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The Salvation & Délivre-nous du mal : mauvais genre

Publié par G Groupe X Bakchich

Double programme avec un western spaghetti danois où il est question de loi du talion et d’Eric Cantona, et un mix entre L’Exorciste et une série policière où le Mal se cache en… Irak.

- Après tous les blockbusters de cet été insipide, voici enfin du cinéma de genre. Pourquoi tu te marres ?

- Ca n’existe pas le cinéma de genre.

- O.K., tu veux faire ton malin ?

- C’est un terme à la mode utilisé par les fans de Tarantino, les critiques branchouilles et les journalistes de Canal.

- Donc, il n’y a pas de films de genre ?

- TOUS les films sont des films de genre. Et ça existe depuis la naissance du cinéma : le péplum, le western, le polar, le film fantastique, jusqu’au film X, le cyber punk, le film d’horreur, le film de yakuza, le torture porn…

- Enfin, tu vois ce que l’on veut dire quand on parle films de genre… 

- Eclaire-moi de tes lumières.

- Du cinéma très typé, de la série B décalée, post-cinéma, quasi du méta-cinéma.

- Donc, pas grand-chose de neuf sous les sunlights… Tu devrais bosser aux Inrocks, toi.

- En tout cas, deux films de genre débarquent sur les écrans, The Salvation et Délivre-nous du mal.

- O.K., un western et un film d’épouvante.

- Mais j’ai l’impression que ce n’est pas un simple western, ni un simple film d’épouvante. 

- C’est vrai, tu as raison, on navigue entre le remix, la copie, l’hommage, le pastiche.

Sergio Leone, John Ford et Eric Cantona

- On commence par The Salvation, un mix entre John Ford et Sergio Leone. 

- Bonne définition. Ils auraient dû écrire ça sur l’affiche…

- Merci. Le film est à la fois très classique et très moderne.

- Le Danois Kristian Levring a étudié le cinéma de John Ford et reproduit quelques plans emblématiques du maître. Sa façon de gérer le décor - qui ressemble à Monument Valley, malgré un tournage en Afrique du Sud – me semble également très fordienne.

- OK pour Ford. Mais il y a aussi du Leone.

- Les impers, les méchants à sale gueule, la violence, même la musique, tout semble sortir tout droit d’un film du grand Sergio. 

- On a donc le meilleur du western classique et le meilleur du western spaghetti…

- … mais les deux ne s’ajoutent pas et The Salvation n’est malheureusement pas un grand western, mais plutôt à un hommage ou un pastiche. 

- Pourquoi ?

- Ce n’est pas parce que tu es un cinéphile que tu es un grand cinéaste. Ce n’est pas parce que tu reproduis des plans entiers de La Prisonnière du désert ou de Quelques dollars de plus que tu tricotes un bon film. Il faut en plus un vrai regard, une vision. Le cinéaste ne peut se résoudre à faire du copier/coller ou alors tu deviens Christophe Gans. Même si je n’aime pas trop Tarantino, il est capable de citer des centaines de films, mais il ne se laisse pas complètement bouffer par ses emprunts et propose un cinéma décalé, pop et personnel, même si je ne suis pas vraiment client.

- Django en est le parfait exemple.

- Absolument. Malgré le cast somptueux de The Salvation, malgré la photographie crépusculaire admirable, le film ne fonctionne jamais totalement, faute à un scénario basique, quasiment sans enjeu.

- Une histoire de vengeance.

- C’est cela : le meurtre de la femme et de l’enfant du héros déclenche un déferlement de violence, comme dans une tragédie antique. Le problème, c’est qu’on l’a vu à peu près 4 569 fois, et souvent mieux, notamment dans les westerns de Clint Eastwood. Kristian Levring ne propose rien de neuf et se contente d’enfiler les clichés comme Mads Mikkelsen dessoude les nuisibles. Le film n’est pas déplaisant, loin de là, il y a même Eric Cantona qui fait un petit coucou. A l’arrivée, The Salvation s’apparente à de vieux chaussons, bien chauds et confortables. On peut quand même préférer des Berluti, des santiags ou des Doc Martens. 

The Salvation de Kristian Levring, avec Mads Mikkelsen, Eva Green, Eric Cantona.

Sorti en salles depuis le 27 août 2014.

L’Exorciste, film terminal ?

- On passe à Délivre-nous du mal ?

- On a affaire à un mix.

- De L’Exorciste, d’accord.

- Et d’une série TV style New York Police Blues

- Drôle de mélange.

- Absolument. Le film décalque le chef-d’œuvre de William Friedkin, ainsi que toutes ses déclinaisons récentes (L’Exorcisme d’Emily Rose, Le Dernier exorcisme et autres Sinister…) et a pour forme les séries policières US, le buddy movie, avec deux flics que tout sépare, blah blah blah… 

- Est-ce que la greffe prend ?

- Bizarrement, ça fonctionne. Comme L’Exorciste, le film débute en Irak, où se cache le grand Satan, c’est connu, mais ici, ce sont des soldats américains qui vont se colleter au Mal. A New York, un flic et un prêtre vont être confrontés à un possédé qui sème la mort. Le film alterne les séquences polar réalistes, efficaces, et des scènes fantastiques parfois flippantes, je pense notamment à une séquence tournée de nuit dans un zoo, réellement terrifiante. 

- Tu n’as pourtant pas l’air emballé.

- C’est difficile de passer après William Friedkin et un film comme L’Exorciste, supérieurement mis en scène.

Irak, Les Doors et sweat à capuche

- Je l’ai revu récemment, je vois mal comment aller plus loin. 

- Tu as raison. A l’époque, Friedkin est à l’apogée de son talent. Les plans, les mouvements de caméra, les cadrages sont millimétrés. L’idée que le diable parle à travers une petite fille avec cette voix à glacer les sangs est tout bonnement… démoniaque. Et Friedkin tourne un climax de 30 minutes, assénant coup sur coup, choc sur choc, dans une chambre d’enfant coupée du monde et transformée en septième cercle de l’enfer. Dans Délivre-nous du mal, le possédé est un soldat qui revient d’Irak. Qu’il porte un sweat à capuche (c’est donc vraiment le démon), qu’il dégueule le sang ou qu’il se grave des hiéroglyphes au burin sur la poitrine, comment pourrait-il faire aussi peur qu’une fillette innocente de 12 ans ? Même chose pour la fin, comment avoir peur alors que l’exorcisme se déroule dans le sous-sol d’un commissariat surpeuplé ? 

- Bon, j’y vais ?

- Oui, car un film d’horreur, ça se déguste en salles, avec 200 personnes qui vibrent à l’unisson ou qui hurlent en chœur. Si certaines idées sont d’une bêtise crasse (la musique des Doors serait l’œuvre du diable), il y a également de très bonnes choses dans Délivre-nous du mal. Quelques plans saisissants usinés par le réalisateur Scott Derrickson, un dangereux récidiviste, déjà auteur du tétanisant Sinister, la prestation impeccable d’Eric Bana qui doit avoir de sérieux problèmes avec le fisc. Et un acteur que j'adore, Sean Harris, qui joue le soldat possédé. Il est fabuleux. Je l’avais repéré dans Harry Brown où il incarnait un junkie famélique, un véritable serpent venimeux, ou dans 24 Hour Party People, dans lequel il se métamorphosait en Ian Curtis, le chanteur de Joy Divison. Ce mec est un génie et ça devrait finir par se savoir. 

 

 

 

 

Délivre-nous du mal de Scott Derrickson, avec Eric Bana, Edgar Ramirez et Sean Harris. 

Sortie en salles le 3 septembre 2014.

 

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