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Cannes 014 : Un festival sans grâce ?

Publié par G Groupe X Bakchich

Après une cérémonie plutôt insipide, Grace de Monaco a placé le 67e festival de Cannes sous le signe de l’artifice et de la médiocrité. 

Cannes 014, c’est parti. 

Les beaux messieurs ont repassé leur smoking, les belles madames ont rasé leur barbe (Conchita sur la Croisette !) : la pub pour shampoing d'un dizaine de jours peut commencer, sous le regard désabusé de Marcello Mastroianni dans 8 ½

Première épreuve, la cérémonie d’ouverture. Après des années de vulgarité et d’ennui, Canal a rajeuni la chose l’année dernière avec Audrey Tautou en MC gouailleuse et touchante, dans une cérémonie raccourcie, plus enlevée. 

Lire: Yes I Cannes : Sodo sur le Croisette

Cette année, c’est Lambert Wilson qui s’y colle. Bien peigné, petites lunettes, L. W. nous livre dans son plus bel anglais un discours pas vraiment drôle, rarement émouvant, juste insipide. Il tente bien quelques vannes sur « la grande famille psychotique du cinéma », raille les actrices en overdose de botox (« vos pommettes rehaussées au volume si nouveau »), salue d’un « Vos sérénissimes » Nicole Kidman et Tim Roth, plutôt échaudés par l’accueil glacial de leur royal nanar. Puis, dans un long monologue de quatre minutes, il évoque pêle-mêle Alain Resnais, un souvenir perso (son pôpa avait joué dans Une aussi longue absence qui avait reçu la Palme en 1961), Henri Langlois, Robert Desnos et lance « Place au miracle ! » Dans la salle, ambiance de mort : Tim Roth joue nerveusement avec son vapoteur, Gong Li prend la pause l’Oréal, Michel Densiot tente d’ouvrir un œil, des actrices pianotent fébrilement sur leur iPhone… L. W. envoie le magnéto avec les extraits de films de Jane Campion, seule réalisatrice récompensée d’une Palme d’or. Les extraits sublimes s’enchaînent, des images iconiques tirées Sweetie, An Angel at my Table, La Leçon de piano. Soudain, le doute s’installe : Jane Campion n’aurait t-elle plus réalisé un seul bon film après sa Palme en 1993 ? J. C. s ‘embarque dans un petit speech, mais le traducteur semble pédaler dans la semoule : « Cannes, c’est la reine des festivals ». C’est cela… On rentre ensuite dans le vif du sujet avec cinq minutes d’extraits des films en compétition. Eh oui, Cannes, c’est aussi du cinéma… Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça sent le vieux slip, le gros prout arty, et les extraits sont aussi excitants que ma dernière coloscopie. Néanmoins, le western post-apocalyptique The Rover, du réalisateur australien d’Animal Kingdom et Mommy, de Xavier Dolan, avec son format spécial et ses couleurs saturées, sortent du lot. Mais bon, il est difficile de juger d’un film en 15 secondes…

Ca y est, c’est fini ! Alfonso Cuarón et Chiara Mastroianni débarquent sur la scène du Palais et déclarent le festival ouvert. On espère donc un Cannes en apesanteur. 

Lire: Gravity, chef d'oeuvre en apesanteur

Beau comme du Harlequin

Bon, les choses se gâtent quelques secondes plus tard avec la projection de Grace de Monaco. Dès le générique, je me demande pourquoi Thierry Frémaux et l’équipe de Cannes ont choisi cette chose pour ouvrir « le festival le plus prestigieux du monde ». Placer la quinzaine sous l’esthétisme cheap de Grace, sa médiocrité crasse, sa psychologie de roman-photo, c’est simplement incompréhensible.  

Ecrit par un inconnu Arash Amel (The Expatriate, avec Aaron Eckhart), le film se concentre sur l’année 1962. Grace a épousé son prince charmant, mais elle s’ennuie ferme sur le Rocher. Enterrée vivante, elle croit revivre quand le bon gros Hitch vient lui proposer le rôle de Marnie. Ecartelée entre son art et son statut de princesse (ouille), Grace, la dame patronnesse qui préfère construire un hôpital pour les petits nenfants plutôt que de financer le bal de l’année, va empêcher le général de Gaulle d’envahir Monaco, arrêter définitivement le cinéma, et déclarer dans un discours interminable et dégoulinant son amour à la vie et à son souverain. C’est beau comme du Harlequin…

Kidman momifiée 

Pas vraiment aidé par son script, Olivier Dahan fait ce qu’il peut, c’est à dire n’importe quoi. Comme dans ses clips, il enlumine, tente de faire joli… Il a embauché Eric Gautier, chef op d’Into the Wild, pour ciseler une belle image et gommer les rides de son actrice principale, et fait de longs travelings, des plans de grue spectaculaires, une mise en scène bling bling au service de rien, car Grace de Monaco, qui se voudrait une réflexion sur l’art et l’artifice, est simplement un biopic creux et vain. Mais bon, pouvait-on espérer autre chose du réalisateur de nanars comme Les Rivières pourpres 2, La Môme ou Les Seigneurs 

Si Grace de Monaco est dénué du moindre centimètre cube d’émotion, c’est aussi à cause de son actrice principale, Nicole Kidman. Pendant 100 interminables minutes, elle arbore le même air constipé, un sourcil figé dans l’air, les yeux injectés de sang. L’actrice de 47 ans, censée incarner la jolie star de Fenêtre sur cour qui à l’époque en avait 32, semble avoir abusé du bistouri. Pas une ride, mais surtout plus une expression sur son visage impassible, inexpressif. Et quand pour le discours final, Dahan a la mauvaise idée de la filmer en très gros plan, il ne reste plus que l’artifice. Celui d’une mise en scène sans âme et d’une actrice momifiée, incapable de jouer, et encore moins d’incarner. Triste…

Grace de Monaco d’Olivier Dahan avec Nicole Kidman et Tim Roth.

En salles depuis le 14 mai 2014. 

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