Ch
Logo

Cannes 014 : le classique instantané de Tommy Lee Jones

Publié par G Groupe X Bakchich

Dans l’Ouest sauvage, une fermière et un déserteur doivent convoyer trois femmes devenues folles. Un voyage initiatique sublimé par un mise en scène minimaliste et inspirée. 

Tommy Lee Jones a 67 ans, deux expressions (renfrogné et excédé), un visage plus crevassé que Monument Valley, un caractère de cochon et une fâcheuse tendance à terroriser les journalistes ou ses techniciens. Bref, c’est un Texan. « Tommy Lee ne supporte pas les idiots », résume quant à elle la comédienne Hilary Swank. Côté filmo, TLJ affiche une carrière pour le moins bizarre avec plus de 70 films au compteur : une flopée de nanars (Batman forever, Piège en haute mer, Volcano), des machines à pognon comme Le Fugitif, Captain America ou Men in black, des trucs plus intéressants dont plusieurs films d’Oliver Stone, Lincoln… et un chef-d’œuvre, No Country for old Men

Un film sur les violences faites aux femmes

En 2005, il met en scène son premier long-métrage, Trois enterrements, western contemporain inspiré d’une histoire vraie, hommage raté et prétentieux à Sam Peckinpah. Le film fait néanmoins un hold-up à Cannes et neuf ans plus tard, TLJ est à nouveau sur la Croisette, avec son air constipé, ses vannes assassines et son nouveau bébé, The Homesman. Contre toute attente, TLJ rend ici hommage aux… femmes. Il adapte un roman de Glendon Swarthout, auteur de western et de polar, et suit le périple d’une fermière du Nebraska, Mary Bee Cuddy. Indépendante et déterminée, elle accepte de ramener dans un refuge chrétien de l’Iowa trois femmes qui ont sombré dans la folie à force de violences conjugales, de morts violentes ou de privations. La route vers l’Est est semée d’embûches, gangrenée d’Indiens, d’assassins et de violeurs, et Mary Bee va être accompagnée par Briggs, un cow-boy cynique et rustre, un déserteur misanthrope qu’elle a sauvé de la pendaison. 

L’Ouest, le vrai

Pour ce nouveau western, TLJ délaisse les intrigues à tiroir de Trois enterrements, pour un récit linéaire, épuré, une histoire apparemment beaucoup plus simple, un voyage dans l’Ouest, le vrai, avec un twist hallucinant à 30 minutes de la fin. Une odyssée sauvage, doublée d’un récit initiatique, le trip existentiel d’une femme et d’un homme que les épreuves vont bousculer, transformer à jamais. Obsédé par l’authenticité, TLJ décrit la vie à la ferme dans le détail, le quotidien monstrueusement rude des pionniers, dont la survie est suspendue à la prochaine récolte de maïs ou à la mort du bétail, filmée comme un tableau apocalyptique. Au détour d’une image, sans en rajouter, il évoque aussi bien la religion, l’esclavage, le capitalisme naissant, les violences faites aux femmes, résumées en une scène traumatisante, le viol conjugal d’une fermière alors qu’elle dort au côté de sa mère en pleurs. S’il brasse de grands thèmes, TLJ prête la même attention à ses personnages, supérieurement écrits, tous incroyablement humains, car bourrés de failles et de contradictions. Ainsi, Mary Bee, pionnière autoritaire, altruiste, est rongée par l’angoisse de trouver un mari et d’enfanter. Cow-boy solitaire, incapable de trouver sa place dans le monde ou de se projeter dans le futur, Briggs est un des derniers de son espèce dans un monde en pleine mutation. Mercenaire, violent, il va également se montrer doué de compassion. 

Côté mise en scène, TLJ s’inspire cette fois de John Ford, de Clint Eastwood et d’Akira Kurosawa pour les cadres. Pas d’esbroufe, ni de caméra épileptique, TLJ filme ses paysages comme un personnage à part entière, le plus souvent une ligne horizontale entre le ciel et la terre. Avec le directeur de la photographie Rodrigo Prieto (Babel, Le Loup de Wall Street), il compose une image brûlée par un soleil de plomb, à la beauté crépusculaire. Son film s’apparente alors à un western à grand spectacle, un survival, une fable philosophique.

Avec une maîtrise totale du cadre et de l’espace, TLJ parvient à faire naître l’émotion, qu’il immortalise l’infini du désert ou qu’il cadre serré le visage sombre d’Hilary Swank. Car au bout du voyage, il y a l’émotion et une épiphanie. Et bien après la projection, il est impossible d’oublier la mise à nue, dans tous les sens du terme, de Mary Bee, les cris de rage des trois folles, le regard perdu de Briggs, qui ivre de mauvais whisky et remords, danse pour oublier qu’il a tout perdu, et surtout son âme. 

The Homesman de et avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, John Lithgow, James Spader, Meryl Streep.

Sortie en salles depuis le 18 mai 2014.

Mots-clefs : , , , , , ,

Publié dans la catégorie Médias
Sur le même sujet
Small cam ra d sert CINEMA : BEST OF 2014 0
28 décembre 2014 1 UNDER THE SKIN Tombée du ciel, une E.T. sexy séduit des hommes avant de les faire disparaîtr...
Small django unchained poster 0 1 UN ETE AVEC TARANTINO (I): Tarantino parle de Django 0
13 juillet 2013 Pendant l'été, le chroniqueur de Bakchich a préféré se faire dorer la pilule au soleil plutôt que...
Small due cin l The Salvation & Délivre-nous du mal : mauvais genre 0
2 septembre 2014 - Après tous les blockbusters de cet été insipide, voici enfin du cinéma de genre. Pourquoi tu te...
Small bakjan15bessonl Taken 3 : Besson touche le fond 0
23 janvier 2015 Bakchich : C’est encore l’instant Besson. Vous venez de gagner la médaille d’or des César pour vo...
Small jpg tienne On s'fait une toile ? 0
9 décembre 2009 Parmi les films à l’affiche dans les cinémas français mercredi 9 décembre : R.A.S. nucléaire...