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White God : La révolte des chiens

Publié par G Groupe X Bakchich

Dans une Hongrie en plein chaos, une ado va tout tenter pour retrouver et sauver son chien. Primée à Cannes, cette fable emprunte aussi bien au film pour enfants qu’au thriller et au film d’horreur. Rencontre avec son réalisateur, Kornél Mundruczó.

D’où venez-vous, que faisaient vos parents ?

Kornél Mundruczó : Je suis né il y a 39 ans. La Hongrie est un pays très centralisé, il y a Budapest et le reste du pays. Je suis un provincial, j’ai passé mon enfance dans une petite ville pas très loin de Budapest. Mon père est Roumain, ma mère est Hongroise, mes parents étaient intellos. Mon père travaillait à la direction de la poste, ma mère enseignait. Il n’y avait aucun artiste dans ma famille. 

Adolescent, vous aimiez le cinéma, l’art ? 

K. M. : Dans cette petite ville provinciale, il n’y avait pas grand-chose à faire. Mais la culture était très présente. Nous avions des expos, des concerts, des films, du théâtre… Dans les maisons de la culture, on voyait tous les films : des grands films américains, Terminator, des films d’auteur, des films commerciaux… Avec mes potes, nous sommes tout simplement devenus des fans de culture, mais il n’y avait rien d’autre à faire. A 12 ans, je dessinais, je peignais, mais je ne me trouvais pas assez doué. 

Qu’avez-vous fait après le bac ?

K. M. : Je n’avais qu’une idée : fuir cette petite ville. Je pensais trouver la rédemption à Budapest. Je n’avais pas beaucoup de projets et j’ai décidé de passer l’examen d’entrée du conservatoire en tant que comédien. Je pensais que c’était facile, que je n’avais pas besoin d’avoir de talent. J’ai donc commencé comme comédien mais j’ai vite compris que je voulais diriger les autres et non pas jouer. J’étais très déçu par le jeu théâtral, trop stylisé, sans rapport avec la vie réelle. J’avais 21 ans et j’ai compris que c’était le cinéma qui m’intéressait. 

Quelle est la situation du cinéma hongrois ?

K. M. : Depuis 100 ans, il y a une grande tradition de cinéma hongrois. Les Hongrois aiment le cinéma. Nous avons quelques personnalités iconiques comme Béla Tarr ou Miklós Jancsó. Quand on parle du nouveau cinéma roumain, on peut trouver un langage commun aux différents réalisateurs. Cela n’existe pas en Hongrie. Nous avons un cinéma très diversifié, très riche. La production ciné s’est arrêtée il y a cinq ans avec le changement de gouvernement. La production redémarre et il doit y avoir entre 10 et 20 films par an.

Comment faites-vous pour faire financer vos films ?

K. M. : Je tourne de petits budgets et ce sont des coproductions avec trois ou quatre pays. J’ai gagné la confiance des financiers et il ne m’est pas très difficile de monter mes films qui coûtent entre 1 et 2 millions. 

56 jour de tournage, 42 pour les chiens

Combien de jours de tournage pour White God ?

K. M. : 56 jours, mais 42 jours uniquement avec les 280 chiens, 18 jours avec les humains. Ce sont les chiens qui ont coûté cher… (rires)

White God est très différent de vos précédents films, même s’il y a toujours un côté allégorique. 

K. M. : Je n’ai pas arrêté de travailler pendant dix ans et j’avais l’impression d’être arrivé à la fin d’un cycle. En fait, Tender Son : The Frankenstein Project est venu clore un chapitre de ma vie de cinéaste. J’ai eu envie de trouver un nouveau langage filmique, d’expérimenter de nouveaux genres et parler de la réalité dans laquelle je vis. White God est donc un mélange d’aventure, de vengeance, de révolte et d’héroïsme, mais il s’inspire aussi des rapports sociaux absurdes, de plus en plus durs, que nous connaissons aujourd’hui. Dans le chaos absolu qu’est devenue l’Europe de l’Est, la vie ressemble à un soap-opera pour les uns et à un thriller pour les autres. Parallèlement aux avantages discutables octroyés à certains par la mondialisation, je pense qu’un système de castes se dessine de plus en plus clairement : la supériorité est vraiment devenue l’apanage de la civilisation blanche occidentale et il est presque impossible pour nous de ne pas en abuser. 

 

Quelle est la réalité de la Hongrie contemporaine ?

K. M. : Tous vos stéréotypes sur les pays de l’Est ne sont plus valables. Ce n’est pas un monde mélancolique, pas du tout, c’est un monde sans unité, extrême où tout va très vite. Les gens ont très peur pour leur vie. L’extrême-droite gagne du terrain, comme partout en Europe. Il y a une menace très grave sur le pays et notre gouvernement joue un drôle de jeu avec l’extrême-droite. White God est le plus hongrois de tous mes films. Et mon film le plus international. La meute des chiens du film, c’est une réponse à la montée des extrémismes, les chiens incarnent les minorités qui se rebellent. Mon film attire l’attention sur le danger qui guette la Hongrie.

L’influence de Coetzee

Vous avez dans le film tout un discours sur les sangs purs et les bâtards. 

K. M. : C’était très important. Lors des 30 dernières minutes, les masses se révoltent, la grande peur actuelle des pays européens. Et ils ont raison d’avoir peur. Je cherchais des images emblématiques pour représenter cela. C’est ce qui nous attend si nous persistons à refuser de comprendre les autres espèces, nos adversaires ou les minorités. Ce n’est qu’en nous mettant à leur place que nous aurons une chance de déposer les armes.

Votre titre est-il inspiré du White Dog de Samuel Fuller ?

K. M. : Malheureusement, je n’ai découvert le film de Sam Fuller que récemment. Cela dit, je l’ai toujours considéré comme un très grand artiste. J’adore la façon dont il manie le film de genre et je suis très sensible à son approche de la société contemporaine. Mais concernant White God, le point de départ vient de l’auteur sud-africain J. M. Coetzee. Après l’apartheid, il a beaucoup écrit sur la responsabilité de l’homme blanc. De plus, je ne voulais pas un titre trop illustratif… Toute l’histoire est racontée du point de vue des chiens en tant qu’espèce soumise aux discriminations de race par les hommes. Qui se comportent comme s’ils étaient des dieux.

Vous changez de genre pendant tout le film. White Dog commence comme un film pour enfants, puis on se retrouve dans un film de SF ou un film d’horreur à la fin. 

K. M. : Il ne s’agissait pas vraiment de mélanger les genres cinématographiques, mais plutôt de les réinterpréter. J’ai pensé qu’aligner plusieurs genres au service d’une même idée directrice serait un défi intéressant à relever. Est-il possible d’utiliser des stéréotypes pour véhiculer de véritables idées ? Parfois, les niveaux de lecture sont si proches qu’ils s’interpénètrent. Mais tous ces éléments nécessitent une idée principale pour être reliés de façon cohérente, celle des minorités opprimées.

Quels sont vos goûts cinématographiques ? 

K. M. : Ma grande référence est Rainer Werner Fassbinder. Récemment, j’ai beaucoup aimé Under the Skin, un grand pas en avant. Pour White God, deux films m’ont beaucoup influencé : Jurassic Park de Steven Spielberg et Au hasard Balthazar de Robert Bresson. 

White God de Kornél Mundruczó avec Zsófia Psotta, Sandor Zsoter.

En salles le 3 décembre 2014.

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