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Cannes 014 : Cronenberg se tape Hollywood

Publié par G Groupe X Bakchich

Le retour sur la Croisette de David Cronenberg pour une satire trash, hilarante et dépressive d’Hollywood.

Drôle de parcours que celui du Canadien David Cronenberg. Spécialisé dans la tripaille cérébrale et la série B horrifique, il est devenu un des chouchous de la critique tandis que son cinéma s’émoussait, perdait de son originalité et de sa viscéralité. Abonné au Festival de Cannes, il est venu notamment sur la Croisette pour Crash, gros scandale et Prix du Jury en 1996, Spider ou A History of Violence. Consécration ultime, il a même présidé le jury en 1999. En 2012, il ciselait son diamant noir, Cosmopolis, une fable sidérante et prophétique sur le capitalisme et la déshumanisation. Son petit dernier, Maps to the Stars, satire hollywoodienne trash et hypnotique, à la fois dépressif et rigolard, se situe dans la même veine. 

Réalité augmentée

Dans Maps to the Stars, il est question d’une poignée de zinzins qui gravitent dans le monde du cinéma : une star de 13 ans, clone de Macaulay Culkin allumé et cynique, sa sœur zarbi et pyromane, un gourou-thérapeute, une star sur le retour, un chauffeur de limousine qui veut devenir acteur… L’usine à rêves est un nid de vipères, un asile de dingues où tous les coups sont permis et encouragés, où tout le monde est prêt à tout pour un rôle, un million de dollars, un nouveau tour de manège. La charge est hénaurme, hallucinée et drôle, parfois. Pourtant, le scénariste Bruce Wagner, qui a écrit la série Wild Palms, assure avoir entendu à Hollywood chaque réplique de son film, même les plus dingues, et Cronenberg ricane « ce n’est pas une satire, mais bien la réalité. » Une réalité augmentée, passée à la moulinette Cronenberg. Car ici les Oscars servent à exploser les boîtes crâniennes, des morts apparaissent dans un climat d’inquiétante étrangeté, le réel et le fantasme copulent et se mélangent et bien sûr, il est question, comme au bon vieux temps, de chair, de mutilation, de contamination…

Le problème, c’est que Cronenberg ne dit pas grand-chose de neuf. Oui, Holly-Fucking-Wood est gangrené par les névroses, la folie et l’avidité, mais j’ai l’impression qu’on le savait depuis Eve, The Player ou Boulevard du crépuscule. Reste qu’en l’état, Maps to the Stars est un incroyable exercice de style, tranchant et abrasif, bourré de fulgurances visuelles, avec pourtant une incroyable économie d’effets. Un film bouclé en une vingtaine de jours, et dont le montage était finalisé une journée après la fin du tournage… 

Puzzle mental

Pour donner vie à ce puzzle mental, Cronenberg a dirigé ses acteurs au millimètre, en ne leur accordant qu’une seule prise. Julianne Moore est simplement démente en actrice paumée, hystérique et manipulatrice, qui danse de joie quand elle apprend la mort de l’enfant d’une rivale. Elle s’offre même une scène d’anthologie, lâchant une série de pets en devisant sur ses toilettes. Il y a aussi le jeune Evan Bird, gueule d’ange et langage ordurier (il traite son agent de « pédé juif ») qui finit par étrangler un de ses partenaires. Incroyablement doué, Evan Bird  est filmé comme un freaks et chacune des apparitions donne le frisson. C’est simple, j’avais l’impression de voir un des mutants de Chromosome 3 débarquer à Hollywood, un monstre dans un corps d’enfant, un enfant dans un corps de monstre.

Maps to the Stars de David Cronenberg avec Julianne Moore, Robert Pattinson, Mia Wasikowska, Evan Bird.

Sortie en salles le 21 mai 2014

 

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Publié dans la catégorie Médias
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