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Société Générale : Kerviel remonte le temps

Publié par G Groupe X Bakchich

L'ancien salarié de la Société Générale va être entendu comme partie civile le 4 juin. Une première dans son calvaire judiciaire. Et le début d'une ascension?

Pôle financier du tribunal de Grande Instance de Paris, un début d'après midi. Aux abords du boulevard des Italiens, les gyrophares et sirènes annoncent l'arrivée d'un détenu. Il vient de la maison d'arrêt de Fresnes, a été réveillé tôt le matin pour être extrait de sa cellule, passé des mains de l'administration pénitentiaire à celle de son escorte. Avant qu'une cohorte de caméra ne l'accueille à l'entrée du bâtiment des juges d'instruction, en renfoncement de l'avenue. Les micros s'approchent, les flash crépitent, les télés diffusent des images en continu. Sans contenu si ce n'est de l'archive médiatique. Tamponné, scellée. L'homme encore menotté a été qualifié d'escroc par un ministre du Travail, de terroriste par d'autre, d'avoir failli faire sauter le système bancaire mondial. Jérôme Kerviel, ancien trader licencié dans sa prison par la Société Général, va être entendu par un juge d'instruction.

Lire: Passion de Kerviel, calvaire de la Société Générale

En 2008, aux tout début de l'enquête, le Breton aura été entendu par un spécialiste des dossiers financiers, Renaud Van Ruymbeke que flics taquin et avocats aigris ont baptisé au temps de l'affaire des Frégate de Taïwan vaines recherches. La carrière du magistrat de talent est alors suspendu à son passage devant le conseil supérieur de la magistrature, qui prendre une décision quant à son implication dans le dossier Clearstream. Pas sa meilleure période. En Sarkozie triomphante RVR est, comme ses camarades d'instruction la cible de la hiérarchie qui trouve ses ouailles trops retors, trop indépendant, trop rouge. Jamais un dossier ne semble si bien se passer. Partie civile, la banque rouge et noire fournit tous les documents que demande les enquêteurs, tapant même les aveux de Jérôme Kerviel, enregistrés par leurs soins les 19 et 20 janvier 2008. Les bandes fournies ne seront pas écoutés.  Les comptes sont fourni par les cabinets d'audit et les commissaires aux comptes de la SG, appointés par eux. Tout glisse. Un seul mis en examen, un seul homme renvoyé devant la cour. Un dossier ficelé. Mais des bouts de corde demeurent. Kerviel ne veut pas être pendu. Même condamné définitivement pour abus de confiance, faux, usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un système informatisé, le Breton nie. Et se bat.

Lire: Guerre de com autour de la Générale

Retour vers le futur

6 ans après, c'est en détenu qui va être auditionné au boulevard des Italiens. Détenu, mais partie civile. Dans le rôle de la victime, pour la première fois. Un vrai retournement dans l'histoire judiciaire qui l'oppose à la Société Générale. Une vrai incongruité. S'il n'est pas rare qu'un détenu porte plainte, il est toujours étrange de voir une victime arriver menotté. Question d'images. Explication, peut-être, de l'empressement du parquet à le faire arrêter dès que son pélérinage pédeste, prévu de Rome à Paris pour marcher contre la tyrannie des marchés financiers, l'a amené à franchier la frontière. A trois semaines près, la tête dure de Pont L'Abbé aurait été une partie civile sans menottes. Une victime à l'image trop lisse dans sa quête vers le passé.

Lire: La cavale calme de Kerviel

 

Mercredi 4 juin à 14 heures, Jérôme Kerviel sera auditionné par le doyen des juges d'instruction Roger Le Loire, chargé de mener les investigations sur les deux plaintes déposées par l'ancien trader pour faux, usage de faux et escroquerie au jugement contre la Société Générale. Le magistrat a passé outre les réquisition du parquet (1), l'enjoignant à ne pas s'embêter pour si peu, et surcharger son agenda.

Mais Le Loire n'a pas souhaité s'assoupir sur les arguement de Kerviel et de son avocat David Koubbi. Qui proposent un voyage dans le temps, aux premiers temps de l'instruction, avant même que le scandale, ses 50 milliards de prise de position, ses 4,9 milliards d'euros de pertes clamées, scandées par la banque n'éclate.

Parole d'experts

C'était un week end de janvier, le 19 et 20 janvier 2008. Jérôme Kerviel est pendant de longues heures débriefés par ses supérieurs, les hiérarques de SG. Tout est enregistré depuis un téléphone. Sur quelle base légale? Mystère. Le procédé technique est simplissime, un téléphone décroché dans la salle d'entretien, un autre dans une salle attenant, la bande tourne. Mal. Très mal. Sur les presque 7 heures d'entretien, manque deux heures quarante quatre d'enregistrements. Presque 30 % des ces entrevues où Kerviel confesse ses prises de positions… Etonnamment ces moments prvilégiés sont versés à l'instruction en 366 fichiers différents. Bien urbainement la Société Générale tapera à ses frais le verbatim desdits enregistrements. Sans que jamais jusqu'en 2012, ces écrits ne soient remises en cause. Alors la défense de Kerviel demande - et obtient- le bris du scellé. Deux experts près de la cour de Cassation assène dans leur rapport daté du 27 avril 2012 que Bakchich a pu consulter que  « les enregistrements versés ne sont pas exhasutifs des dialogues intervenus entre Jérôme Kerviel et ses interlocuteurs». D'étranges blancs également parsèment les fichiers, coupent des réponses, interviennent dans les conversations. «Il nous est possible d'affirme que la Société Générale a procédé à des extraits sélectionnés sur des critères que nous ne connaissons pas», pointent les experts téléphonique. Et d'estimer «extrêment probable une intervention humaine volontaire».  Mandaté par la banque un expert assurera que les blancs et les coupures s'expliquent par le système d'enregistrement, qui s'interrompe et compresse les données sitôt qu'un silence s'instaure. Une «notion de seuil» qui ne «paraît pas probante» à ses confrères agréés par la cour de cassation.

Bandes molles

Ces enregistrement, en 2014 comme en 2008, s'avèrent capitaux. Ils ont fondé la présomtion de culpabilité de Kerviel. En 2014, leur examen sous la responsabilité d'un juge d'instruction pourront lever le doute sur leur loyauté.

Avant peut-être qu'une nouvelle station ne soit offert au trader repentant. En déposant plainte pour escroquerie au jugement sur les pertes que la banque lui a imputé, 4,9 milliards d'euros et des poussières, Kerviel mise sur la curiosité des magistrats. Que soient retracés le cheminement de ces sommes, qu'il nie avoir égaré seul sur les marchés. Le Graal de sa défense. L'analyse précise des livres de la banque. Une expertise, indépendante des pertes de la banque. Un sujet d'intérêt public. Ces pertes ont ouvert le si brumeux chapitre de la déduction fiscale accordé à la banque rouge et noire par l'Etat. Au mépris de la jurisprudence du Conseil d'Etat, malgré l'arrêt de la Cour de Cassation de 2014. De l'argent public pour compenser une perte privée. Le résumé de la crise financière à travers les siècles.

(1) qui avait classé sans suite la plainte de Kerviel en octobre 2012

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