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Arnold Schwarzenegger : « Je déteste les hommes politiques »

Publié par G Groupe X Bakchich

Pour Sabotage, divertissement bourré et plutôt fun, Arnold Schwarzenegger n’a donné qu’une seule et unique interview à la presse française. Rencontre exclusive.

Aéroport d’Atlanta, novembre 2012

Agent des douanes : Bonjour monsieur. Profession et motif de votre visite aux Etats-Unis ?

Moi : Je suis journaliste. Je viens assister au tournage du nouveau film d’Arnold Schwarzenegger.

Agent des douanes : Arnold fait à nouveau du cinéma ?

Moi : Oui, depuis deux ans maintenant. 

Voilà, c’est un peu le problème d’Arnold. Arrivé au terme de son deuxième mandat de gouverneur de Californie, il a repris le chemin de l’usine (à rêves), après sept ans d’absence à Hollywood. Et tout le monde s’en fout ! Entre-temps, il a divorcé de Maria Shriver, révélé avoir eu un enfant  avec son employée de maison, publié une bio roborative (dans laquelle on découvre un homme d’affaires génial pour qui le cinéma est un moyen comme un autre pour accumuler les millions), annoncé rechercher des rôles plus nuancés (comprendre moins exigeants physiquement) et enchaîné les échecs, malgré de choix très stratégiques. Car même s’il a cartonné dans la série des Expendables où il fait une apparition, Schwarzy est maintenant synonyme de box office poison. Qu’il tourne sous la direction de l’extraordinaire cinéaste coréen de J’ai rencontré le diable, Kim Jee-won (Le Dernier rempart), ou avec son pote Sylvester Stallone (Evasion), Schwarzy, la superstar des années 80 qui exigeait des cachets de 25 millions de dollars, ne fait plus une entrée, suscitant l’indifférence ou le mépris. Pour Sabotage, Schwarzy, roi du marketing, l’a joué très finement. Il tourne de sous la direction de David Ayer, un des talents les plus prometteurs d’Hollywood, à la fois scénariste (Training Day) et réalisateur (End of Watch), et joue dans un film de groupe où il partage l’affiche avec d’excellents comédiens, dont Sam Worthington (Avatar), Mireille Enos (World War Z), Terrence Howard (Prisoners), Josh Holloway (Lost) ou Joe Manganiello (Magic Mike). Malgré cela, Sabotage s’est pris une tôle au box office US (10 millions de recettes le premier week-end, le film sort directement en vidéo dans certains pays comme l’Australie et bénéficie d’une sortie en catimini ici). 

Fin 2012, j’ai donc rendez-vous avec Arnold Schwarzenegger sur le tournage de Sabotage, dans la proche banlieue d’Atlanta, en Georgie. La baraque qu’Arnold et ses hommes vont pulvériser a été construite dans un studio, entouré d’une cinquantaine de camions bourrés de matos divers. Je croise Arnold à la cantine, un hangar avec des centaines de techniciens armés de talkie qui mangent en se marrant des énormes assiettes de barbecue ribs sauce mexicaine. Schwarzy arrive, hilare. Il est énorme, porte un blouson de cuir noir avec un patch Governor, mâchouille un énorme cigare éteint, marche lentement, ses cheveux sont grisonnants et il arbore une coupe de cheveux improbable. « La pire de ma carrière, j’ai vraiment une tête de con avec cette coupe au bol. Je remercie vraiment David Ayer pour sa bonne idée. » Je laisse Arnold déjeuner, je le retrouve près du plateau, après le tournage d’une scène pyrotechnique du début du film, quand lui et sa bande dérobent 10 millions de dollars à un cartel mexicain. 

Arnold Schwarzenegger : Bonjour, je suis Arnold. (Sourire XXL, cigare aux lèvres, il me serre doucement la main)

Oui, je sais. Pourquoi avez-vous choisi de tourner dans Ten (titre de tournage de Sabotage) ?

A. S. : C’est difficile de passer d’un monde à un autre et d’être accepté. Je suis passé par le monde du bodybuilding et je continue à organiser des compétitions. Je suis descendu dans l’arène politique et après huit semaines, j’étais gouverneur. Même chose avec le cinéma. C’est difficile de partir ou de faire un break. Je me souviens quand Jodie Foster a décidé de quitter le cinéma pour faire des études universitaires pendant quatre années, je me suis demandé si elle réussirait un jour son retour. Vous vous mettez vraiment en danger quand vous faîtes cela. Je me suis arrêté sept, non, huit ans. C’est vraiment chouette d’être à nouveau accepté après tout ce temps. Ce projet est parfait car j’aime être bien entouré et j’ai ici un réalisateur très talentueux et de très bons camarades de jeu. Il vaut mieux avoir un bon réalisateur à ses côtés ; j’ai vu tant de mes films partir aux chiottes à cause d’un mauvais cinéaste… Et j’en ai vu d’autres faire des étincelles et pas seulement à cause de moi. J’ai choisi Sabotage car l’histoire était géniale. Mon personnage est passionnant, complexe, et j’avais envie de me frotter à David Ayer. David est à un moment-clé de sa carrière, il décolle, comme Jim Cameron à l’époque de Terminator, John McTiernan au moment de Predator ou Paul Verhoeven quand nous avons fait Total Recall. Tous ces films ont été de gros succès car il y avait à chaque fois un très bon metteur en scène, un artiste au sommet de son art. 

Parlez-nous de votre transformation physique.

A. S. : Pour les cheveux, vous pouvez remercier David (rires). C’est lui qui a refusé que je me teigne les cheveux afin que l’on voit mes cheveux gris (il se marre). J’ai en plus cinq ou six tatouages, des tattoos de Navy Seal ou du Vietnam. 

Comment se passe le tournage ?

A. S. : J’ai été absent des écrans sept ans, mais ce rôle est vraiment bien écrit. De fait, jamais un de mes rôles n’a été aussi bien écrit. Le challenge est plus grand, il faut creuser plus le personnage, bosser. Le fait d’être encadré par d’autres acteurs, d’être un peu une figure paternelle pour eux dans le film, tout cela m’a aidé. Mais bon, je n’ai vu que quelques rushs pour l’instant. David Ayer tourne simultanément avec au moins trois caméras. C’est beaucoup plus fun, même si c’est parfois un peu étrange pour moi. Je ne sais jamais si la caméra est sur moi ou sur un autre acteur, on parvient à l’oublier. En fait, rien à foutre de la caméra : il faut seulement sauver l’otage et ne pas se faire tuer… On est vraiment dans l’action. C’est également très souple, David peut interrompre une prise, me demander de reprendre l’intonation d’une réplique. Vous savez, il y a trois étapes dans la vie d’un film :  le scénariste écrit un film, le cinéaste en tourne un autre, et le monteur fait encore un autre film. Ici, c’est David qui gère les trois postes.

«Sly n’est pas un concurrent, c’est un ami très cher, doublé d’un artiste talentueux»

Le film est-il plus réaliste que vos précédents films ?

A. S. : Absolument ! Dans les années 80, quand Sly utilisait une énorme mitrailleuse, j’allais voir les armuriers de mon film suivant et je leur demandais de me trouver un plus gros calibre ! (rires) C’était n’importe quoi, on se foutait que cela soit réaliste ou pas. Je portais des trucs qui ne pouvaient qu’être montés sur un char et dans le suivant, Sly revenait avec une arme encore plus dingue ! On ne pourrait plus tourner des trucs pareils. Il y avait une compétition entre nous : c’était à celui qui aurait les plus gros muscles, le plus gros calibre, qui tuait le plus de méchants… Mais c’était très sain, cela nous a fait progresser tous les deux. Dans les années 80, la compétition entre nous était exacerbée. Puis, nous nous sommes rendus compte que nous n’en avons rien à branler, nous avons monté la chaîne des Planet Hollywood ensemble et nous sommes devenus les meilleurs amis du monde. Sly n’est pas un concurrent, c’est un ami très cher, doublé d’un artiste talentueux. 

Donc, contrairement à Commando, Le Contrat ou Predator, Sabotage est très réaliste.

A. S. : David ne laisserait pas passer la moindre approximation et si un policier ou un expert visionne attentivement ce film, il verra que nous avons soigné les détails. Nous avons passé beaucoup de temps à étudier les tactiques avec des membres du SWAT, à nous entraîner avec des spécialistes, avec une attention particulière sur la technique, comment recharger une arme, comment la tenir de façon réaliste et non comme Clint Eastwood avec son Magnum 44 dans une main et son sandwich dans l’autre… Au bout d’un moment, vous ne réfléchissez plus comme un acteur, mais vous vous dîtes, qui va sécuriser le coin, passer la porte en premier ? David Ayer sait tout sur les tactiques, les armes, les détails de la vie d’une équipe comme la nôtre, les policiers, les militaires. Il est exactement comme Jim Cameron qui a tout lu, tout vu quand il va tourner un film. 

Vous portez cette veste avec ce patch Governor. Etes-vous toujours impliqué en politique ?

A. S. : Je ne me suis jamais considéré comme un homme politique, je déteste les hommes politiques (rires). Je suis au service des gens, les démocrates aussi bien que les républicains, je suis à leur service. A travers le USG, le Arnold Schwarzenegger Institute, je suis encore impliqué en politique. Mon institut est un think tank et nous réfléchissons sur les politiques économiques, environnementales, les réformes économiques.

«Les studios ne prennent plus de risque, ils tournent des suites, des spin off, des films de super-héros»

Les gens vous appellent-ils encore Governor ? 

A. S. : On m’appelle Arnold, Arnie, Governor, quelle différence ? Au Japon ou en France, on m’appelle même Schwarzy (il se marre). Vous savez, j’ai vécu plusieurs vies, c’est donc marrant de me voir attribuer tous ces surnoms. 

Vous avez commencé votre carrière avec de petits films indépendants, vous avez été la star de blockbusters de grands studios et vous revenez maintenant aux films indépendants. Il y a t-il de la nostalgie dans votre démarche, ou est-ce plus facile pour vous ?

A. S. : Pour être honnête avec vous, je n’ai jamais fait la différence entre la grosse machine d’un studio et un film indépendant. Pour Conan, j’étais vraiment content de faire une superproduction avec Dino de Laurentiis, une grosse coproduction internationale. Après, je n’ai plus tenu compte de cela. Il n’y avait qu’un critère qui m’importait : la qualité du film. Aujourd’hui, le monde du cinéma a changé. Les studios ne prennent plus de risque, ils tournent des suites, des spin off, des films de super-héros… Comme Universal qui veut me faire tourner King Conan ou Triplets

A 65 ans, comment abordez-vous les scènes d’action, est-ce plus difficile ? 

A. S. : Votre corps encaisse moins. Sly et moi avons été opérés de l’épaule le même jour pendant le tournage d’Evasion. Il s’est bousillé l’épaule en courant et en grimpant sur un décor. Il m’a dit de faire attention et donc je me suis échauffé et lors de l’échauffement, je me suis blessé. Lors de l’échauffement, putain, vous vous rendez compte, lors de l’échauffement (il explose de rire).

Sabotage, de David Ayer, avec Arnold Schwarzenegger, Sam Worthington

Petit conseil, allez jeter un coup d’œil sur le site de l’Institut de Schwarzy

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