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Affaire Guérini: La chambre ne met pas le compte qu'à Marseille

Publié par G Groupe X Bakchich

En écho aux enquêtes pénales qui frappent les institutions marseillaises, résonnent les jugements de la chambre régionale des comptes de PACA. Décryptage d'un système qui profite - aussi- des lacunes de l'Etat.

Un temps menacées sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, les chambres régionales des comptes ont finalement conservé leur si précieuse triple compétence :  juger les comptes des comptables publics, examiner la gestion des collectivités, contrôler leurs budgets. Un long, fastidieux et répétitif labeur, surtout en des contrées aussi agitées que la région Provence Alpes Côte d'Azur.

Rapport après rapport, jugement sur jugement, avis succédant aux avis, se dévoile une réalité largement soupçonnée par le citoyen, notamment quant à la bonne tenue des institutions publiques marseillaises. Éreintant dans ses rapports la gestion du Conseil régional, de la mairie de Marseille et du Conseil général, soulignant l'incurie de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole à bien négocier ses contrats avec Suez ou Véolia, la chambre régionale des comptes renvoie un lourd écho financier aux procédures pénales en cours. Dossier Andrieux (pour le Conseil régional), affaires Guérini (pour la communauté urbaine et le Conseil général), enquête sur Marseille Aménagement (pour la ville). De quoi remettre au goût du jour, 76 ans après qu’elle a été prononcée, la sentence d'Edouard Daladier, président du Conseil assistant à l'incendie des Nouvelles Galeries marseillaises : «N'y a-t-il personne pour faire régner l'ordre dans cette ville?». De toute évidence, et à parcourir les récentes publications de la chambre régionale, la réponse est non. 

Lire: Marseille, le châtiment du système et 

Usé, vieilli, fatigué, le système étouffe encore Marseille

Plus de 300 000 euros de debet pour le payeur public

Néanmoins, de la même façon que le «taureau du Vaucluse» ne pouvait se dégager de toute responsabilité dans le drame de 1938 (beaucoup de pompiers avaient été assignés à la sécurité d'une réunion de son parti), l'État, et surtout le ministère des Finances ne peuvent se disculper de toute responsabilité dans les errements des exécutifs marseillais. Tout simplement parce que toutes leurs dépenses sont visées (ou pas) par un agent comptable rattaché au ministère, indépendant donc des collectivités locales, et qui peut s'opposer à leurs décisions. Sous peine de condamnation pécuniaire.

Pareille mésaventure n'est pas rare, notamment pour le comptable du Conseil général des Bouches-du-Rhône. 

A la santé du ministère

Dans un jugement rendu public le 29 avril dernier, l'agent rattaché à Bercy a été déclaré débiteur de quelques 311 444 euros (et 88 centimes) envers l’institution départementale. Lui est reproché d'avoir acquitté des factures auprès de société de gardiennage, et surtout leurs sous-traitants, entre 2007 et 2010, quand il n'a disposé ni des bons justificatifs, ni des bons documents. Bref, d'avoir enfreint le code des marchés publics. «Une décision comme il y en a beaucoup», précise à Bakchich le président de la chambre, Louis Vallemaud. «Cela ne signifie absolument pas qu'il y a malice de la part de l'agent, seulement un manquement, préjudiciable à la collectivité concernée.» Qui ne devrait toutefois pas revoir son argent : «Théoriquement, le comptable doit rembourser mais d'ordinaire il demande une remise gracieuse auprès du ministre des Finances, afin de n'en payer qu'une petite partie». 

Des marchés pas très sécurisés

Un tel jugement ne serait qu'anecdotique, une chronique de la déshérence publique, s'il ne concernait des marchés de gardiennage. Et ne rencontrait un bel écho dans les procédures Guérini, menées par le juge Duchaîne, notamment sur les marchés de sécurité délivrés par le Conseil général des Bouches-du-Rhône.

Fin 2012, la chambre régionale des comptes a ainsi adressé au parquet de Marseille un signalement concernant ces marchés, leurs paiements et le recours aux sous-traitants dans d'acrobatiques conditions, laissant craindre des «faux en écriture privé» et autres «détournements de fonds publics» sur la période 2005 à 2010. «Les mêmes marchés exactement que ceux concernés par le jugement du 29 avril», concède-t-on à la chambre régionale des comptes.

Comme l'avait à l'époque révélé Bakchich, la sécurité de l'Hôtel du Département, de ses sites déconcentrés et de quelques-uns de ses satellites était assurée par la société Alba Sécurité, chevillée au grand banditisme marseillais. Sa gérante était alors la compagne de Bernard Barresi, présenté comme le parrain du Milieu marseillais et multi mis en examen dans les affaires Guérini. 

Lire: Le contrat qui lie le caïd à Guérini et 

Le chaînon manquant politique-voyou

Au cours de leur enquêtes, les gendarmes de la section de recherche ont notamment mis la main sur des multiples courriers dans lesquels le responsable du pôle sécurité du Conseil général se plaint d'Alba, ses factures et ses sous-traitants. Au point de bloquer leurs paiement six mois durant. Mais «lorsque ces problèmes concernant ALBA SECURITE se sont présentés, des appels provenant du cabinet du Président GUERINI étaient répercutés directement à leur service» détaillent les pandores dans une note de synthèse du 18 octobre 2012. «Littéralement sous l'emprise hiérarchique et politique, mais également dans la crainte d'un certain milieu du banditisme qu'il associe de facto à ALBA SECURITE» selon le même procès verbal, le responsable du Conseil général sera muté en 2010 après qu'Alba a perdu un marché… Et Bernard Barresi a été arrêté, avec sa compagne après 20 ans de cavale. Ainsi malgré l'opposition de ses propres services et leur alerte, le Conseil général a fait pression pour satisfaire Alba, en demandant au comptable public, dépendant de l'Etat, d'honorer ses factures. 

Un schéma qui laisse entrevoir que le système qui gangrène Marseille n'a pu prospérer sans une impéritie certaine de l'Etat. 

Lire: Guérini, la sardine qui bouche les ports et 

Guérini will Survive

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