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Le Beverley : dernières séances du X

Publié par G Groupe X Bakchich

A deux pas du Grand Rex, le Beverley, dernier cinéma X de France, continue de projeter ses pornos vintage - avec Brigitte Lahaie et sexes non épilés - des années 70-80. Rencontre avec le propriétaire de la salle, Maurice.

Dans la cabine du Beverley, à deux pas du Grand Rex, rue de la Ville Neuve, on entend le doux ronronnement d’un projecteur antédiluvien. Le Beverley doit être un des derniers cinémas équipés d’un projecteur 35 mm et c’est assurément le dernier cinéma porno de France. Dans la cabine, Maurice, 72 ans, proprio de la salle, caissier, projectionniste et assistante sociale à l’occasion. Il est 12H15, Maurice installe la lourde bobine – 15 kilos – d’Esclave pour couple (Claude Pierson, 1980). Le rideau de fer est encore baissé et dehors, les premiers spectateurs – que des hommes aux cheveux blancs – s’impatientent. Maurice lance la chanson du Beverley, lève le rideau de fer, s’installe derrière son minuscule comptoir (le paquet de Kleenex est à 60 centimes) et vend ses premiers tickets (12 euros le double programme permanent, aujourd’hui Esclave pour couple, donc, et Baise les filles et sodomise-moi, également connu sous le titre de Trois hommes et un cul fin, un Jean-François Davy cuvée 1986, avec Alban Ceray). Maurice allume son projecteur américain, un Ballentyne, qui est là depuis la nuit des temps ; la bobine commence à tourner miraculeusement et sur l’écran du Beverley, une romancière paraplégique arrive en Rolls dans une villa en bord de mer. Il y a une vingtaine de spectateurs dans la salle. Que le spectacle commence…

Regarde les hommes bander…

« Avant d’être un cinéma porno, le Beverley a d’abord été la salle de danse du restaurant mitoyen, l’ancienne Brasserie Auvergnate, dont l’entrée était sur le boulevard Bonne-Nouvelle. Le jeune André Verchuren y a fait ses débuts. » Dans les années 50, ce petit cinéma de quartier s’appelle tout d’abord le Bikini. A cause de la proximité du Grand Rex qui monopolise les premières exclusivités, le Bikini passe des westerns, des films d’aventures, puis des films d’horreur et enfin des films X en 1974.

 

Pour Maurice, tout commence il y a une trentaine d’années. « Avant de venir ici, je n’avais jamais mis les pieds dans un cinéma érotique. Je bossais comme directeur de complexe en banlieue nord. J’ai vu une annonce et je pensais que c’était un poste du directeur pour le Grand Rex. C’était le Beverley ! J’ai sauté le pas et en 30 ans, je n’ai jamais eu l’impression de travailler. Quand mon patron est parti, j’ai repris le cinéma. Je bossais 6 jours sur 7, 15 heures par jour de 9h du matin à minuit. Dans les années 80, ça marchait très bien, avec 1500 clients par semaine. Aujourd’hui, si je fais 700 entrées, je suis heureux. A 20h, il n’y a plus personne, notamment à cause du stationnement. J’espère encore bosser un an ou deux, tant que je pourrai porter mes satanées bobines. » 

Sur l’écran, une scène assez bandulatoire : une homme avec un masque de grenouille et un autre avec un masque d’âne pistonnent une jeune femme bien en chair dans les bois, sous les yeux d’une autre qui profite du spectacle dans sa Rolls. Dans la salle d’une centaine de places, c’est un ballet incessant d’hommes qui filent vers les toilettes. Pour quelles raisons ? « C’est la prostate, assure Maurice en se marrant. Un problème avec les toilettes et je ferme le cinéma une semaine. » 

« Il faudrait être malade pour reprendre ce business. »

Au Beverley, Maurice ne passe que des films 35 mm des années 70-80. « Pour les copies, j’ai un distributeur à Lyon qui a un stock de 150 films, pas vraiment en bon état. Beaucoup de copies sont abîmées, il manque parfois des scènes entières. Cela me coûte 1000 € la semaine. Le dernier film du stock est Les Lolos de la pompiste, de John Love, qui date de 1991. J’ai souvent des problèmes de cassure, les pellicules sont fragiles et certains opérateurs ont malmené les copies. Les originaux sont à la Cinémathèque, une grosse partie en tout cas. Dans ces films, les femmes n'étaient pas rasées, elles n'avaient pas la poitrine refaite - bref, des femmes qui ressemblent à des femmes - et on n'utilisait pas le préservatif. »

Certains spectateurs restent 15 minutes, d’autres assistent aux deux projections in extenso. Maurice connait pratiquement toute sa clientèle et appelle certains spectateurs par leur prénom. « Tous les milieux socio-professionnels fréquentent la salle. Nous avons des retraités comme des profs de médecine. Autrefois, beaucoup de VRP passaient l’après-midi, une fois leurs contrats signés, au Beverley ! Des habitués viennent depuis 30 ans. Et parfois aussi des jeunes qui veulent découvrir du cul vintage, pour changer du porno sur ordinateur. Nous organisons des soirées couple les jeudi et samedi à 22h. Certains clients viennent parfois lire une page de poésie érotique. D’autres me rapportent des statues érotiques de leurs vacances ou des livres. » 

Dans sa cabine, Maurice vend ses tickets et surveille d’un œil la projo, en priant pour éviter la cassure. Sur l’écran, ça halète, ça s’étreint, et ça jouit sans entrave. Néanmoins, ici, c’est la dure lutte du Beverley ! Depuis 1975, une lourde taxe frappe les films X et exclut les salles qui les diffusent de toute subvention publique. « Pourtant, c'est le porno qui a sauvé le cinéma d’art et d’essai dans les 1970. Je suis taxé à 33%. Il faudrait être malade pour reprendre ce business. Je fais de la résistance, Papy fait de la résistance ! J’ai 72 ans. La retraite m’ennuie, la campagne me gonfle, c’est trop bruyant. Je suis plus tranquille dans mon ciné. Et je fais plaisir à mes clients qui me disent « Maurice, qu’est-ce qu’on va faire quand tu seras parti ». Donc tant que je peux porter mes bobines de 15 kilos, je continue ! »

Le Beverley

14 Rue de la Ville Neuve, 75002 Paris

01 40 26 00 69

http://www.le-beverley.info/home

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