Ch
Logo

Cannes : Amour et vieux slips

Publié par G Groupe X Bakchich

Une nouvelle Palme d’or pour Michael Haneke, une pluie de récompenses pour les abonnés de Cannes : on ne peut pas dire que Nanni Moretti et son jury aient pris le moindre risque. 

Le festival de Cannes s’est terminé comme il a commencé : sous la pluie. A l’intérieur du « Palais », Bérénice Béjo, moulée dans sa robe de Barbie, parvient à peine à susurrer son texte insipide, toujours écrit par les créateurs de Bref. On en viendrait à regretter sa « performance » dans The Artist Nanni Moretti monte sur scène et c’est parti pour un des palmarès les plus convenus de l’histoire de Cannes. Les sélectionneurs ayant joué la carte de la sécurité avec des vieux briscards de la Croisette, on ne retrouve au palmarès que des valeurs sûres, des cinéastes déjà primés, des professionnels du hold-up. 

C’est parfois drôle, surtout quand la remettante Laura Morante déclare que le prix du jury ira à un « jeune cinéaste dont cette récompense va modifier la vie ». Le jeune réalisateur en question – Ken Loach, hilare - a seulement 76 ans et c’est son cinquième prix à Cannes. J’imagine que cette nouvelle récompense va lui ouvrir une belle carrière…

Les abonnés du festival

De son côté, Matteo Garrone décroche le grand prix du jury pour Reality, un prix qu’il avait déjà obtenu en 2008 pour Gomorra. Carlos Reygadas kidnappe celui de la mise en scène pour Post Tenebras Lux, alors qu’il avait reçu le prix du jury pour Lumière silencieuse il y a cinq ans. Palmé pour 4 mois, 3 jours et 2 heures, Cristian Mungiu repart avec le prix du scénario et un double prix d’interprétation pour ses actrices. Quant à Michael Haneke, il reçoit trois ans après Le Ruban blanc une nouvelle Palme d’or et se voit gratifié par son comédien Jean-Louis Trintignant, de « plus grand acteur vivant », ce qui ne manque pas de faire rosir de plaisir l’austère pépère autrichien. 

Bref, ce n’est plus le festival de Cannes, une surprise-party entre académiciens cacochymes, une séance d’autocongratulation à la maison de retraite. 

Trois surprises quand même

Parmi ce déluge de prix convenus, trois surprises. La Caméra d’or (prix du premier film) pour Les Bêtes du sud sauvage de Benz Zeilin. Un prix d’interprétation ultra mérité pour l’immense comédien danois Mads Mikkelsen, acteur fétiche de Nicolas Winding Refn, vu dans la trilogie Pusher, Le Guerrier silencieux, un James Bond (Casino royale) ou l’épatant After the Wedding. Il avait l’air sincèrement ému et j’espère que ce prix pourra lui éviter d’avoir à tourner de grosses daubes comme Le Choc des titans ou Coco Chanel & Igor Stravinsky. L’autre surprise de la soirée sera le prix de la mise en scène au Mexicain Carlos Reygadas. Post Tenebras Lux a été largement conchié par toute la critique (morceaux choisis ici) et j’ai trouvé formidable la seule prise de risque du jury pour cette belle proposition de cinéma, que l’on a le droit de ne pas aimer, mais sûrement dans de rejeter comme cela a été fait (certains détestaient le film avant même de l’avoir vu, si, si). 

Déception et poésie

Bon, on pourra toujours regretter l’absence de certains films au palmarès (au hasard Holy Motors de Leos Carax, mais sûrement pas le très surestimé et pubard De rouille et d’os), mais la palme à Haneke lui aura permis de nous faire la même blague que lorsqu’il était monté sur scène pour Le Ruban blanc et qu’il avait parlé de « compétition prestichieuse ». Franchement Michael, je n’aurais pas mieux trouvé. 

Au côté d’Haneke, Jean-Louis Trintignant a eu le dernier mot de cette fête de croque-morts. Il était sobre, beau, émouvant, comme d’habitude. Et il a cité Jacques Prévert : 

« Et si on essayait d’être heureux

Ne serait-ce que pour donner l’exemple. »

LE PALMARES DU 65E FESTIVAL DE CANNES :

Palme d'or : Amour, de Michael Haneke

Grand Prix du jury : Reality, de Matteo Garrone

Prix de la mise en scène : Carlos Reygadas pour Post Tenebras Lux 

Prix du scénario : Cristian Mungiu pour Au-delà des collines

Prix d'interprétation féminine : Cristina Flutur et Cosmina Stratan dans Au-delà des collines de Cristian Mungiu

Prix d'interprétation masculine : Mads Mikkelsen dans La Chasse, de Thomas Vinterberg

Prix du Jury : La Part des anges, de Ken Loach

Palme d'Or du court-métrage : Silencieux, de L. Rezan Yesilbas

Caméra d’or : Les Bêtes du sud sauvage, de Benz Zeilin

Mots-clefs : , , , ,

Publié dans la catégorie Médias
Sur le même sujet
Small bakmai12cannesagain2 0 Cannes morose 0
27 mai 2012 Il a plu, on a bu, on n’a rien vu. Bon, j’exagère, néanmoins la quinzaine était placée sous le si...
Small dheepan Cannes : Audiard en force 0
25 mai 2015 Dheepan, de Jacques Audiard, reçoit la Palme d'or Cannes 2015. Voilà, c’est fini ! Après 1...
Cannes : le syndrome de l'imposture 0
25 mai 2009 Syndrome gagnant Loin de moi l’idée de discuter ou remettre en question le palmarès de 62ème fest...
Small jpg jpg affiche festival de cannes 2009 a63af 3 Cannes : « Une compétition prestichieuse » 0
25 mai 2009 « Une compétition prestichieuse ». Ce n’est pas moi qui le dit, mais Michael Haneke, lauréat de l...
Small ebbfchff Palmarès Cannes 014 : Nuri Bilge Ceylan au sommet 0
26 mai 2014 Voilà, c’est fini. Les beautiful people de Cannes ont rangé leurs habits de lumière, leurs robes ...