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The Search : La vie, la guerre, tout ça…

Publié par G Groupe X Bakchich

Pendant la guerre de Tchétchénie, les destins croisés d’un orphelin mutique et d’un jeune Russe transformé en machine à tuer. Le cinéaste de The Artist devise sur la barbarie à visage humain, mais se souille avec un gros mélo embarrassant.

- Tu t’es remis d’Eden, de Mia Hansen-Løve ?

- Depuis longtemps ! Impossible de laisser la moindre nanoseconde de cette chose encombrer mon disque dur cérébral. Direct poubelle !

- Tu vas pas rigoler, je voulais parler de The Search.

- Et ?

- Je sais que tu n’aimes pas beaucoup Michel Hazanavicius.

- C’est rien de le dire.

- Mais pourquoi tant de haine ?

- Michel Hazanavicius m’indiffère. Depuis Le Grand détournement, une compil’ constituée de morceaux de films US avec un doublage zinzin, son fonds de commerce est placé sous le signe de la relecture, de l’hommage parodique ou du décalage si tu es sympa. 

- Humour Canal oblige.

- Le fameux humour Canal… De fait, Hazanavicius est le roi de la récup. C’était drôle avec Le Grand détournement, déjà un peu moins avec les OSS 117.

- Je suis assez fan.

- C’est bien fait, mais ce n’est plus un hommage, c’est du copier/coller. Hazanavicius connaît parfaitement les films d’André Hunebelle ; les décors sont donc soignés, avec une belle photo, des costumes vintage et il repompe intégralement les cadres, les mouvements de caméra, la musique lounge des OSS originaux. Comme  un alchimiste, Hazanavicius  tente de transformer la merde en or – le matériau d’origine est vraiment médiocre -, avec une performance hénaurme de Jean Dujardin. 

 

- Ca fonctionne, c’est efficace.

- Peut-être, mais ça tourne à vide. De plus, je suis plus gêné par le discours. Son idée de génie : faire des « vannes interdites » sur des minorités, les Arabes dans le premier OSS 117, les Juifs dans le second. Avec un ancien auteur des Guignols, il balance à propos de la Shoah des vannes comme « Ah oui, quelle histoire, ça aussi ! » Kolossale finesse, grosse rigolade… 

- Et The Artist ?

- Une cata. Hazanavicius décalque les classiques des années 20, Chantons sous la pluie, avec un noir et blanc sublime, le muet, le format 1 :33. Mais c’est juste un gimmick. Hazanavicius veut refaire du Murnau, du Lang ou du Chaplin, mais il a oublié un scénario. Tout dans la forme, rien dans le fond. Hazanavicius est juste un faussaire, pas un cinéaste ! Il peut recopier, mais en aucun cas transcender.

2H 20 de supplice 

- Et The Search ?

- Là, ça devient carrément pathétique avec ce mélo sur fond de guerre en Tchétchénie.

- Il aurait pu la jouer pépère et réaliser OSS 23 ou The Artist 48.

- Tu as raison. Mais une nouvelle fois, Hazanavicius se contente de repomper plusieurs films.

- Raconte.

- Il s’inspire d’un film hollywoodien oublié, Les Anges marqués (The Search) de Fred Zinnemann (1948), dont il transpose l’intrigue en Tchétchénie en 1999 et tente de raconter deux histoires en parallèle : un orphelin de neuf ans qui tente de survivre aux horreurs de la guerre et un soldat russe métamorphosé en machine à tuer. Encensé par la critique pour The Artist, lauréat d’un Oscar, Hazanavicius veut prouver qu’il est un grand auteur et tente l’option film choral, avec une forme kaléidoscopique. Il multiplie donc les personnages et les arcs narratifs au risque de se (nous) perdre : Raïssa, la sœur du môme qui le cherche parmi les milliers de déplacés, Carole, une Française chargée de mission pour l’Union Européenne, une Américaine top sympa responsable de la Croix-Rouge… Mais rien n’est abouti, tout cela reste très simpliste et il n’y a qu’un truc qui semble l’intéresser, faire son malin et relier in fine tous les fils narratifs (comme Paul Haggis dans Collision) après 2H 20 de supplice, pendant le générique de fin. 

 

Une œuvre sous influences

- Et ?

- Hazanavicius commence par décalquer The Kid de Chaplin, avec les aventures du môme mutique sur les champs de batailles. Tout y passe : l’assassinat des parents devant les grands yeux pleins de larmes de l’enfant, le môme obligé d’abandonner son tout petit frère, obligé de regarder des cadavres, obligé de mendier pour manger… Puis, il y a le personnage embarrassant incarné par Bérénice Bejo. Hazanavicius voudrait mettre en scène un film romanesque sur la guerre, la vie, tout ça, mais il reste scotché sur sa femme, Bérénice Bejo donc. Ce n’est plus l’histoire d’un orphelin au milieu du chaos, ni l’histoire d’un conflit, mais celle d’une dame patronnesse qui semble découvrir l’horreur. Toujours sur le registre de la crispation, Barbie Bejo ouvre grand ses yeux quand elle est étonnée, apeurée, choquée, traumatisée, pleure à l’occasion, bref, une performance tout en finesse. Il faut dire qu’elle n’est pas aidée par des dialogues consternants comme « T’as de la chance de ne pas être dérangé par ta famille ! » qu’elle balance au môme orphelin.

- Tu disais qu’Hazanavicius a copié plusieurs réalisateurs. 

- Il y a des emprunts divers et variés. Le début en vidéo ressemble au Redacted de Brian De Palma, les plans du môme dans les ruines évoquent bien sûr Allemagne année zéro de Rossellini et une large partie du film semble décalquée sur Full Metal Jacket de Stanley Kubrick.

- Quoi ?

- Hazanavicius veut te montrer comment on lave le cerveau des soldats. Parallèlement à l’histoire du môme, il raconte donc la descente aux enfers de Kolia, un jeune Russkoff cool (il fume des joints), enrôlé de force dans une armée qui va progressivement le déshumaniser, le changer en tueur assoiffé de sang. Le problème, c’est que Kubrick a épuisé le sujet en 45 minutes d’un chef-d’œuvre qu’Hazanavicius n’arrivera jamais à approcher, même s’il tente de copier le moindre plan à la steadycam de Full Metal Jacket

Un téléfilm boursouflé

- On parle mise en scène ?

- Ca va être rapide.

- Fonce ! 

- Malgré le budget, l’ambition, ce truc boursouflé ressemble à un téléfilm. Hazanavicius tente l’option documentaire pour te plonger au cœur des ténèbres, mais il n’a pas de vision, pas de point de vue, pas de personnalité. Il multiplie les axes, les caméras, les effets, mais il n’a aucune idée. Il filme les cadavres ou les larmes en gros plan, fait de l’enluminure, de la belle image marronnasse, pour tenter de masquer la pauvreté, la candeur et le vide de ce scénario bancal et indigeste,. 

- Mais c’est émouvant, au moins ?

- Ma jolie voisine a pleuré pendant toute la séance. Quant à moi, rien, nada.

- Tu es un cœur de pierre.

- Je ne pense pas. Tout est construit pour que tu fondes en larmes et bien sûr, je n’ai jamais fonctionné… C’est tellement lourd – entre Claude Lelouch et Alexandre Arcady – que le film se vide de toute émotion et que tu restes extérieur aux horreurs.

- Bon, un truc à ajouter ?

- À Cannes, le film s’est fait laminer par la critique. Depuis, Hazanavicius a coupé 17 minutes, mais le truc reste toujours aussi interminable. Pour essayer d’endiguer les mauvais articles, le marketing a eu une idée géniale : multiplier les projos publiques et saturer le net avec des articles écrits par les spectateurs. C’est ainsi que sur L’Express, tu as une succession de critiques forcément laudatrices de fans qui encensent le machin. Bravo Thomas Langmann, bravo l’artiste. 

The Search de Michel Hazanavicius avec Bérénice Bejo, Annette Bening, Maxim Emelianov, Abdul Khalim Mamatsuiev. 

En salles depuis le 26 novembre 2014

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