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Yes, I Cannes : Une pub pour du shampoing qui dure 15 jours

Publié par G Groupe X Bakchich

Et c’est reparti pour une quinzaine de jours de paillettes, de stupre, de stars botoxées, de faux scandales et de vraies conneries, avec, parfois, des vrais bouts de cinéma dedans. 

Cannes, c’est la foire aux vanités, une pub pour du shampoing qui dure 15 jours, le Salon de l’agriculturedes liftings ratés et des acteurs bodybuildés, un truc vulgaire et kitsch où il est plus question d’alcool, de drogue et de sexe que de ciné. Néanmoins, j’adore Cannes. Il y a des acteurs qui vous accordent généreusement des interviews-fleuves de 4 minutes, des starlettes dénudées sur la plage, des crevards qui tentent d’entrer dans toutes les fêtes pour s’irriguer la glotte et bouffer gratos, des dingos, des CRS rigolards avé l’assent, et des journalistes, partout, des journalistes. Des journalistes qui se lamentent sur leur accréditation merdique ; des journalistes qui pronostiquent la Palme d’or dès le premier jour ; des journalistes pique-assiettes (les plus nombreux) ; des journalistes qui profitent de la quinzaine pour tromper bobonne ; des journalistes qui ronflent pendant les projos (j’ai les noms, mais sachez qu’il est très dur de résister à un Angelopoulos à 8 heures du matin, surtout quand on s’est couché ivre-mort à 3) ; des journalistes réunis en groupe en fin de projo pour savoir ce qu’il faut penser d’un film ; des journalistes qui inventent des mini-scandales que tout le monde oublie dans les cinq secondes et des journalistes qui bossent (j’en connais). 

Porn stars, pizzas pas fraîches et des kilomètres de pellicule

A Cannes, j’ai failli emplafonner un corniaud qui gueulait pendant la projo du Gaspar Noé ; ingurgité des tonnes de pizzas dégueulasses et hors de prix ; vu Pulp Fiction en projection officielle, planqué à côté de la cabine du projectionniste, car je n’avais pas l’invitation, tremblant à l’idée que les videurs allaient me virer avant la fin ; interviewé des tas de personnalités plus intéressées par la température de la Méditerranée que mes questions transcendantales ; serré la louche à Dario Argento ; fui devant des attachées de presse hystériques qui voulaient me faire découvrir une comédie « trop déjantée » venue d’Ouzbékistan ; découvert Quentin Tarantino, habillé en manteau d’hiver, qui se faisait des razzias de films lors de l’année de la présentation de Reservoir Dogs ; picolé avec des allumés jusqu’à pas d’heure ; assisté dans un état second à des fêtes absolument décadentes de porn stars ; vu des critiques en venir aux mains pour un film (mais lequel ?) ; retrouvé une femme que j’ai aimé plus que de raison ; découvert avec stupéfaction Luc Besson président ; visionné des kilomètres de pellicule ; dédicacé un de mes livres sur la plage, mais BHL, dans une tente à côté, m’a bouffé toute la clientèle…

Deux films de 2012 avant de commencer… 

Bon, pour cette 66e édition, il va y avoir une vingtaine de films en compét’ et Steven Spielberg, mais le grand moment sera sans aucun doute la montée des marches de Nabilla. Néanmoins, avant le début du grand barnum, je vous recommande deux des plus beaux films de l’édition 2012 : Post Tenebras Lux, de l’époustouflant Carlos Reygadas, et le magnifique Mud

En seulement trois longs-métrages, Jeff Nichols s’est imposé comme un des cinéastes les plus excitants du moment. Son univers : une Amérique rurale hantée par des rednecks imprévisibles, des familles en décomposition et une nature à la fois édénique et impitoyable. Après Shotgun Stories et Take Shelter, voici donc Mud, l’histoire d’Elis, un môme aventureux qui découvre lors d’une escapade sur une petite île du Mississippi un vagabond, Mud, recherché par un gang de tueurs et la police. Enigmatique, dangereux, Mud va utiliser Elis pour tenter de fuir…

Film en liberté, Mud est à la fois très personnel et nourri d’influences souterraines. On pense souvent à Mark Twain, bien sûr, mais aussi à La Nuit du chasseur ou La Balade sauvage de Terrence Malick, une des idoles du réalisateur. En remontant le Mississippi, Jeff Nichols embarque son spectateur au pays de rêves et des terreurs enfantines. Il ose tout, alterne les genres (conte initiatique, thriller…), multiplie les personnages et les ruptures de tons. Malgré quelques faiblesses scénaristiques (Mud tente pendant deux heures de remettre un bateau à flot, alors qu’il n’aurait qu’à prendre celui du jeune héros pour s’enfuir), le film, comme un fleuve sinueux, charrie boue et inconscient, larmes et sang, et surtout des torrents de sentiments. Car Mud, filmé à hauteur d’enfant, est aussi et surtout l’histoire d’un premier chagrin d’amour, de la fin de l’innocence. Et c’est absolument déchirant. 

 
 

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