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SECTAIRE, MOI ?

Publié par G Groupe X Bakchich

Quand j’entends parler de sectarisme, je sors ma pompe à vélo. Anatomie d’un gros  piège à con.

Comment faire parler de moi ? C’est la question que se posent chaque jour une douzaine de femmes et d’hommes politiques relégués en deuxième division par une précédente élection. A l’UMP, ils ont pu, pendant un certain temps, compter sur leurs magouilles spectaculaires, les couinements des petits niais de la « droite forte », les dettes laissées par Sarkozy  et quelques conneries lâchées par ci par là pour animer le débat. Mais depuis quelques mois, c’est plutôt dodo. Si vous résistez à l’éloge nostalgique des heures supplémentaires gratos par un Wauquiez ou à un trois centième savon ultra-sécuritaire par Ciotti, vous avez l’âme militante, bravo.  Résultat, aux derniers sondages pour les futures municipales, il est apparu que le PS perdrait 2%, ce qui n’est guère étonnant, mais que l’UMP laisserait, elle, 3% dans le trou…au profit, évidemment du FN.

A lire: Enfoirés (duo de gamme)

Snoopy, prince rebelle

Donc, il fallait faire quelque chose. Fillon, dont on se souvient, si l’on a vraiment une bonne mémoire, qu’ il a été un premier ministre percutant comme un attaquant de l’équipe de France de foot, brillant comme un trottoir polonais après la pluie, indépendant comme un chien de traîneau et fidèle comme un autre chien d’un autre traîneau, bref, Fillon, l’homme par qui la foudre n’arrive jamais, a décidé de frapper un grand coup. Difficile de refaire le gag du souriant pilote des 24 heures du Mans, ce téméraire ayant quitté la Sarthe et ses populaires rillettes pour le 6e parisien avec ses hôtels particuliers et son mètre carré au prix du quintal de caviar. Difficile de se casser une autre jambe en scooter, Capri, c’est fini depuis belle lurette, et au prix de l’hotellerie locale, difficile de symboliser la « classe moyenne ». Difficile de re-re-re-refaire un scrutin interne avec des urnes, par internet, par courrier recommandé ou par pigeon voyageur (on en manque), cela n’intéresse plus personne. Alors quoi ? 

Les sondages, Fillon s’en gave. C’est par les sondages qu’il a compris qu’il était impopulaire, jadis, quand il était aux affaires et décorait les femmes de ménages méritantes de Matignon. C’est par les sondages qu’il a appris que la référence de « seguiniste » ne signifiait strictement plus rien dans les cerveaux des électeurs en âge théorique de se souvenir qu’il fut un temps où il incarnait l’aile « sociale » du RPR. C’est par eux qu’il a observé l’indifférence croissante de l’opinion à son égard, après un temps trompeur où, se voyant dépasser Copé de 45% dans les « bonnes opinions », il n’avait pas réalisé pourquoi il était si haut, et l’autre si bas. Il a donc enfin compris que cette embellie était simplement due à l’exceptionnel talent de Copé de susciter, chez un individu normal, la méfiance que mérite un vendeur de Rolex à 200 euros ou un de ces roquets dont le maitre prétend : « il est jeune, il veut jouer ! », au moment où vous sentez distinctement des canines acérées percer votre mollet gauche.

The right word for the right man

Rester donc à trouver le mot qui résumait poliment la répulsion que suscite, par exemple, un Copé ou un Mélenchon quand ils jouent les malins. Je n’ai pas dit : une Marine, parce que le temps est désormais largement passé où Fillon voulait crucifier tout le FN avec des clous rouillés au nom de la République et de ses valeurs intangibles: pensez, c’était en mars 2013, il y a des siècles,  une vanne de bistrot, une phrase retirée de son contexte, une allusion  finaude mais en fait ironique à cette fameuse compatibilité républicaine dont quelques clowns centristes se servent pour miner l’UMP lorsqu’elle affiche les états de service de Peltier ou les références de Buisson (de sinistre mémoire). 

Pour Copé, c’était pas donné, l’anguille est rusée, il a joué au super-trésorier et réussi un coup fameux : faire cracher 2500 euros à Sarko et 7 millions à l’Etat, grâce à la réduction d’impôts dont vont bénéficier les généreux donateurs, moi, je dis chapeau, tous les hold up ne mènent pas à Fresnes. Après quoi, l’Assombri de Meaux à joué de son instrument favori, la chemisette, dans tous les rallyes-pastaga de ses militants, un été sans université mais avec beaucoup de merguez, si vous voyez ce que je veux dire, un max de bronzage et un minimum de politique, même quand tonton Normal a envisagé d’envahir la Syrie, surtout pas de vagues, laissons Machin (c’est terrible, j’arrive jamais à me souvenir du nom du berger du groupe parlementaire, vous savez, le paysan recyclé) développer des thèses hardies, moi, je veille sur le Parti (c’est plus joli avec un grand P, comme sous Thorez). Allez coincer la vipère !

Lire: Sarkothon

Putain, « sectaire », c’est bien sûr !

Alors, l’idée, pour Fillon, c’est de lancer l’OPA sur les 72% d’UMP qui ont des faiblesses pour le Front avant que Copé se remette à tricoter son point-mousse de la « droite décomplexée » avec l’électorat de la Fille-à-papa. Mais avec les formes, rien sur le fond, tout dans l’allusif, et hop, je passe le premier dans l’ascenseur. Tempête sous un crâne. Les journaleux, je les connais, ils vont encore me faire chier sur le second tour des municipales. « Votez pour le moins con ! » est trop vague, cela nourrira l’abstentionisme. « Votez pour le moins chauve ! », ça me brouille avec Juppé, et Copé va se coller une moumoute. « Votez pour le plus burné ! », c’est du Tapie, pas on genre. « Pour le plus jeune » ? Adieu Gaudin ! « Pour la plus prolo » ? Ciao, NKM ! Faut tout de même pas trop tirer contre son camp. Alors comment faire à la fois comprendre que moi, Fillon, je veux passer ce matois de Copé à la déchiqueteuse à papier, et casser son flirt crapoteux avec cette putain de base qui ne rêve que de dobermans, d’autodéfense et de pals rugueux pour les socialos, quitte à voter pour les petits-fils de la Milice (après tout, y paraît qu’un encarté UMP sur cinq a déjà voté FN…) ? Faire bander Rioufiol ? Réjouir Mariani ? Niquer les modérés ? Faire jouir les Alpes-Maritimes ? Ameuter les gazettes, qui me traitent comme un préretraité et m’offrent un déambulateur dans la course contre Sarko?

Lire: Copé Fillon, un mariage contre nature

C’est là que le mot s’est imposé. Votez pour le moins sectaire. Ca veut dire : arrêtez de couiner « ni-ni » avec les enfants de chœur de la « droite humaniste », qui y croient peut-être, et avec Copé, qui n’y croit pas du tout, n’y a jamais cru, n’y croira jamais et vendrait son âme républicaine pour une chemisette. Parce que les sectaires, tout le monde comprendra que c’est la bande à Hollande, ces usurpateurs qui nous écrasent, sous prétexte que le suffrage universel leur a donné la victoire pendant six ans sans interruption avant que les partielles ne réactivent la douche, et dont on réclame la démission depuis septembre 2012.  Ces sectaires refusent de démissionner et de nous rendre le pouvoir après avoir forcé les homos à divorcer. Parce que nous, la droite, on est les seuls détenteurs légitimes du pouvoir, dans la rue et ailleurs, faut le savoir, et finalement, peu importe avec quel bois on fait le toit, non ?, quand on reconstruit la maison. Parce que le pire du sectarisme, pour ces salopards de rouges, c’est de pas faire la politique qu’on ferait si on avait gagné. Quoique…Je veux dire : faudrait pas qu’ils réussissent, les gauchos, ça frémit dans les sondages, De Gaulle l’a bien dit, les Français sont des veaux et là, on peut pas dire que l’opposition donne envie qu’on broute son gazon

« Quand on arrive au niveau du gazon, il n’y a plus qu’à tirer l’échelle ! », dit le proverbe mongolien. Pas la peine de supplier Fillon d’ « être clair » sur ses positions, ou de préciser sa pensée. Il est très clair. Pragmatique, quoi. Expérimenté. Le sectarisme, il connaît : pendant cinq ans, il a laissé gueuler ceux qui trouvaient que le « bouclier fiscal » était une ruineuse ignominie et la défiscalisation des heures sup’ une niche fiscale aberrante. Même dans son camp. Ses six dernières années ? quatre ans à faire la péniche, un an à faire la marie-salope, un an à jouer au torpilleur. Mon beau navire, ma mémoire, avons-nous assez navigué…Ne soyez pas sectaires : si vous présidez un club des Faux-Culs, gardez une carte pour ce vaillant matelot.


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