcelone. Pour devenir la ville la plus « punk » d'Europe, une maire « grande gueule » et déterminée ne peut suffire. La ville doit encore trouver l'antidote au modèle de Feria low-cost qui s'est développé dans ses rues. Dans le même quartier de la Barceloneta, en 2014, les voisins pétaient les plombs. Trop de « tourisme de picole », trop de manque de respect. Cet été-là, plus d'un millier de personnes avait manifesté pour exprimer leur rejet de ce tourisme-poubelle et des nuisances qu'il génère (bruit, incivisme, etc.). Plus qu'à la punk attitude, il semblerait que les Barcelonais aspirent à la tranquillité.

Barcelone, anar' dans son ADN

Pour Pedro P., qui a travaillé un temps dans les milieux culturels à Madrid, Barcelone n'est en rien la ville la plus libertaire de la péninsule. « Si tu veux monter quelque chose en dehors du créneau de l'identité catalane ou du délire touristique plage-gaudi-tapas, c'est très difficile. En plus, les gens sont crispés autour des nuisances sonores à cause du tourisme. Ici, la vie culturelle est morte ». Un avis un peu extrême qui n'est pas partagé par Joni D. (Prononcez « Rôni Dé », la dernière initiale signifiant « Détruit ») auteur d'une chronique autobiographique de la Barcelone punk des années 80 et figure emblématique du mouvement dans la cité catalane. « Je crois que Barcelone a toujours été la ville la plus Punk de l’État espagnol ! C'est l'une des seules villes de la planète dans laquelle a triomphé un mouvement insurrectionnel à fort caractère anarchiste, le mouvement du 19 juillet 1936. », précise Joni en référence à cet été qui précéda la guerre civile. Viendra ensuite Franco. Peu après la mort du dictateur, Barcelone assiste à une nouvelle poussée anar'. « En 1977, il a semblé que le mouvement de 36 pouvait renaître de ses cendres : à cette époque un mouvement libertaire avait mobilisé à de nombreuses occasions des centaines de milliers de personnes dans la ville » se souvient le spécialiste. Punk dans son ADN depuis la guerre civile, Barcelone aurait été injustement éclipsée à l'international par la « Movida » madrilène des années 80.

Joni Destruye (alias Joni D.), figure emblématique du mouvement Punk dans la cité catalane. (Photo, www.guaixe.eus) pense qu'il se prépare quelque chose d'important à Barcelone.

« Madrid et ses politiciens, c'était une façade. Les artistes bobos, fils des classes puissantes et qui pouvaient se permettre un certain luxe artistique et une certaine transgression esthétique, ça leur allait parfaitement. À Barcelone, le mouvement punk était autogéré, avec une composante anarchiste très forte, et nous étions capables de grandir sans aucun appui », se souvient Joni D. Le règne Punk de Barcelone est de courte durée. En 1992, la ville, choisie pour organiser les Jeux olympiques, est « nettoyée », ses derniers Punk expulsés du centre-ville où ils avaient élu domicile.

L'arrivée en force de Podemos dans l'échiquier politique, avec son modèle de décision censément horizontal, sa capacité d'autogestion, signerait-elle la revanche de la Barcelone Punk des années 80 ? « Opportunité perdue d'avance » affirme Joni D. qui préfère parier sur le modèle municipal de Colau, et sur la proximité, plutôt que sur un changement venu « d'en haut ». De là à croire que Barcelone puisse retrouver sa gloire « Punk » d'antan ... ? « Je ne crois pas que voir des jeunes reproduire notre image et nos actions ait beaucoup de sens, termine Joni D. Par contre, ce qui ne change pas ce sont les envies d'auto-organisation, d'autogestion et d'autocontrôle de nos vies. Et dans ce sens, à Barcelone, cela fait quelques années qu'il se prépare quelque chose de vraiment important ». Punk is not dead.

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