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Compiègne, champ de bataille médical

Publié par G Groupe X Bakchich

Un peu plus de 40 000 âmes, une grande Histoire et des petites à n’en plus finir. Depuis l’été 2010, la renommée de la royale Compiègne a débordé des livres d’histoire vers les unes des journaux, sites et autres gazettes.

Une histoire de champs de courses, où les canassons locaux Eric Woerth et Philippe Marini, sénateur maire du lieu dit, se sont trouvés épinglés. L’ancien trésorier de l’UMP, star de la saga Bettencourt, est soupçonné d’avoir vendu l’hippodrome de Compiègne à des tarifs défiant toute concurrence à la société d’un ami de Marini. En bref d’avoir bradé les bijoux de famille et le vert gazon des courses. Si l’affaire a ému petite et grandes gens, elle n’a que peu bouleversé le quotidien des bons habitants du département de l’Oise, à l’inverse d’un conflit qui irradie les tribunaux locaux depuis bientôt deux ans. Plaintes réciproques, condamnations en première instance, médisances en tout genre, l’ambiance au sein du centre d’imagerie médicale avancée (Cima) de Compiègne n’est plus depuis des années à la franche camaraderie.

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Dispute nucléaire

A l’origine une grosse dispute entre boutiquiers de la médécine nucléaire, comprendre les docteurs habitués à jouer avec les radios, IRM, scintigraphie, rayons gamma, etc…

Le docteur Lionel Krief, expert reconnu, installe à l’été 2009 une nouvelle et rutilante bécane, appelée gamma caméra, au Cima de Compiègne. Las l’appareil ne peut fonctionner que si la DDASS [1] vient faire une visite de conformité qu’elle ne fera jamais. Et le doc’ de crier grand dieu au complot contre le patron du Groupe d’Intérêt Economique de la Cima, le sieur Vincent Vesselle, par ailleurs directeur de la polyclinique Saint Côme, qui bloquerait la visite des services concernés.

Répercutée dans les éditions locales du Parisien Val d’Oise, le conflit prend bien vite des atours judiciaires. Krief multiplie les griefs. «  La mise en place dans notre service de cette Ferrari de l’imagerie a suscité des jalousies. Vincent Vesselle, qui est juge et partie, voulait récupérer cette machine pour sa polyclinique », décrit alors le doc, argutie qui n’a pas varié.

Vesselle réplique que le doc n’a pas respecté les règles de renouvellement du matos et le patron de la clinique Saint Come. Là non plus depuis 2009, son refrain n’a pas changé. Seule la situation juridique a un peu tournoyé.

Plainte et contre plainte

« Le Dr KRIEF a du oublié de vous dire que nous ne pouvons pas demander la visite de conformité sur cet équipement car il l’a installée illégalement (il a vendu l’ancienne machine, qui appartenait à STS, pour son compte et a installé la sienne !!) Vous-a-t-il dit qu’il a été condamné au TGI de Compiègne pour abus de bien social pour cela », clame un Vesselle, fort convaincant…. et désormais visé par une plainte du docteur Krief pour prise illégale d’intérêt, deposée auprès du doyen des juges d’instructions en septembre dernier.

Vesselle, à en croire le texte de la plainte que Bakchich a pu consulter, « par ses fonctions au sein de l’ARS [2], ce dernier a favorisé directement le GIE CIMA, et indirectement la Polyclinique Saint Côme, au sein de laquelle il un intérêt financier, et a certainement, à l’inverse, utilisé sa position pour nuire à son adversaire. » Vilaine accusation prestement balayée par Vesselle, qui dément avoir une quelconque fonction, sinon dans des organes consultatifs, à l’ARS de Picardie. « Le Dr KRIEF me fait beaucoup d’honneur en pensant que dans ces conditions je peux décider des autorisations sur la région ».

L’inspection au rapport

 A croire que le bon docteur Krief virerait parano ? Cela n’a jamais empêché d’être victime d’un complot…

A lire le rapport de l’inspection générale de l’ARS Picardie sur le service du Docteur Krief, daté du 16 août 2010 et lancé pour tirer au clair les conséquences de « ce différend d’ordre privé », la situation semble un peu moins lumineuse pour le GIE Cima que préside Vincent Vesselle.

« Le GIE CIMA a arrêté sans en informer l’autorité ayant délivrée l’autorisation, l’une des deux gamma-caméras du centre d’imagerie. Cet arrêt décidé unilatéralement par le GIE CIMA, est dû à un différent d’ordre privé entre les partenaires, sans se soucier des conséquences dommageables pour les patients qui en supportent les risques et les conséquences. L’équipe de la SCP est arrivée à maintenir le service dépit des contraintes imposées par l’arrêt d’une des deux gamma-caméras, et en particulier pour assurer les examens d’urgence dans les délais les plus courts. La poursuite de l’activité en l’absence d’une gamma-caméra a conduit toutefois à surcharger la caméra restante avec une augmentation d’activité de plus de 85 %, et le risque accru de pannes que cela comporte, un allongement des délais de prises en charge des patients et de nombreuses heures supplémentaires pour le personnel », assène le résumé du rapport.

« La mission préconise au regard de l’ensemble de ses éléments de revoir les autorisations accordées au GIE CIMA, unique responsable de cette situation, à commencer par l’autorisation de la gamma-caméra non utilisée, devenu caduque en raison d’un arrêt depuis plus de 6 mois. » Vlan.

Et ce n’est pas fini. Le rapport épingle aussi la STS, la société qui loue les locaux et achète les appareils, pour le compte du GIE Cima. Dont le capital est détenu en partie par des praticiens, des radiologues et la clinique Saint-Côme elle-même.

Les étranges forfaits de l’IRM

« La mission d’inspection a découvert que STS-SA percevait des forfaits techniques relatifs à une activité d’IRM. Or STS-SA n’est titulaire d’aucune autorisation pour exploiter des équipements lourds. L’entité autorisée à exploiter une IRM est le GIE CIMA, lequel devrait dès lors en percevoir les forfaits techniques et non une société anonyme. La mission d’inspection préconise que le GIE CIMA et STS-SA fournissent des explications sur la perception des forfaits techniques par STS-SA (…) La mission d’inspection rappelle que le fait d’installer (exploiter) dans un établissement privé concourant aux soins médicaux des équipements matériels lourds sans l’autorisation prévue à L.6122-1 CSP est un délit pénal puni, pour les personnes morales, de 750 000 € d’amende. »

Bref la tambouille paraît brûlante ? Pas du tout !

Documents introuvables

« ll s’agit d’un rapport initial et non final suite à une inspection effectué par un médecin qui ne connaissait pas le fonctionnement du CIMA et qui est en tout point inexact, clame Vincent Vesselle. Un contradictoire a été fait et l’ARS au vu de ce contradictoire n’a pas donné de suite. Pensez vous que l’ARS pourrait cautionner des illégalités si elles étaient avérées ? »

Seul petit souci, ce rapport final est introuvable. L’avocat du Docteur Krief, Me Goldnadel, s’est même fendu de deux référés afin d’en obtenir la communication. Pour l’instant sans succès. Et la lutte ne va pas s’arrêter. Prochaine étape, une convocation devant l’ordre des médecins du docteur Krief, prévue pour décembre, en attendant les procès en appel de ses condamnations…

Encore des motifs de griefs pour Krief.

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