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Monuments Men & Un week-end à Paris : Du neuf avec des vieux

Publié par G Groupe X Bakchich

Des militaires plus très jeunes tentent d’empêcher la destruction d’œuvres d’art par les nazis. Un couple de préretraités britanniques fête leurs 30 ans de mariage à Paris. Humour et émotion : les papys font de la résistance. 

- C’est le mois des vieux.

- T’as pas pris tes gouttes, qu’est-ce qu’il t’arrive ? Tu ne te remets pas de la mort d’Alain Resnais ou tu as vu Diplomatie avec André Dussollier et Niels Arestrup ?

- A deux semaines d’intervalle sont sortis Monuments Men et Un week-end à Paris.

- Et ?

- Et tu as un film avec des militaires entre cinquante et soixante piges et un autre avec un couple de préretraités. Je suis pas trop branché géronto en ce moment, moi…

- Tu as tort. Tout d’abord, George Whatelse n’a que 52 ans. 

- Et il fait un cinéma de vieux.

- Mais t‘as vu 300 : la naissance d’un empire, toi ? Le cinéma de Clooney n’est pas vieillot, il est classique. Ses maîtres sont Howard Hawks, Sidney Lumet, Alan J. Pakula et les grands cinéastes des années 70. Ici, il prend comme référence des classiques du film de guerre comme Les Canons de Navarone, Les 12 Salopards, La Grande évasion ou Seuls les anges ont des ailes d’Hawks. Monuments Men est donc l’anti-Inglourious Basterds. Pas d’Adolf Hitler qui trépigne comme Jacques Villeret, pas de jeu de cartes pendant une plombe, pas d’effets tics et tocs, une mise en scène sobre, refusant l’esbroufe. 

Elégant, drôle et cool, comme Clooney, quoi !

- Pourtant, il a été descendu en flèche par la presse américaine et française.

- C’est assez injuste car George est également un metteur en scène épatant, auteur de longs-métrages passionnants, exécutés sans fioritures. Cette fois, Geoooorge s’en va t’en guerre et affronte des nazis pilleurs d’œuvres d’art. A la tête d’une escouade d’experts et de vieux conservateurs de musée, il sillonne la France, la Belgique et l’Allemagne à feu et à sang, tandis que les nazis cherchent à brûler les trésors volés avant la fin programmée du IIIe Reich et que les Soviétiques veulent mettre la main sur le fabuleux butin.

- OK, mais quid des critiques ?

- On lui reproche tout et n’importe quoi. Ne pas dire clairement que les œuvres d’art ont été spoliés aux Juifs, de réécrire l’histoire à la sauce patriotique yankee, sa trop grande ambition, ses clichés… Tout cela me semble bien sévère. Je n’ai quant à moi qu’une réserve et elle est de l’ordre scénaristique. Après une demi-heure, les Monuments Men se scindent en plusieurs groupes : en France, Matt Damon tente de séduire Rose Valland pour obtenir des renseignements sur les chefs-d’œuvre volés par les nazis, Jean Dujardin et John Goodman se retrouvent sur le front belge, Clooney et les autres sillonnent l’Allemagne. Ce qui faisait la force du scénario (et de celui des 12 Salopards ou des 7 Mercenaires), un groupe d’hommes soudés contre l’ennemi, se transforme pendant une trentaines de minutes en une suite d’intrigues plus ou moins bien ficelées, et pas très bien reliées ensemble. C’est le point faible du film qui réserve néanmoins pas mal de surprises.

- C’est aussi un film à message. 

- Clooney le bogosse signe un divertissement élégant, drôle et cool, à son image, quoi. Et nous gratifie également d’une réflexion sur l’art (peut-on sacrifier sa vie pour une œuvre ?) et d’un message toujours d’actualité sur les vols et les destructions d’œuvres d’art (remember les talibans et les bouddhas de Bâmiyân ou les 1400 peintures retrouvées chez le fils d’un marchand d’art à Munich).

Monuments Men de et avec George Clooney, Matt Damon, Bill Murray, Jean Dujardin.

En salles le 12 mars 2014.

« Je préfère voir la Tour Eiffel à ta saucisse en semi-érection »

- On passe aux retraités en goguette ?

- Arrête, Un week-end à Paris est un très beau film, drôle et émouvant. 

- C’est l’œuvre du scénariste-écrivain Hanif Kureishi (My beautiful Launderette) et du réalisateur Roger Michell (Coup de foudre à Notting Hill). 

- Absolument, les deux hommes ont déjà collaboré ensemble, notamment sur The Mother. L’idée de départ est très simple : un couple de Britanniques mariés depuis 30 ans s’offre un week-end en amoureux à Paris pour tenter de raviver (un peu) la flamme. Ils logent au Plaza Athénée où Nick compte l’argent qu’il n’a pas et Meg s’interroge sur leur probable divorce. Mais si Nick est encore raide dingue de sa femme, celle-ci étouffe, ne supporte plus ses petites manies et son côté velléitaire. Elle rêve d’un repartir à zéro, d’une nouvelle vie. Sans lui…

- Pas très gai. 

- Non. Michell nous balade dans les plus beaux coins de Paris (Montmartre, Montparnasse, le musée Rodin…) et Kureishi cisèle d’admirables vacheries comme « Je préfère voir la Tour Eiffel à ta saucisse en semi-érection », « Je suis un de ces malheureux congénitalement fidèle à sa femme », « Une fois les enfants partis, que reste-t-il de nous ? » Il y a encore ce dialogue : 

- « Les gens ne changent pas.

- Si. Ils peuvent empirer. » 

 - Ca ne respire pas la joie de vivre…

Remords et regrets

- Hanif Kureishi a beaucoup écrit sur le couple et sa plume est trempée dans le fiel, le venin. Il parle formidablement du désir, de la jalousie, de l’espoir, des remords, des regrets, du temps qui passe et ne reviendra plus… Il peut écrire des répliques définitives comme « Je t’aime », avec l’autre qui répond « L’amour meurt » et s’en sortir quelques secondes plus tard avec une pirouette comique. Le film est placé sous l’ombre de Samuel Beckett, et donc la dérision est de mise. D’ailleurs, pendant tout le film, j’ai pensé à cette citation de Beckett : « Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter. » Nos héros ne chanteront pas, ils feront beaucoup mieux. Dans un bistrot popu, ils vont se mettre à danser, avec Jeff Goldblum, comme Anna Karina, Samy Frey et Claude Brasseur en 1964 dans Bande à part, de Jean-Luc Godard. Ils claquent des doigts, tournent sur eux même, retrouvent la chorégraphie du madison culte. Le temps d’un instant, le temps d’une éternité, ils plongent le Paris de Truffaut, de Godard, de Mai 68, ces moments magiques pour les intellos de cette génération. Ils retrouvent leur jeunesse et dansent. C’est simple, c’est beau, c’est une des plus belles séquences que j’ai vues depuis longtemps. 

- OK, je suis convaincu ; c’est donc un film de scénariste.

- Non, car Roger Michell est loin d’être un manchot. Il a tourné Un week-end à Paris en 21 jours et signe un petit bijou d’émotion, qui fonce de la comédie aux larmes, irrigué par la musique de Bob Dylan ou de Nick Drake. Et il dirige deux acteurs absolument géniaux, Jim Broadbent (Cloud Atlas) et Lindsay Duncan (Alice au pays des merveilles), sans oublier Jeff Goldblum, vibrionnant en intello US qui écrit de mauvais livres qui sont des best-sellers.

https://www.youtube.com/watch?v=YiOsW9X-TWw

Un week-end à Paris de Roger Michell avec Jim Broadbent, Lindsay Duncan, Jeff Goldblum.

En salles le 5 mars 2014.

 

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