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Cannes : le mauvais conte d’Anderson

Publié par G Groupe X Bakchich

Dans les années 60, un scout en culotte courte tombe raide amoureux d’une rouquine boudeuse. Dénué d’émotion, le petit théâtre stylisé de Wes Anderson tourne à vide.  

J’ai découvert Wes Anderson il y a dix ans, avec La Famille Tenenbaum, un grand film dépressif, poétique et loufoque, révélation d’un talent singulier et détonnant, véritable alternative au conformisme hollywoodien. 

Dans cette œuvre unique, Anderson – traumatisé par le divorce de ses parents - faisait tintinnabuler sa petite musique : l’enfance vue comme un paradis perdu, la quête du père, l’échec, l’impossibilité de devenir adulte, les familles dysfonctionnelles, le divorce bien sûr, des thèmes qu’il a ensuite exploré dans tous ses films. 

Depuis, il a réalisé La Vie aquatique, A bord du Darjeeling Limited ou Fantastic Mr. Fox, des œuvres inégales, comédies dépressives ou drames loufoques, des miniatures stylisées, saturées d’humour au 25e degré, de chansons pop, de poésie foutraque, bricolées avec une minutie d’orfèvre. Car Wes Anderson, 43 ans, est un obsessionnel notoire qui apporte un soin insensé aux décors, aux accessoires ou aux looks de ses personnages. 

Mais ce dandy texan est parfois victime de sa virtuosité, de son perfectionnisme. Ainsi La Vie aquatique ou A bord du Darjeeling Limited, sublimes objets au style exacerbé, n’ont rien d’autre à offrir que leur artifice, un peu comme le cinéma de Jean-Pierre Jeunet. L’émotion, le supplément d’âme de La Famille Tenenbaum est évacué ; il ne reste que le papier peint ou des survêtements vintage, des tournages entre New York, Paris, Londres ou l’Inde, le décorum. 

Un film d’entomologiste

Avec le film d’animation Fantastic Mr. Fox, Anderson parvenait à concilier son obsession du contrôle et une histoire épatante bourrée d’humour et d’émotion. C’est donc de pied ferme que j’attendais son septième long-métrage, Moonrise Kingdom

Présentée en ouverture de Cannes, cette fugue enfantine, doublée d’un conte moral, se déroule sur une île de Nouvelle-Angleterre, en 1965. 

Deux amoureux - un scout surdoué, orphelin déterminé, et une petite rousse de 12 ans - se lancent dans une petite escapade, tandis qu'une tempête menace. Les adultes sont veules, paumés, à côté de la plaque, les enfants font du canoë, se font littéralement foudroyer, s’embrassent sur la plage, découvrent l’amour et la liberté. 

Une nouvelle fois, Wes Anderson nous fait la totale : il y a des travellings millimétrés, une B.O. très coool (Benjamin Britten ET Françoise Hardy), plein de badges sur le costume des scouts, des pyjamas funky, des acteurs neurasthéniques qui jouent comme dans un film de Kaurismaki, un narrateur qui parle face caméra et nous dit ce qui va se passer, bref, le petit théâtre d’Anderson. 

Mais ici, le Texan filme comme un entomologiste, et j’ai eu souvent la désagréable impression d’observer tous ces personnages comme s’ils étaient sous les lames d’un microscope.

Anderson se burtonise

 Si Anderson est doué pour les marionnettes à fourrure, ses enfants ressemblent à des singes savants dont on se fout comme du string de Paris Hilton. On sent qu’Anderson se voudrait poète, mais l’artifice tue l’émotion. De fait, Anderson s’est « burtonisé ». Comme Tim Burton, il se contente de donner un coup de ripolin, d’appliquer son effet de signature à des histoires minimalistes, sans âme, applique ses recettes de commerçant et refourgue sa came périmée pour les cinéphiles bêlant d’admiration. 

J’en suis ressorti déçu, triste, avec néanmoins l’envie de revoir au plus vite La Famille Tenenbaum, histoire de me laver les yeux. 

Moonrise Kingdom de Wes Anderson, avec Bruce Willis, Edward Norton, Frances McDormand, Kara Hayward. 

En salles le 16 mai

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