Ch
Logo

Quand vient la nuit : Des chiens et des hommes

Publié par G Groupe X Bakchich

Dans un bar Brooklyn, des hommes luttent contre les démons de leur passé. Par le réalisateur de Bullhead, un film noir sous tension, porté par des acteurs exceptionnels, dont James Gandolfini dans son ultime rôle.

- Encore une vingtaine de nouveaux films en salles cette semaine.

- Qui peut suivre un rythme pareil ?

- En tout cas, pas le spectateur.

- De plus, une bonne partie des écrans est toujours mobilisée par le Christopher Nolan.

- Donc, sur 20 films, une quinzaine sont directement envoyés au casse-pipe.

- Il y a toute une série de films fragiles comme le nouveau Jean-Pierre Améris, le Respire de Mélanie Laurent, La Prochaine fois je viserai le cœur avec Guillaume Canet ou Favelas de Stephen Daldry. Des films qui auraient pu sortir directement en VoD…

- Et [Rec]4 ?

- Big nanar, atroce, qui enfonce les  derniers clous dans le cercueil de la série. Ou comment flinguer une belle saga horrifique en quatre épisodes. Triste !

- Bon alors, je vais voir quoi cette semaine ?

- Je te conseille un petit polar low profile, très 70’s, Quand vient la nuit.

- Quel mauvais titre.

- Tu as raison, c’est loin d’être original, ça évoque La Nuit nous appartient de James Gray et au moins 2000 séries B. Mais c’était difficile de garder The Drop, bar-dépôt de la mafia des bas-fonds de Brooklyn.

- Il est donc question de mafia et de bas-fonds, pas très original tout ça…

- Pas seulement. Et tout est une question de traitement, tu sais.

- Et là ?

- Aux manettes de Quand vient la nuit, tu as deux hommes. Le maître du roman noir, Dennis Lehane, auteur de Mystic River ou de Shutter Island, qui signe son premier scénario. Et le Belge Michaël R. Roskam, réalisateur de l’immense Bullhead, qui met en scène son premier film américain.

Film noir et mélancolie

- Quand même ! Et donc, le pitch ?

- Très basique, classique, presque du déjà vu. Un barman taiseux et désabusé, Bob, fait son job tous les soirs dans un rad miteux de Brooklyn qui sert accessoirement de « Money Drop » où l’on récolte l’argent sale des paris sportifs de la mafia. Naturellement, la bar se fait braquer et Bob et son cousin Marv, le proprio atrabilaire, se retrouvent au milieu d’une embrouille inextricable qui va faire surgir des gros bras, un chiot, une étrange voisine ainsi que des fantômes du passé.

- Un chiot, une jeune femme et des fantômes, tu me donnes presque envie. Allumeuse…

- En plus, tout est vrai.

- Développe.

- Lehane a adapté une de ses nouvelles (Animal rescue) et réalise un vrai travail d’orfèvre, de brodeuse, en redessinant les schémas classiques du film noir et en jouant avec ses clichés : petites frappes énervées, policiers impuissants mais pas dupes, hommes rattrapés par leur passé, parrains tchéchènes sanguinaires…

- Le bien, le mal, tout ça…

- Bien sûr. Mais ici, pas de grosses fusillades, ni de poursuites de voitures, encore moins d’effets spéciaux 3D, Lehane fait dans l’intime. Les personnages principaux sont donc superbement dessinés, et vont révéler au fil de l’intrigue des failles, un passé complexe. C’est donc admirablement tricoté et Lehane refuse les facilités du cinéma contemporain : il prend son temps, installe une ambiance très noire, écrit des personnages de chair et de sang.

- Ca change des ectoplasmes d’Hollywood.

- Comme dans Cartel, le diamant noir de Ridley Scott et de Cormac McCarthy, Lehane délaisse l’action pour ses concentrer sur ses persos et leurs interactions. Il est donc question d’animaux et d’hommes blessés, de vies perdues ou en sursis, de tragédies existentielles et Lehane fait suinter de quasiment toutes les scènes une sourde mélancolie.

Le dernier film de James Gandolfini

- Derrière la caméra, il y a le jeune cinéaste belge Michaël R. Roskam. Son premier film, Bullhead, était un vrai choc, un film-monstre.

- C’était à la fois un polar agricole, un drame shakespearien, un film sur l’enfance, la barbaque, une comédie grotesque, un western dans les Flandres, un mix hallucinant entre Frankenstein et Taxi Driver.

- Quand vient la nuit n’est sûrement pas aussi surprenant.

- Non, bien sûr. Le film s’apparente plus à un exercice de style. Mais, comme Roskam le reconnaît lui-même, il y a quelques similitudes avec Bullhead, « C’est un film sur le statisme, sur ces gens qui ne veulent plus vivre mais qui existent », assure le réalisateur virtuose. Il joue la carte de la gravité étouffante et de la menace. Il goupille son film comme un cocktail-Molotov et le jette en pleine poire du spectateur à la fin, un peu à la manière de Scorsese lors du règlement de compte de Taxi Driver. D’ailleurs, son personnage principal est une bombe à retardement qui finit par exploser, comme dans Bullhead, dans une ultime scène cathartique Dans l’ombre, le chef op, Nicolas Karakatsanis sculpte la lumière et Roskam vise l’intime, joue la carte de l’émotion, de la mélancolie avec une incroyable économie de moyen. Pas d’effet, pas d’esbroufe, il cadre les visages, radiographie les âmes et regarde les hommes tomber.

- C’est également un incroyable directeur d’acteurs.

- Tu as raison. Dans Bullhead, il révélait l’immense Matthias Schoenaerts, vu depuis dans le Jacques Audiard et le Guillaume Canet. Il lui offre ici un petit rôle, mais complexe, de psycho allumé. Il est une nouvelle fois épatant. Tom Hardy, gueule de Marlon Brando, impassibilité de Bob Mitchum, le verbe rare, porte tout le film sur ses larges épaules. Qu’il prenne dans son blouson son chiot pitbull ou qu’il pète un plomb, il est phénoménal et devrait tout casser avec le prochain Mad Max.

- C’est également le dernier coucou de James Gandolfini, le héros des Soprano.

- Il faut le voir, bouffi d’orgueil dans son fauteuil miyeux, se souvenir des bons vieux jours, quand il était le mâle-alpha du quartier, le chef de meute. « J’étais respecté, j’étais craint. Cela voulait dire quelque chose… » Un mec en bout de course, une ancienne gloire locale, un petit caïd qui sait qu’il est fini et qui tente pourtant d’échapper à son destin. C’est fini, on ne verra plus Tony Soprano. James Gandolfini est mort à 51 ans en juin 2013. Quand vient la nuit restera son dernier film. Dis-moi, tu pourrais manquer un truc pareil ?

[video : http://www.dailymotion.com/video/x29ip76_quand-vient-la-nuit-de-michael-r-roskam-bande-annonce_shortfilms]

Quand vient la nuit de Michaël R. Roskam avec Tom Hardy, James Gandolfini, Noomi Rapace, Matthias Schoenaerts.

En salles depuis le 12 novembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

Mots-clefs : , , , ,

Publié dans la catégorie Médias
Sur le même sujet
Small the sopranos wallpaper  0 Mort de James Gandolfini : « Un génie aux yeux tristes » 0
21 juin 2013 Héros des Soprano, James Gandolfini est mort en Italie à l’âge de 51 ans. Retour sur un immense a...
Small cine bullhead rc 0 Bullhead : la bête humaine 0
22 février 2012 Dans la campagne belge, la dérive d’un éleveur taiseux, mi-monstre, mi-enfant, au sein de la mafi...
Small 12 years a slave 0 12 Years a Slave & Dallas Buyers Club : les stigmates de l’Amérique 0
3 février 2014 Un homme tente de survivre à  l’esclavage, un autre à la maladie qui l’a condamné à mort. Deux fi...
Small cine pire 0 BILAN CINE : LE PIRE DE 2013 0
29 décembre 2013 Après mes chouchous de l’année – le trio gagnant La Grande Bellaza, Cloud Atlas et Cartel - voici...
Small de rouille et dos De rouille et d’os : pas vraiment moignon 0
23 mai 2012 Et si le gros mélo préfabriqué de Jacques Audiard n’était pas le chef-d’œuvre annoncé par la crit...