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Les Nouveaux sauvages : pétage de plombs, mode d’emploi

Publié par G Groupe X Bakchich

Damián Szifrón, 39 ans, a réalisé le plus gros succès de tous les temps dans son Argentine natale, Les Nouveaux sauvages. Produit par Pedro Almodóvar, ce film à sketches transgenre - à la fois thriller, comédie et gore - dévoile une série de pétages de plombs divers et variés. Noir, bête et vraiment méchant.

Parlez-moi de votre enfance ?

Damián Szifrón : Mes grands-parents sont des juifs Polonais. Ils sont arrivés en Argentine après la Seconde Guerre mondiale, sans rien du tout. Dans son enfance, mon père était très pauvre, À 12 ans, il travaillait dans une salle de cinéma et transportait les bobines. Il pouvait regarder gratuitement les films et il est devenu cinéphile. Il a ensuite réussi dans la vie, il avait un bon business et à la maison, nous avions tout. Dès qu’il a eu un peu l’argent, il a acheté des caméras Super 8, VHS, tous les formats, des magnétoscopes. Dès mon enfance, j’ai regardé une quantité astronomique de films. Le tout premier souvenir de mon enfance, c’est d’être dans une salle de cinéma, en train de visionner le Superman de Richard Donner. J’avais 3 ans quand je l’ai vu. J’ai commencé ma vie avec Superman.

A 9 ans, vous faisiez de petits-courts métrages d’horreur inspirés d’Halloween ou de Psychose, mais cela faisait rire votre famille. Un peu comme Les Nouveaux sauvages, un film quasi d’horreur qui fait rire. 

D. S. : (Rires) Mais pour celui-ci, je suis content que les gens se marrent. Dans mes courts, la star était mon cousin et ma grand-mère riait quand elle voyait ça, elle ne voyait malheureusement pas l’horreur. C’était l’été 1985 ou 86, mon cousin m’avait dit qu’avec un ami et une caméra VHS, il avait déjà bricolé un film. Cela a été une révélation et j’ai compris qu’avec les caméras de la maison, je pouvais créer de la fiction. J’ai alors essayé de recréer des films d’Hitchcock, notamment Les Oiseaux. Je filmais un oiseau, puis j’attendais qu’un autre arrive et un autre, comme dans le film. Assez long comme procédé…

Vous êtes je crois un vrai fan des films des années 70 ?

D. S. : Absolument ! Dans ma liste de mes films préférés, il n’y a quasiment que des films US. Le Parrain, Les Dents de la mer, Psycho, Vertigo, French Connection, Network, de Sydney Lumet, un de mes préférés. Brian de Palma est aussi un réalisateur que j’adore. Il y a bien sûr des cinéastes argentins que j’aime, comme Fabien Bielinski, et dans les années 50, Mañuel Romero, Luis Alarki, Daniel Dinar… 

Pourquoi avoir commencé par la télé ?

D. S. : C’est un accident. J’étais très jeune, je venais de terminer une école de cinéma et je suis devenu assistant de production à la télé. Je connaissais la télé de l’intérieur et je me suis dit qu’avec les mêmes compétences, la même énergie, je pourrais créer des fictions. Nous avons fait le pilote d’une série, Los Simultadores, qui est devenu un gros succès. C’était l’histoire de quatre mecs dans une équipe comme Mission : impossible ou L’Agence tous risques, mais ils ne se battaient pas, ils arrivaient à résoudre les problèmes du quotidien en truquant la réalité, en créant une réalité alternative. 

L’idée, c’est de créer quelque chose

Vous étiez scénariste et producteur.

D. S. : J’ai tout appris à la télé, tout. En télé, il fallait que je produise, filme, monte… C’était naturel de tout faire. C’est devenu ma façon de faire, je ne pas séparer l’écriture de la mise en scène ou du montage. L’idée, c’est de créer quelque chose. Si vous êtes cuisinier, vous allez au supermarché, vous achetez des produits, vous cuisinez, vous mettez au four, c’est comme cela que ça marche. 

Vous avez réalisé deux films inédits en France, Tiempo de Valientes et El Fondo Del Mar.

D. S. : Il y a de l’humour dans mes deux films. Le premier est une comédie noire et le second est une comédie policière, dans la veine de L’Arme fatale. Mais ce sont surtout des histoires d’amitiés. Tiempo de Valientes parle d’un flic et d’un psychologue qui tentent de résoudre un crime et qui deviennent amis. El Fondo Del Mar est l’histoire d’un jeune homme à la poursuite de l’amant da sa fiancée. C’est une comédie noire, avec une histoire de crime.

Pourquoi avoir attendu près de sept ans entre votre dernier film et celui-ci ?

D. S. : Après ma dernière série télé, j’ai voulu écrire un film de science-fiction. Le film est devenu un diptyque, puis une trilogie. Dans le même temps, j’ai développé un western, une comédie romantique, des idées pour des films télé… J’ai passé sept années à écrire. Comme j’avais plein d’idées, j’ai tenté de les compresser, les réduire au maximum, essayer d’aller à l’os et je me suis retrouvé avec quatre-cinq histoires très fortes, avec des thèmes, des univers semblables. Sans le savoir, j’avais un nouveau film, le squelette des Nouveaux Sauvages. Je les donnais à lire et on m’a conseillé de le faire au plus vite. 

Les Nouveaux sauvages est une série de sketchs où des personnages pètent gravement les plombs, dans une Argentine proche du chaos ?

D. S. : Nous savons que ce système ne nous est pas destiné, nous le ressentons. Nous sommes dans une cage, passons beaucoup de temps à faire des choses inutiles. Personne ne nous envisage plus comme des êtres humains, avec un temps sur terre limité. Et nous voulons faire ce que nous voulons, sans faire ce que l’on nous dise : il faut voter, faire ci, faire ça, payer, acheter, vous marier… Nous pensons que nous sommes libres, mais nous écoutons ces voix autour de nous. Soudain, vous découvrez que vous passez des années à faire un job que vous n’aimez pas, et vous ressentez de la colère, un peu comme le personnage de Hulk. 

Expérience cathartique

Le film a obtenu un gros succès en Argentine ? 

D. S. : Trois millions et demi de spectateurs en Argentine, c’est le plus gros succès de tous les temps. Vous devez savoir que c’est une grosse production, avec d’énormes vedettes que l’on ne voit jamais ensemble, une dream team devant et derrière la caméra, je pense notamment au chef op ou au musicien qui a déjà obtenu deux Oscars. C’est un énorme succès, mais jamais nous n’aurions pu envisager un truc pareil. Ce film est une expérience cathartique. On peut s’identifier aux personnages, les comprendre, sans aller en prison. Je présente le film partout dans le monde – Liban, Dubaï, France… - et c’est partout la même réaction. Les gens se marrent ! 

Est-ce un film autobiographique ?

D. S. : Non, non, non. Je sais d’où viennent les débuts de chaque sketch, et certaines situations sont inspirées par la réalité ou des gens que je connais. Mais j’ai transposé ces thème et ces conflits dans le monde de la fiction et j’ai joué avec les personnages. Donc c’est de la pure fiction. 

J’ai pensé très fort à Hitchcock et aux frères Coen.

Je ne pourrais être plus heureux, les plus grands réalisateurs du monde !

Mais aussi aux Monstres de Dino Risi. 

Mon père était un grand fan des Nouveaux monstres de Dino Risi. Mais je n’ai découvert ce film qu’après avoir réalisé le mien. Tout le monde m’en parlait et bien sûr, il y a des ressemblances, les deux films font partie de la même famille. Pour la construction, j’ai pensé aux séries Alfred Hitchcock présente, The Twilight Zone ou Amazing Stories de Steven Spielberg. 

Votre comédie au vitriol est passée à Cannes, en compétition en plus. 

D. S. : C’est grâce à Thierry Frémaux qui a pris le risque de prendre le film. C’est une personnalité très ouverte, il recherche la liberté, des artistes libres. Je ne voyais pas Cannes comme un festival pour moi. Moi, j’aime les films populaires, pas obligatoirement ceux qui vont à Cannes. En visionnant, mon film, Thierry FRémaux a dû y voir une certaine liberté et il l’a sélectionné. 

Quels sont vos projets ?

D. S. : Je vais faire mon gros projet de SF. Grâce au succès des Nouveaux sauvages, Hollywood m’ouvre grand ses portes. J’ai beaucoup de propositions, je reçois beaucoup de scripts. J’aime les thrillers, les drames, les comédies, les films d’horreur… Je ne sais pas avec quoi je vais commencer, mais j’ai du pain sur la planche. 

Les Nouveaux sauvages de Damián Szifron  avec Ricardo DarinLeonardo SbaragliaDarío Grandinetti.

En salles depuis le 14 janvier 2015  

Interview de Damián Szifron dans l'émission Tracks, sur Arte, le samedi 24 janvier.

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