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Yes, I Cannes (5) : Canet à Cannes

Publié par G Groupe X Bakchich

Après Les Petits mouchoirs, Guillaume Canet se ramasse sur la Croisette avec un polar convenu et interminable tourné aux Etats-Unis. 

Tout le monde veut venir à Cannes et monter les Marches. Nabilla, DSK, Valérie Trierweiler, des artistes, des producteurs, des réalisateurs qui ont des films à présenter, ou pas, des starfuckers, des quidams attirés par le glam et les paillettes, même mon rédac’ chef… Pour pécho, pour faire du business, pour se la raconter dans des habits de lumière, pour avoir enfin son quart d’heure de célébrité warholien.

Mais parfois, Cannes peut se révéler une belle fosse d’aisance et on ne compte plus les équipes ou les personnalités qui se sont fait allumer ou pousser dans le purin. Luc Besson garde encore un souvenir cuisant de la présentation en 1988 du Grand bleu. En 2011, Samy Naceri aurait dû rester chez lui : il est placé en garde à vue pour insultes envers des policiers, se bat devant l’entrée d’une boîte, montre ses fesses à des fans qui veulent le prendre en photo. Sophie Marceau devint quant à elle la risée de l’édition 99 pour un discours fumeux lors de la cérémonie de clôture anthologique (« J’voulais vous parler de de, j’voulais vous parler d’aut’ choses que de cinéma, parce qu’il y a d’aut’ choses d’important que le cinéma et puis, et puis j’ai passé une journée avec des enfants (sifflets) gravement malades et je peux vous dire (sifflets) que le cinéma est une chose qui compte dans le monde, plutôt que de faire la guerre, on fait du cinéma et je vous dis que ça fait rêver les gens, et ça leur donne un… un but, un projet, euh… à court terme et quelque chose qui reste pour toujours, euh…»). 

Le rêve US de Canet, 

le cauchemar du spectateur

Cette année, le sceau de merde semble tomber sur… Guillaume Canet que la critique allume avec une belle ferveur. Après des débuts calamiteux comme acteur (il était mauvais même quand il ouvrait une porte dans Vidocq), Canet est devenu le chouchou du public, scénariste, réalisateur et surtout boy-friend de Marion « Hollywood » Cotillard, bref, c’est le nouveau wonderboy du cinéma français. Comme souvent, la tête du garçon a enflé démesurément après le succès du très maîtrisé Ne le dis à personne. Devenu la bonne gagneuse du ciné français, Canet a écrit et réalisé le lamentable Les Petits mouchoirs, film de potes bas de plafond avec sa philosophie Herta et ses acteurs en roue libre, sans qu’un seul producteur digne de se nom ne lui conseille de relire son script ou de s’adjoindre l’aide d’un vrai scénariste. 

Résultat : un nanar d’une bêtise abyssale, bourré d’emprunts et de clichés, qui a néanmoins séduit 5 millions de spectateurs ! Après ce triomphe, Canet a eu les coudées franches pour son nouveau bébé, Blood Ties, remake US et friqué (on parle de 25 millions d’euros, dont la moitié du budget semble être passée dans les moumoutes, moustaches et rouflaquettes vintage) des Liens du sang (2008), un petit polar de Jacques Maillot dans laquelle jouait Canet. Plutôt que de se coltiner au remake d’un chef-d’œuvre, Canet a choisi de refaire un polar de série, sans odeur, ni saveur particulière, ce qui est plutôt une bonne idée : il semblait pas trop difficile de faire mieux que Maillot. Néanmoins, était-il possible de transformer ce polar vu cent fois (et en mieux) en fresque à la Scorsese ? 

« Bouge ton cul, 

y a un tas de bites qui attendent»

L’action se passe à New York, en 1974. Chris et Frank sont frères. Mais Chris est truand, et Frank un flic intègre. Après la sortie de prison de Chris, Frank le loge, lui trouve un travail et lui offre une seconde chance. Mais rattrapé par son passé, Chris va replonger… Sur le plan du scénario, cette histoire de deux frères que tout sépare est aussi originale et excitante qu’un téléfilm de W9, même si, paraît-il, Canet a été épaulé par James Gray à l’écriture. Les dialogues sont éculés, les situations vues et revues et les personnages des marionnettes sans âme : il y a donc le grand frère irrécupérable, le héros droit dans ses bottes, le pater familias totémique, la sœur compréhensive, et la prostituée au grand cœur, un très beau personnage que Canet a offert à… sa femme qui anone des dialogues poétiques comme « Bouge ton cul, y a un tas de bites qui attendent. »

Si sur Les Petits mouchoirs, Canet avait repompé allégrement Les Copains d’abord de Lawrence Kasdan, il louche cette fois-ci sur les grands polars des 70’s notamment French Connection qu’il a dû visionner en boucle. « J'avais envie surtout d'un cinéma qui m'a fait rêver, qui est un cinéma des années 70 américain, que ce soit John Cassavetes, les premiers films de Martin Scorsese, Sidney Lumet, Sam Peckinpah et surtout Jerry Schatzberg aussi, qui est une grande inspiration pour moi », a déclaré Canet lors de la conférence de presse. Canet a bon goût, c’est certain, mais un cinéphile ne fait pas obligatoirement un grand cinéaste. Malgré des mouvements de grues démonstratifs, une déco impeccable et une photo chiadée, Guillaume Canet a oublié le secret du cinéma qu’il vénère : une bonne histoire avec de vrais personnages. Dès lors, rien ne fonctionne. Le rêve américain de Canet se transforme en cauchemar car son film est convenu, anémique, sans enjeu, et bien trop long. Obligés d’incarner des archétypes, les acteurs serrent frénétiquement les maxillaires ou écarquillent les yeux comme dans un film expressionniste allemand, mention spéciale à Billy Crudup et à la Cotillard. 


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La sortie française du big nanar est prévue pour le 30 octobre. D’ici là, Canet va avoir le temps de revoir sa copie et de couper dans le gras ; on parle déjà d’une vingtaine de minutes qui devraient sauter. 

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