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Le Petit bar avait son voiturier

Publié par G Groupe X Bakchich

Pour avoir loué deux voitures à la demande de Jacques Santoni, leader présué du groupe criminel ajaccien, Patrick G. a été mis en examen pour complicité de meurtre.

Dans le maquis des enquêtes corses, jonché d'assassinats, le cours de la justice trébuche depuis des années sur des cadavres que nul ne revendiquent. Des petits croix, criblées de balles, aux auteurs inconnus. Alors, la moindre avancée vers l'élucidation du macabre mystère, le moindre rai de lumière, devient victoire. Ainsi va de l'information judiciaire sur l'assassinat d'Antoine Nivaggioni commis en octobre 2010. Dans le sillage de la mort de l'ancien patron de la société méditerranéenne de sécurité (SMS), d'autres sont tombés. Son avocat Me Antoine Sollacaro, son ancien associé devenu rival Yves Manunta, le président de la chambre de Commerce Jacques Nacer, quand Me Jean-Michel Mariaggi fut un temps menacé et Alain Orsoni, son compagnon d'armes au sein du MPA (Mouvement pour l'autodétermination) visé par une tentative d'assassinat.

Quelques semaines après le meurtre, la police a procédé à une vague d'interpellations. Ciblées. 

Aux abords des lieux du crime, dans une ville d'Ajaccio où tout est proche, a été découvert un appartement fréquenté par des membres du Petit Bar. Groupe criminel soupçonné de lorgner sur le contrôle de la Corse-du-Sud, les anciens piliers de la brasserie du Bar du cours Napoléon auraient fait de leur garçonnière un guet en vue d'assassiner Nivaggioni. Outre ses florissantes affaires, qui lui valaient un renvoi en correctionnelle qui se tiendra sans lui en 2011, le Petit Bar pouvait lui reprocher une grande proximité avec renseignements généraux et médias. La demande de levée de secret défense de son dossier, rédigée par le juge Duchaîne, a été refusée.  Ses écoutes avec un cadre des RG, longtemps chargé du séparatisme corse à la DCRI, ont en revanche bel et bien été révélées, tout comme la coproduction entre les services, lui et Marc Francelet pour rédiger un article dans le Point sur ce «gang qui fait trembler la Corse» en 2006. Suffisant pour en faire une cible? C'est l'hypothèse…

Voiturier et coïncidences

Mais après les arrestations de 2010, sont venues les libérations de 2011. Cerveau présumé de la bande, Jacques Santoni, paralysé depuis un accident de moto, a été mis en examen pour complicité d'assassinat avec deux de ses amis. Trois ans plus tard, un nouveau complice est venu grossir les pages de la procédure. Patrick G., inconnu des services de police, a passé 4 jours inconfortables en garde-à-vue du 24 au 28 juin dernier. La justice le suspecte d'avoir piloté une voiture ventouse qui a permis le meurtre. En clair, avoir garé une voiture pour réserver la place de celle des tueurs. Un petit volet de l'affaire.

Et en effet, Patrick G. a bien reconnu avoir loué à la demande de Santoni une voiture, «avoir stationné ce véhicule au niveau du 1er la rue Sylvestre Marcaggi 4 à 5 jours avant le 18 octobre 2010 (…) et l'avoir récupéré ce matin du 18 octobre vers 6 h», quelques minutes avant l'embuscade funeste. Un agenda qui laisse place au doute sur le rôle de Patrick G...d'autant que le même scénario s'est déroulé 5 mois plus tôt en mai 2010, lors d'une tentative d'assassinat contre Nivaggioni. « Après la tentative (…) je suis allé le voir pour lui demander s'il y avait un rapport avec la voiture que j'avais laissée. Il m'a répondu que c'était une coïncidence.» Rebelote après le meurtre en octobre. «Je lui ai demandé cette fois encore si ça avait un rapport avec la voiture. Il m'a dit "non ne t'inquiète pas"». 

Une vaste clientèle

Si ce faisceau a conditionné la mise en examen, elle n'a pas été suffisante pour entraîner contrôle judiciaire et incarcération. Patrick G. est demeuré libre. Mais son interrogatoire éclaire sous un jour un petit peu différent les coulisses du Petit Bar. L'homme n'a pas cillé un instant quand les photos d'Alain Orsoni, Antoine Nivaggioni ou Jacques Santoni  lui ont été présentées. Tous, il les a vus fréquenter, se parler et s'attabler ensemble au Petit Bar, au cours de la dernière décennie. «Pour moi c'étaient des discussions amicales.» Propriété de la famille Bozzi-Michelosi,  souvent présentée comme des fidèles du parrain Jean-Jé Colonna décédé en 2006 et décimée par les guerres qui ensanglantent le milieu corse, l'établissement a longtemps été géré par les Castola. Francis, le père, ami d'Alain Orsoni a été tué en 2005. Son fils en 2005. Son autre fils et homonyme visé par deux fois… Une lourde ardoise sur le compte du bar, que la justice a du mal à répartir.

 

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Publié dans la catégorie Société
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