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Joe : le retour gagnant de Nicolas Cage

Publié par G Groupe X Bakchich

C’est peu dire que Nicolas Cage s’était égaré ces dernières années, enchaînant les nanars et les séries Z improbables. Dans Joe, il incarne un redneck au bout du rouleau qui se lie d’amitié avec un ado. Le come back de l’année.

« Nicolas Cage est le Picasso des acteurs. Et en plus, il a des couilles d’éléphant. » Ce cri du cœur est signé Jim Carrey, un de ses meilleurs amis. Plus sobrement, David Lynch, qui l’a dirigé dans Sailor et Lula, a déclaré : « C’est le jazzman des acteurs. Il peut dire n’importe quoi et être totalement crédible. » Oscarisé pour Leaving Las Vegas, Nic Cage, 50 ans, possède une des filmographies les plus ahurissantes d’Hollywood, quasi schizophrénique, où le meilleur côtoie le pire. Entre trente ans, il a tourné plus de 70 films avec des cinéastes immenses comme son oncle Francis Ford Coppola, David Lynch, les frères Coen, Martin Scorsese, Spike Jonze, Oliver Stone, Barbet Schroeder, Brian De Palma, Ridley Scott, John Woo ou Werner Herzog. Fan de Charles Bronson, Bruce Lee et de Clint Eastwood, il a également roulé des mécaniques dans des films d’action bourrins et régressifs comme Les Ailes de l’enfer, Hell Rider, The Rock, Ghost Rider, Le Dernier templiers où il arbore les coupes de cheveux les plus improbables.

20 ans d’une carrière sous le signe du nanar XXL

Grand fan de punk, ami de Johnny Ramone, Nicolas Cage ne défonce plus ses chambres d’hôtel, ne s’arrache plus de dents pour un rôle et ne mange plus de cafard sur les tournages, mais il ne s’est pas pour autant assagi. Spécialiste des rôles d’allumés et de performances hystériques, il prend tous les risques – même parfois celui d’être ridicule – devant la caméra où il n’aime rien tant que changer d’apparence, pousser son personnage dans ses derniers retranchements et, parfois, improviser. 

Il y a trois ans, Nicolas Cage était de passage à Paris pour la promo express de son petit dernier, Hell Driver, une série Z en relief bourrée de satanistes énervés, de bimbos siliconées et de belles bagnoles, où il incarnait un as du volant revenu des morts. Un nanar XXL, mis en scène par un monteur de films d’horreur, financé sur le seul nom de Nic Cage… À l’époque, je l’avais rencontré pour une des interviews les plus étranges de ma carrière. C’était pour la télé et j’avais négocié une interview fleuve de… 6 minutes chrono. Sanglé dans un très beau costume (Dior ?), Nicolas Cage, hyper concentré, n’a quasiment pas bougé d’un cil durant l’ITV, répondant le plus sérieusement au monde à des questions parfois déconnantes (aucun sens de l’humour ?). J’ai eu plusieurs fois l’impression que le monsieur était en plein jet-lag ou sous influence… Trois jours plus tard, il pulvérisait un restaurant à la Nouvelle-Orléans ! 

Son film préféré ? Le Dernier des templiers !

J’ai commencé par lui demander s’il avait été doublé pour la scène de cul du film. Gros bide, Nic Cage part dans une explication vaseuse, non il ne s’est pas fait doubler, blah blah, sa partenaire a été très courageuse, blah blah… Bref, ça commence très mal. J’enchaîne en lui demandant de m’expliquer ses choix de carrière, entre Scorsese, Lynch et Hell Driver. Pas du tout déstabilisé, il me confie, sans rire : « Mon film préféré est Le Dernier des templiers. » Ce mec qui a tourné dans Birdy, Adaptation, Arizona junior, Leaving Las Vegas, Volte/face, Snake Eyes, Lord of War ou Rusty James a pour film préféré Le Dernier des templiers, un nanar avec des épées en carton, des scènes de désert tournées dans un bac à sable, des armées constituées de 5 figurants qui tournent autour de la caméra et une sorcière moins flippante que Ségolène Royal.

Il enchaîne : « J’aime l’éclectisme. J’aime travailler avec Werner Herzog sur Bad Lieutenant puis enchaîner avec Hell Driver. J’aime les défis. J’aime essayer de nouvelles expériences. L’autre chose importante, c’est que je veux être connecté avec le public. Pas simplement avec les gens qui lisent Cosmopolitan, mais avec les gens dans les huttes. En Afrique, j’ai tourné un de mes premiers films, Le Raccourci, du réalisateur italien Giuliano Montaldo. J’ai découvert que des les plus petites huttes, ils passaient des vidéos de Charles Bronson, Bruce Lee et de Clint Eastwood. Et c’était tout ! J’ai découvert que ce qu’ils traduisaient là-bas, c’étaient les films d’aventures et d’action. C’est pour cela que je fais ce genre de films. Parce que je veux être connecté avec ces gens. » 

Son visage s’est éclairé à deux reprises. Quand je lui ai parlé de musique punk et de Johnny Ramone. « J’aime les Sex Pistols et les Ramones. D’abord les Pistols, puis les Ramones. En devenant ami avec Johnny Ramone, j’ai réalisé l’impact qu’ils ont eu sur le monde. Car sans Johnny, il n’y aurait pas de U2, ils sont les premiers à l’admettre ! Notre amitié entre Johnny et moi s’épanouissait dans le cinéma. Il adorait les films. On parlait tout le temps de films, d’affiches. C’était vraiment un mec bien. » Et surtout quand je lui ai demandé ce qu’il pensait de son film, Hell Driver, et si au moins il l’avait vu ? « Je ne l’ai pas encore vu. Après avoir tourné un film, je passe à autre chose. Je suis plus intéressé par le processus créatif que par le résultat final. En fait, je ne regarde que très rarement mes films. » 

Une performance digne de Brando

Pourquoi ce (trop) long préambule ? Pour revenir sur un acteur de génie qui flingue sciemment sa carrière depuis une vingtaine d’années, même s’il parvient à transformer tous ses films en « Nic Cage movie ». Eh bien, bonne nouvelle, Nic is back. Dans un bon, voire un très bon film, signé d’un auteur étonnant, David Gordon Green (L’Autre rive) et non un tâcheron, Barbu, le corps lourd, fatigué, Nic incarne un redneck texan qui tente d’oublier son passé de taulard, de contrôler ses démons et qui se lie d’amitié avec un môme. Il est, naturellement, extraordinaire ! Si l’ex-enfant terrible d’Hollywood semble aussi magnétique dans Joe, c’est qu’il se met vraiment à nu, dans cette belle histoire de rédemption d’un homme revenu des enfers, une histoire que l’on jurerait parfois autobiographique. Pour la première fois, il y révèle les tatouages de ses deux biceps et, peut-être, ses failles, ses blessures. Taciturne, névrosé, dangereux, il campe un mec paumé, au bout du rouleau, qui n’attend plus rien de la vie. Il fume sous la pluie, attrape un serpent venimeux à mains nues (une scène que Nic Cage a bien sûr exigé de tourner sans trucage), nous balance des scènes d’une intensité brute. Il est encore plus impressionnant quand il ne fait rien, muré dans le silence, assis sur une chaise, aspirant goulûment toute la nicotine de sa clope. Incroyablement sobre, il émane de lui une menace sourde qui contamine l’écran, l’espace. C’est sûr, il n’y aura pas de happy end… Comme dans ses meilleurs films, Nic Cage électrise l’écran, brûle la pellicule, consume le cœur du spectateur. Une performance digne de Brando. 

Joe de David Gordon Green avec Nicolas Cage, Tye Sheridan, Gary Poulter.

Sortie en salles le 30 avril 2014.

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