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Interstellar : Kubrick : 2001 – Nolan : 0

Publié par G Groupe X Bakchich

Tandis que la Terre est à l’agonie, un astronaute se lance à la recherche de nouveaux mondes habitables. Trous noirs, failles spatio-temporelles et bons sentiments par Christopher Nolan, le virtuose du néant.

- J’ai l’impression que le messie est redescendu sur terre.

- Hein, quoi ?

- Christopher Nolan, c’est le messie du cinéma pour la critique et le grand public.

- Oui, c’est assez incompréhensible. Les fans sont extatiques devant ses films et ont même menacé de mort le seul critique US qui avaient osé émettre des réserves sur The Dark Knight rises, qui était pourtant un gros nanar, mal écrit (oups les gros trous narratifs, oups, les scènes d’action illisibles). Quant aux critiques, US et français, c’est la surenchère de superlatifs. En gros, Christopher Nolan serait un AUTEUR, le génie ultime du cinéma pop, un mix entre Orson Welles et Stanley Kubrick. Pourtant, son cinéma, c’est  de la série B destinée aux préados de 12 ans, avec un vague vernis conceptuel. Et dire que la critique se pâme comme si c’était du Bergman…

- Bon, tu n’aimes pas le bonhomme, toi.

- Pas vraiment. Oublie un peu les critiques serviles qui récitent les éléments de langage de la Warner et les geeks fous de Batman. Pour moi, Christopher  Nolan, c’est la grande escroquerie du cinéma : un gentil cinéaste, habillé comme un croque-mort ou un comptable, le cheveu bien peigné, qui se prend à la fois pour Kubrick et Shakespeare, un virtuose du néant. J’avais bien aimé Le Prestige, où il compare la mise en scène à un tour de magie, mais le reste de sa filmo me laisse de marbre. Inception est blockbuster lourdaud, boosté aux images de synthèse et au Dolby Atmos, aux séquences repompées sur James Bond ou Matrix. Quant à trilogie Batman, c’est un kouglof assez indigeste, du cinéma mal écrit, pompeux, préfabriqué et bas de plafond. 

- Habillé pour l’hiver.

- Ca me rend malade de voir que ce réalisateur a raflé la mise à Hollywood et peut tourner ce qu’il veut, alors que les frères Wachowski galèrent quand ils veulent filmer Cloud Atlas.

Un scénario plein de « trous de ver »

- Bon, cette fois, Christopher Nolan s’attaque à la science-fiction.

- Après le film de casse et les films de super-héros, voici l’odyssée SF revue et corrigée par le wonderboy britannique.

- Ca se passe quand ?

- Nous sommes dans un futur indéterminé, la Terre est à l’agonie. 

- Comme dans un film de SF sur deux.

- A peu près. Dans l’Amérique profonde, les hommes se consacrent maintenant à l’agriculture et tentent de nourrir une planète sous-alimentée, dont les cultures meurent peu à peu. Ancien cosmonaute devenu fermier, Matthew McConaughey retrouve le chemin d’un centre de la NASA clandestin grâce à de drôles de messages (du troisième type ?) reçu en code binaire dans la bibliothèque de sa fille. 

- Quand même…

- Big boss de la NASA, Michael Caine a un plan : trouver une autre planète habitable pour y emmener l’humanité ou sa descendance. Plusieurs équipages sont déjà partis à la recherche du nouvel éden dans d’autres galaxies, en empruntant un « trou de ver » près de Saturne. 

- Un trou de ver ?

- Une sorte de porte qui ouvre sur une autre galaxie dans le film, un « tunnel dans le tissu de l’espace-temps » selon une théorie du physicien Kip Thorne… Pour partir vers la nouvelle frontière sidérale, Matthew McConaughey doit abandonner sa fille adolescente à qui il promet de revenir. Et c’est parti pour une petite virée dans le cosmos avec trous noirs, planètes hostiles et paradoxes temporels : 1 heure sur la planète océan équivaut à 7 années sur terre. 

- Et ?

- Impossible de t’en dire plus sans te spolier le bouzin. Mais si les critiques évoquent 2001 l’odyssée de l’espace, Interstellar semble repompé sur… Contact de Robert Zemeckis. 

« Les êtres du bulk ferment le tesseract »

- Quoi, ce truc new age avec Jodie Foster et l’alien sur la plage psychédélique ?

- Et Matthew McConaughey ! Il était également question de « trous de ver », des théories de Kip Thorne et d’une tragédie familiale au-delà des étoiles. Avec Interstellar, tu penses partir à la découverte de mondes au fin fond du cosmos et tu te retrouves coincé dans la bibliothèque d’une gamine…

- Ca donne pas envie.

- Et ça dure près de trois heures ! Pour faire un peu scientifique, Nolan te balance des phrases crypto-ésotériques comme « les êtres du bulk ferment le tesseract ».

- Ils avaient un gros budget fumette ?

- LOL ! Et Nolan fait dans la philo à deux balles quand il lance des trucs improbables comme « un parent est le fantôme de l’avenir de ses enfants ». 

- Pas mal, je crois que je vais me la pyrograver celle-ci.

- Je te conseille de l’accrocher au-dessus de ton évier, tu pourras méditer à l’immensité du cosmos en faisant la vaisselle. La meilleure étant le message principal du film : le paradis est un terrain de base-ball et l’amour est un sentiment étrange, venu d’ailleurs, qui transcende tout. Voilà !

- C’est nouveau !

- Et original.

De beaux vaisseaux mais zéro émotion

- Et la mise en scène ?

- Nolan a un budget de 165 millions. Il y a donc de beaux vaisseaux spatiaux rutilants, une planète-océan avec des vagues géantes, une autre avec des montagnes glacées, un trou noir… Mais il ne se passe tellement rien que la mise en scène de Nolan tourne à vide. Il tente parfois de décalquer Gravity, mais n’a jamais la grâce, l’efficacité ou le génie d’Alfonso Cuarón. De plus, Nolan est lourdement handicapé par son incapacité à faire naître l’émotion. Interstellar est un faux film de SF, mais un vrai mélo sur l’amour d’une fillette devenue une femme pour son papounet. Mais Nolan foire quasi toutes les scènes entre les deux personnages et il y a autant d’émotion dans Interstellar que dans une coloscopie. 

- C’est froid comme un Kubrick ?

- Je vois où tu veux en venir. De nombreux critiques, français et US, ont évoqué Kubrick et son 2001. Nolan avait déjà plagié ou rendu hommage à la fin de 2001 dans Inception. Ici, on sent que Nolan veut enterrer le 2001 de Kubrick en faisant un film monumental qui va révéler les secrets de l’univers. Mais son scénario prend l’eau et Nolan a oublié qu’au cœur de tous les Kubrick, il y a un fond : un questionnement sur la nature humaine, une réflexion sur le libre-arbitre… Nolan-les-gros-sabots peut se révéler un artisan doué (Le Prestige était une petite merveille de mécaniques narratives), un technicien avisé, mais sûrement pas un grand cinéaste. 

- Donc ça va cartonner !

- Un budget pharaonique, des effets spéciaux 3D, une musique tonitruante d’Hans Zimmer, plein de vedettes (et une grosse surprise), beaucoup de poudre aux yeux et un message audacieux (rien ne vaut l’amour) : la recette du succès made in Hollywood…

Interstellar de Christopher Nolan avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Michael Caine.

En salles depuis le 5 novembre 2014

 

 

 

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