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César / Oscars : le match nul

Publié par G Groupe X Bakchich

Au terme de cérémonies plus ou moins soporifiques, Timbuktu en France et Birdman aux Etats-Unis ont fait une razzia sur les statuettes dorées, laissant les autres films faire de la figuration.

Tous les ans, c’est la même chanson. On se retrouve entre potes, on picole et on se gondole devant les César, barnum affligeant et kitsch, trois heures de blagues pas drôles (« La différence entre Hollywood et Bollywood, c’est le Smecta »), de sketchs ratés et de remerciements interminables. Bref, les Oscars version franchouillarde et soporifique. 

Cette année, le ratage était total et rarement la cérémonie ne m’aura semblé aussi mortifère. Edouard Baer a fait sans conviction son numéro de déconneur mondain, le réalisateur a accumulé les gros plans sur les cadors de Canal (Méheut & Belmer, Antoine de Caunes, Ali Badou…) et des politiques (Anne Hidalgo, Fleur Pellerin), les gagnants ont bramé leurs remerciements à rallonge, les hommages aux 40 ans des César, à Alain Resnais ou à François Truffaut étaient insipides, je ne parle même pas du discours - limite gênant - de Marion Cotillard pour le César d’honneur de Sean Penn. A sauver, Baer venant déstabiliser Suzanne Clément pour Mommy ou la vanne de Zabou Breitman envers le comédien de L’Inconnu du lac : « Moi, je ne me fais pas bronzer la bite dans des films de PD ». 

Etonnant quand même que Canal n’arrive pas à insuffler un peu de vie dans cette cérémonie compassée, que les « professionnels de la profession », des pros du spectacle donc, ne parviennent toujours pas à faire du… spectacle. Voilà pour la forme. 

Timbuktu, le prix de la bonne conscience ?

Pour le fond, les César 2015 ont sacré Timbuktu et la jeune garde du cinéma français, notamment Pierre Niney ou les acteurs des Combattants. C’est éminemment subjectif, mais je me peux m’empêcher de penser que 7 César pour Timbuktu, c’est un poil exagéré. J’ai l’impression que les « professionnels de la profession » étaient sous influence Charlie Hebdo et que leur vote était politique : contre l’intolérance et le fanatisme. Pourtant, Abderrahmane Sissako ne serait peut-être pas le héraut de la liberté d’expression que nos pros de la bonne conscience ont porté aux nues (voir l’article de Nicolas Beau dans Mondafrique ). Le cinéma n’en sort pas grandi, et pour moi, le grand film français de l’année était sans discussion possible le Saint Laurent de Bertrand Bonello. Voir cette œuvre magnifique repartir avec un seul César (costumes) est un pur scandale, au-delà de la faute de goût… Mais bon, les César sont assez coutumiers de ce genre d’aberrations… 

L’envol d’Iñárritu

Dans la nuit de dimanche à lundi, ce sont les Américains qui se sont auto-congratulés à leur tour, mais avec un sens de l’entertainement plus enlevé. Au programme de la 87e cérémonie des Oscars, du show, des paillettes, de belles robes, des larmes, des rires, les revendications salariales de Patricia Arquette et même des discours militants : en faveur d’Edward Snowden, pour la tolérance ou la prise de position de John Legend (Selma) pour l’égalité entre noirs et blancs (« Nous vivons dans le pays où il y a le plus de gens incarcérés au monde, il y a plus d'hommes noirs derrière les barreaux aujourd'hui qu'il n'y en avait en esclavage en 1850 »)

C’est Birdman, le grand favori de la soirée, qui a raflé les Oscars les plus importants : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleure photo. Un peu beaucoup pour un film assez mineur dans la filmo d’Iñárritu, très loin des sommets que représentent Amours chiennes ou Babel. Enfin réveillé de la cauchemardesque cérémonie des César, Sean Penn en a profité pour balancer « qui a donné à ce fils de pute sa carte verte ? » à l’attention de son vieux pote Iñárritu. Après cette razzia, il ne restait que des Oscars mineurs à se partager pour le formidable Boyhood (Oscar du Meilleur second rôle pour Patricia Arquette) et le chef-d’œuvre de Clint Eastwood, American Sniper (Meilleur montage sonore). Quant au magnifique Foxcatcher, il est simplement reparti bredouille… En Etats-Unis, comme en France, il ne suffit pas d’être le meilleur pour être récompensé… 

Les Oscars lavent plus blanc

Cette année encore, les Oscars ont enterré les César en présentant un spectacle millimétré, parfois kitsch, souvent drôle et brillant. Pendant toute la soirée, l’excellent Neil Patrick Harris a assuré le show en chantant, dansant et envoyant de bonnes vannes, notamment la meilleure de la cérémonie, qui évoque la polémique 2015, une sélection sans aucun acteur noir : « Today we honor Hollywood's best and whitest. Sorry…brightest » Ce soir, nous rendons hommage à la face la plus blanche de Hollywood... pardon, la plus brillante. ») Hollywood lave plus blanc ? 

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