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Areva: L'affaire d'espionnage mise à l'amende

Publié par G Groupe X Bakchich

L'étrange dossier Pomerol IV s'achève en queue de poisson au tribunal de Paris.

Une simple amende, au montant laissé à l'appréciation du tribunal, qui rendra son délibéré le 20 juin. Voilà les réquisitions, aussi attendues qu'embarrassées, de la procureure de la République, le 16 mai, à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Elles concernent Mario Brero, fondateur de l'agence privée suisse Alp services, renvoyé devant la justice française pour son fameux rapport Pomerol IV. 

Commandé par la direction des mines et de la sécurité d'Areva pour analyser le rachat - éminemment suspect - d'Uramin en 2007, son dossier de 44 pages s'est retrouvé sur le pas de porte d'Anne Lauvergeon. Un peu allégé, et un peu réécrit. Sur le paillasson de l'ex-patronne d'Areva, viré en juin 2011, ne sont présentes 43 pages, accompagnées de la carte de visite de Brero. Elles contiennent notamment des synthèses de contacts téléphonique d'Oliver Fric, M. Lauvergeon au civil, et très bien implanté en Suisse. Le cadeau est suffisamment bien empaqueté pour que le couple entonne la sérénade du complot visant à l’abattre/salir/espionner. Plainte est déposée pour espionnage, violation de la vie privée, etc. Le bilan de l'ancienne sherpa de Mitterrand, à la tête du géant nucléaire français ajournée au moment même où l'entreprise ramène dans ses comptes la valeur d'Uramin, acheté 2,5 milliards de dollars.

Lire: Uramin, les coquilles d'Areva

Un dossier qui s'amincit

À mesure pourtant qu'avance l'enquête préliminaire décidée par le parquet de Paris, quelques doutes affleurent. Le directeur de la sécurité, Jean-Marie Chéreau, a bien commandé l'étude, des réunions se sont tenues au siège même d'Areva, aucune fadette (facture détaillée) n'apparaît clairement dans le dossier Pomerol IV. Surtout, les différences entre le document envoyé par Lauvergeon (43 pages) et celui (44 pages) divulgué par Brero à la justice interpellent cette dernière. Qui s'investit à minima. Aucune perquisition n'est effectuée, ni à Areva, ni au domicile de l'un des commanditaires du dossier, Sébastien de Montessus. Pas de réquisitions téléphoniques ou bancaires. Surtout, le parquet, malgré l'alerte donnée par le secrétaire général d'Areva début 2012 sur les conditions de rachat d'Uramin, ne donne pas suite. Une procédure fort légère qui s'amincit à mesure que s'écoule le temps. Le procureur ordonne le renvoi du seul Brero devant la justice. Las, ses principaux accusateurs, Olivier Fric et Anne Lauvergeon se sont désistés de leurs plaintes dans la plus grande discrétion. Selon les informations recueuillies par Bakchich, l'abandon de leur procédure a découlé des «confessions» de Brero. Une quinzaine de pages écrites par l'enquêteur à destination du couple en vue de détailler l'ensemble de ses relations avec les dirigeants d'Areva. Dévoilée dès les premiers jours de 2012, cette note était le fruit d'un accord entre le privé italo-suisse et les Lauvergeon. «Mario voulait rassurer ses clients en Suisse en évitant une perquisition, détaille un salarié d'Alp Services. Un accord a été trouvé pour qu'en échange de ce document, Fric et Lauvergeon abandonnent toutes les poursuites, que ce soit en Suisse et en France. Cela a simplement pris plus de temps que prévu pour qu'ils se désistent à Paris».

Lire: Lauvergeon arrête la chasse au Brero

Privé de la partie civile de son enquête, le parquet a du se contenter au tribunal de voir les Lauvergeon assigner en citation directe Sébastien de Montessus. En vain. Et Brero d'être assigné par le belge Daniel Wouters, cheville ouvrière du rachat d'Uramin par Areva, depuis recyclé ...dans les sociétés des fondateurs d'Uramin. Et de nationalité belge. Un imbroglio dont se sont délectés le roué patron d'Alp Services et son avocat Nicolas Huc Morel. «Nous avons un citoyen belge qui assigné un italien pour des faits commis en Suisse. Que faisons nous là devant un tribunal français ? ». 

Un rien embêtée, la procureure s'est bornée à requérir a minima en fin de soirée. Une simple amende, à l'étonnement même du principal intéresse. «Je pensais qu'elle allait demander quelques mois de prison avec sursis, au moins pour sauver la face». Tenu en fin de semaine, dans une 17e chambre correctionnelle remplie de journalistes et de ténors du barreau parisien, le procès n'a pas tenu ses promesses. Un prologue décevant avant la véritable procédure Uramin?

 

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