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La vie d’Adèle : Pas Chiche !

Publié par G Groupe X Bakchich

L’éducation sentimentale d’une jeune fille en fleur. Signée Abdellatif Kechiche, une œuvre interminable et pas toujours passionnante, Palme d’or à Cannes. 

- Bon alors, après tout ce bordel autour d’Abdellatif Kechiche, on peut parler du film maintenant ! 

- D’autant plus que mon papier sur « L’AFFAIRE » n’a pas vraiment plu aux intéressés…

- Putain, balance ! 

- Non là, je vais calmer le jeu, sinon je vais avoir de gros problèmes… De plus que je vais t’avouer un truc encore plus grave : je n’aime pas trop La Vie d’Adèle.

- Hein, quoi ? Pourtant, la critique a sorti les cotillons et les langues de belle-mère !

- Je suis désolé.

- Tu veux encore faire ton malin, c’est ton côté seul contre tous, Don Quichiotte. 

- Non, c’est ma faute, je dois avoir mauvais goût…

- Tu es irrécupérable. Bon balance !

- Il faut que j’avoue autre chose.

- Quoi encore ?

- Le cinéma d’Abdellatif Kechiche, me laisse – au mieux – de marbre.

- …

- Putain, y a un blanc, là.

- Bah c’est pas de la radio, non plus ! J’en reste sans voix, c’est pour ça.

- Pardon, pardon, pardon.

- Mais pourtant Tout le monde dit I love Abdel.

- Tout le monde, sauf ses techniciens et Léa Seydoux.

- Tu recommences ; tu vas avoir des problèmes, tu vas avoir des GROS problèmes !

- Ouuuuups.

Lire: La faute à Kechiche

Lire: Kechiche/Clouzot, même combat?

L’artifice tue l’émotion

- Commençons donc par le commencement. Kechiche croule sous les récompenses, accumule César et Palme d’or, c’est le nouveau Pialat, le Truffaut des années 00, le chouchou des kritiks, et toi, obscur scribouillard, tu te pinces le nez…

- Désolé.

- Arrête d’être désolé, c’est toi qui me désoles. Alors, quelles sont tes excuses ?

- Je me suis toujours senti exclu du cinéma de Kechiche. Premièrement, à cause de la forme. Il y a tout d’abord la laideur de l’image, du cadre…

- Mais t’es fou ?

- Moi, un cinéaste qui fait des plans de trois secondes et des séquences de 20 minutes, qui accumule les faux-raccords, avec la caméra qui te file le mal de mer, j’ai un peu de mal. Je ne vois que les coutures, l’artifice. Kechiche veut, paraît-il, que ses comédiens oublient la caméra, mais le spectateur ne voit que ça, la technique, le truc, les effets postcinéma. Impossible dans ces conditions de se laisser aller, d’éprouver la moindre émotion. 

- Après la forme, le fond, c’est ça ?

- Je crois que c’est le mogul hollywoodien Louis B. Mayer qui avait l’habitude de dire « Quand je veux faire passer un message, je vais à la poste. » Je suis toujours un poil gêné par la grâce pachydermique de Kechiche et son côté film à thèse, exercice théorique. Tu as l’impression d’avoir en face de toi un prof un peu sévère qui va t’asséner des choses importantes, fondamentales, sur le République (c’est bien), le racisme (c’est mal), la lutte des classes, le rejet des minorités… Le problème, c’est que souvent tu as l’impression de lire la copie d’un élève de quatrième…

- Il est fou !

- Mais le plus gênant, c’est le manque total d’émotion qui se dégage de ses films. J’ai l’impression de voir les films d’un entomologiste et je t’avoue que je n’ai éprouvé aucune empathie quand j’ai visionné l’interminable La Graine et le mulet ou le très radical La Vénus noire. Les kritiks évoquent souvent Pialat à propos de Kechiche ; mais pour moi, Kechiche, c’est l’anti-Pialat. Je me souviens être sorti en pleurs, le cœur broyé, de la projection d’A nos amours en 1983. Impossible d’éprouver quoi que ce soit d’approchant chez Kechiche, à part un vague mal aux fesses.

Lutte des classes : les pâtes et les huitres

- Donc, tu n’as pas été submergé par l’émotion de La Vie d’Adèle ?

- Bah non, pas vraiment. 

- Bon, le pitch, c’est girl meets girl ?

- Adèle est lycéenne à Lille. Elle s’ennuie en écoutant ses camarades déblatérer sur La Vie de Marianne de Marivaux et après une expérience décevante avec un garçon (oups, une bite en érection à l’écran !), elle tombe raide dingue d’une jeune fille affranchie, Emma (comme Bovary, of course). Elle a les cheveux bleus, parle de Sartre et barbouille des trucs sur des toiles : donc, c’est une artiste. Entre les deux jeunes filles, c’est bientôt une passion charnelle. Elles boivent du lait-fraise, hurlent de rire, participent à des manifs black-blanc-beur, se roulent des gamelles à la Gay Pride, disent des trucs radicaux comme « On lâche rien », bref, c’est la jeunesse des années 00, l’insouciance, l’amour fou. Comme les histoires d’amour finissent mal (en général), le temps passe et, d’ellipses en ellipses, l’amour se fane et les jeunes femmes s’éloignent. Mais attention, c’est à cause de la différence de classes. Adèle est une prolo : ses parents mangent… des pâtes (en plus, Adèle se retrouve tout le temps avec la bouche maculée de sauce tomate car les prolos mangent salement) ; Emma est une bourgeoise (l’horreur absolue pour Kechiche, à égalité avec les bobos branchés de la galerie d’art) : elle est artiste-intello et ses parents mangent… des huîtres. Leur chemin va se séparer : Adèle devient institutrice, Emma expose ses œuvres (des peintures d’Adèle). 

- OK. Tu as bien caricaturé l’histoire, mais Kechiche, c’est le naturalisme, c’est la vie. 

- Il parvient à capturer des moments de grâce, d’abandon. La bouche d’Adèle Exarchopoulos en gros plan, le grain de sa peau, les changements de carnation, des trucs physiques assez beau.

- Ca y est, tu craques…

- Pour ces instants magiques, il faut néanmoins se taper TROIS HEURES de kougloff. Le problème de Kechiche, c’est qu’il est persuadé d’être un génie (maudit, incompris, humilié), alors qu’il devrait écouter (un peu) ses producteurs qui l’implorent de couper. Tout est étiré, répétitif, interminable. Son cinéma n’est pas ample, il est redondant. Kechiche veut dire des choses importantes mais il bégaie. Il cherche la transe du spectateur, il provoque simplement l’ennui. 

« C’est trop bien, Marivaux »

- Tu ne parles pas des scènes de sexe.

- LA fameuse scène dure près de 7 minutes. C’est plutôt beau, mais interminable. Que veut nous dire Kechiche, que veut-il nous faire ressentir ? Nous faire entrer dans la transe, dans la danse ? C’est raté, car la longueur de la scène transforme ce moment d’extase en compétition de gymnastique rythmique, un poil mécanique. J’aurais dû être excité, enivré, fiévreux, j’avais juste envie de regarder ma montre. Kechiche voulait sûrement réaliser la plus grande scène de cul de l’histoire du septième art. J’ai vu des pornos bien plus sensuels, sans parler de L’Empire des sens et de ses scènes d’amour forcément sublimes et d’une fellation à fendre l’âme. Nagisa Oshima, ça te rappelle quelque chose ?

- Bon, tu conclues ?

- Kechiche le naturaliste est un sublime directeur (dresseur) d’acteurs, mais il devrait faire un peu plus confiance à l’intelligence de son spectateur. Le cours sur Marivaux (« C’est trop bien, Marivaux ») pour nous annoncer le coup de foudre qui arrive ressemble au procédé d’un scénariste débutant, indigne du talent d’un génie, non ? Pour vous faire sentir la profondeur de sa pensée, Kechiche surligne et vous tartine des citations de Sartre (tu kiffes l’existentialisme) ou de Sophocle (trop de la balle, le Grec). A l’arrivée, tout cela manque sérieusement de chair, de sang, et d’âme, l’ADN du cinéma de Pialat. 

La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche avec Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. 

En salles le 9 octobre 2013


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