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The Artist : un film muet qui n’a rien à dire

Publié par G Groupe X Bakchich


- Mon chéri, tu m’emmènes voir The Artist.
- J’l’ai déjà vu à Cannes.
- Et tu ne veux pas le revoir ?
- Pas vraiment, non !
- Pourtant, tout le monde dit que c’est un chef-d’œuvre !
- C’est un poil exagéré.
- Tu veux encore faire ton intéressant, c’est ça ?
- Mais j’en ai rien à foutre de faire mon intéressant. The Artist est un non-film, voilà !
- Mais la critique est dithyrambique.
- Qu’est-ce que tu veux que je te dise. Il y a des films qui ont la carte, comme La guerre est déclarée ou L’Apollonide, et d’autres qui ne l’ont pas, comme Présumé coupable. Les bons ne sont pas forcément ceux qui font mouiller les critiques…
- Où veux-tu en venir ?

Une promo aussi rôdée qu’un tract UMP

- Depuis sa sélection tardive à Cannes et son prix pour Jean Dujardin, The Artist accumule les couvertures et les papiers élogieux dans les magazines. On loue le « pari fou » du Thomas Langmann – muet, noir et blanc, dingue ! –, le tournage aux Etats-Unis, le talent de Dujardin, l’émotion, la mise en scène d’Hazanavicius… Partout les mêmes éléments de langage, on croirait un tract de l’UMP récité par Copé… Mais surtout, j’ai l’impression que personne n’a vu un film de Murnau ou de Chaplin.
- Et c’est quoi le problème ? De faire un film un peu différent, exigeant ?

Hazanavicius roi du best of

- Tu déconnes ou quoi ? Le noir et blanc, le muet, le format 1 :33, c’est juste un gimmick. Cinéphile, bouffeur de pellicule, Michel Hazanavicius est juste un faussaire, pas un cinéaste. Son premier film, Le Grand détournement, était un montage constitué de morceaux de films US, une compil’, un best of. Avec les deux OSS 117, il reprenait des plans entiers des nanars d’André Hunebelle, avec les mêmes mouvements de caméra, les mêmes cadrages, un travail d’entomologiste dingo, une parodie 28e degré pas très drôle, bref, du copié/collé. Avec The Artist, Hazanavicius fait un film muet qui n’a rien à dire. C’est la même démarche qu’OSS : de la compil’, de la récup, mais au service de rien. Tout dans la forme, rien dans le fond.

Ne manquent qu’un scénario et une âme

- Et pourquoi pas ?
- Hazanavicius se prend pour l’alchimiste du ciné français et pense qu’il peut transformer la merde en or. Mais si cela marchait à moitié avec OSS 117 qui était plus réussi que le matériau d’origine vraiment médiocre, The Artist ne souffre pas la comparaison avec les classiques des années 20. Hazanavicius veut refaire du Murnau, du Lang ou du Chaplin ? Désolé, mais il n’est vraiment pas au niveau, même avec son noir et blanc ripoliné, et son 1 : 33 parfait. Il peut recopier, mais en aucun cas transcender.
- Bah, qu’est-ce qu’il manque ?
- Deux choses. Un scénario et une âme.
- Explique !

 - JPG - 32 ko

- Tu connais le pitch de The Artist, ça va être rapide. Star du muet, George Valentin, sorte de Douglas Fairbanks jovial, voit sa carrière décliner avec l’arrivée du parlant. Sa protégée, la belle Peppy Miller, va connaître quant à elle un succès fulgurant.
- Et ?
- C’est tout ! C’est cela pendant 100 minutes. La chute de l’un, l’ascension de l’autre et une petite histoire d’amour entre les deux. C’est donc pas grand-chose, en plus, la trame centrale est repompée sur Chantons sous la pluie. Hazanavicius s’offre un film muet, avec une structure narrative indigne d’un film de l’époque, autrement plus complexe.
- Et la grâce ?

Un rôle aussi épais qu’un sandwich SNCF pour Dujardin

- Je te propose un test simple. Regarde la scène finale des Lumières de la ville et compare avec n’importe quel passage de The Artist. Tu as l’émotion à l’état pur d’un côté, du gadget de l’autre. Le génie contre la médiocrité, la grâce contre le préfabriqué. De Murnau, Louis Skorecki disait qu’il « faisait parler les images muettes ». Qu’est-ce qu’il fait Hazanavicius ?
- Et Dujardin, il est bien, non ?
- J’aime beaucoup Dujardin, son naturel, son charme. Mais question ciné, c’est la cata : Brice de Nice, Ca$h, Divorces, Lucky Luke, Le Bruit des glaçons, Un balcon sur la mer, Les Petits mouchoirs, Un homme et son chien, Contre-enquête, Les Dalton… Pas grand-chose à sauver. On voit bien depuis deux ou trois ans que Dujardin essaie de changer de registre. Pas de bol, il tourne dans les pires daubes de Bertrand Blier ou Nicole Garcia. Dans The Artist, il fait son numéro : étire un sourcil quand il veut séduire, pose ses mains sur ses hanches quand il est étonné et fait des claquettes à la fin pour montrer qu’il est heureux. Son personnage ayant l’épaisseur d’un sandwich SNCF, il en est réduit à mimer l’amour, le désespoir ou la vantardise en écarquillant les yeux.
- Il a eu le prix d’interprétation à Cannes quand même !
- Je sais, c’est incompréhensible, surtout en comparaison avec l’incroyable prestation de Ryan Gosling dans Drive.
- Alors ?
- Tu veux voir un grand film muet, regarde L’Aurore, le DVD de chez Carlotta est simplement miraculeux.

The Artist

The Artist de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman, James Cromwell. En salles le 12 octobre

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Publié dans la catégorie Société
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