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L'Aviation club de France bouge encore

Publié par G Groupe X Bakchich

Les salariés du plus grand cercle de jeux parisiens, fermé après une descente de police mi-septembre, ont manifesté sur les Champs Elysées pour sauver leurs emplois. Avant de convier joueurs et curieux à découvrir les lieux. Deux ambiances...

Une remontée des Champs-Elysées, un début d'après-midi d'octobre. Le flot de passants s'écoule entre boutiques de luxe, fast-foods et disributeurs de marques. Des encravatés, des touristes, de jeunes cadres dynamiques à la mode décontractés. Un crypto-hipster, pantalon rose, smashe les résidus de son menu Quick dans une poubelle sous les yeux étonnés des marcheurs. Journée ordinaire sur l'autoproclamée plus belle avenue du monde, ses deux fois quatres voies, ses arbres qui s'étiolent et ses cinémas.

Jusqu'à un petit attroupement, en face du Fouquet's, un peu après la station George V. Au 104 avenue des Champs Elysées, des gens sont assis. Ni des Roms, ni des mendiants. Des visages blancs, noirs, jaunes, des barbes poivre et sel qui se mélangent à des calvities.  Bien habillées sns être sapés. Quelques caméras, des micros: une manifestation sur les Champs-Elysées, le spectacle se veut inhabituel. Deux costumes passent, interloqués : «Ce sont des gens de l'aviation civile licenciés?». Non, des salariés de l'Aviation Club de France. «Oui, c'est des restrictions des budgets non?». Toujours pas. Au 104, siège le plus grand cercle de jeux de France, l'ACF, club plus que centenaire (ouvert en 1907), et fermé après une descente de police le 16 septembre dernier. 

L'information judiciaire, menée depuis 18 mois par les juges Serge Tournaire et Claire Thépaud, mentionne les chefs d'abus de confiance, de travail dissimulé, d’exercice illégal du métier de banquier et de blanchiment. Quatre personnes, dont le directeur Marcel Francisci, sont mises en examen pour abus de confiance et travail dissimulé. La fermeture du cercle laisse 213 salariés dans l'expectative. Les salles de jeux sont closes, mais l'association qui paie les employés n'est ni inculpée, ni placée en redressement judiciaire. «Merci pour les renseignements!...Ah mais les cercles de jeux, c'est les voyous, non?». 

213 salariés sans horizon

Un discours contre lequel se battent les salariés qui ont tenu à manifester ce 9 octobre. Les pancartes fleurissent. «Silence, le gouvernement tue 213 emplois», «My government is pro-business», - hommage au plaidoyer du Premier ministre Manuel Valls à Londres. Les manifestants s'allongent, certains une corde au cou. Debout, ils déroulent un argumentaire. Solide. «On est dans l'absurde, décrit Nicolas, un chef de partie de l'ACF. Les policiers ont saisi les carnets douaniers de 2014, quand ils disent enquêter sur du travail dissimulé entre 2009 et 2011. Le juge ne veut pas statuer sur la restitution des carnets et cela bloque toute reprise. C'est incompréhensible». Discussion gentiment interrompue. Un joueur, directeur de clinique, coupe l'interlocuteur. «Les sit-in, il faut les faire tous les jours, sinon ils vont vous faire mourir à petit feu». À l’attention du journaliste : «Ils nous ont fermé notre jardin d'enfance, cela fait 30 ans que je joue là, moins pour les parties que pour l'ambiance, tout le monde se mélange. Là, la justice tape sur une vieille dame respectable, c'est n'est pas bien.». Un autre joueur : «Où on voit que quand un dirigeant a fait une faute - si c'est prouvé -, on sanctionne aussi les salariés. On marche sur la tête. Pour Lejaby le gouvernement s'était impliqué, est-ce qu'il y avait plus de salariés?». A l'écart, un homme écoute les paroles, le crâne impeccablement lisse, attentif. Et lâche quelques phrases à l'attention de ses amis joueurs : «On sait bien ce qui se passe. Sarko revient en politique, on tape sur Marcel, il n'y a pas de secret». 

Malédiction des Cercles ou mort programmée?

Réputé proche de l'ex-président, Marcel Francisci, héritier d'une longue dynastie des jeux, tomberait pour son parrainage. «Et parce que le pouvoir a décidé de faire place nette à Paris pour un casino». Vieille antienne, qui ressort à chaque fermeture d'un cercle - du Concorde au Wagram en passant par l'Eldo - depuis 7 ans. Encore jamais vérifiée. «De toute façon, analyse Nicolas, c'est une mauvais calcul. Pour les casinotiers, le poker n'est pas rentable, Barrière comme Partouche en font de moins en moins». 

Avant la grande explication, de plus petites : le 29 septembre, le juge administratif a retoqué l'association de l'ACF, qui demandait de pouvoir réouvrir le cercle, renvoyant la décision au Conseil d'Etat qui doit statuer le 16 octobre. Une date cruciale, selon les salariés. «Si à fin octobre, les parties n'ont pas repris, on sera dans le dur». Comprendre que l'association s'orientera vers un redressement judiciaire. Afin de conjurer le compte à rebours, le bar et les restaurant du cercle ont réouvert de 17h à une heure du matin. Soirée porte ouverte pour les soutiens, les joueurs ou les curieux avides de découvrir l'Aviation. 

«Le chat noir ne vous salue pas»

Le quidam pouvait ainsi pénétrer les lieux, passer la porte du 104, se glisser ans le hall pour montrer à l'étage. Une fois les deux sas franchis - sourires aimables des portiers à l'oreillette apparente -, place aux salons avec fauteuils en cuir, moquette et lustres. Une ambiance feutrée, bien différente de la bonhomie des pavés de l'après midi. «Vous sauriez si la responsable des relations humaines est là?» Au comptoir, les regards se braquent sur le journaliste qui s'annonce. «Restez ici, je vais voir», assure une jeune demoiselle. Ce n'est qu'une question de chiffres. Savoir combien de salariés sont consacrés à la partie jeu de l'établissement. Les sourires se crispent un peu. En boule, le même crâne luisant répète. «Bakchich, Bakchich… Vous leur direz que Le Chat noir ne les salue pas». Une référence à un article sur la fermeture du Cercle, et le mauvais sort qui semble poursuivre un directeur des jeux. En passe d'être embauché au Cercle Wagram, l'homme avait été victime de la guerre que se livrait le milieu corse pour le contrôle du club. Placé en garde à vue, interrogé, nulle charge n'avait été retenue contre lui. L'enquête sur l'ACF lui a valu les mêmes soucis, sans que là encore aucune charge ne pèse sur lui. Mais l'homme a peu goûté le papier de Bakchich. Robert Navarro, crâne luisant, répète : «Le Chat noir ne vous salue pas.». A ses côtés, un homme bien plus virulent se pousse du col, rondouillet, encravaté, la barbe bien taillée. «Bakchich, votre direction, c'est par là, grince-t-il en désignant la sortie. Vous ne comprenez pas, vous voulez que je vous y mette? Hein, vous voulez que je vous montre?» L'invitation ne tiendra pas. En lieu et place,  un grand noir, souriant et urbain, se rapproche. La responsable des RH ne viendra pas. Le vigile ouvre urbainement les deux sas. Sur les 213 salariés de l'Aviation, 140 sont dévolus aux activités de jeux.

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Publié dans la catégorie Société
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