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Les banksters pour les Nuls épisode 3 : du bon usage du saut sans élastique

Publié par G Groupe X Bakchich

Après une trêve précaire cet été, les banksters reprennent la Champion’s league de saut dans le vide sans élastique…

Pour rappel: les épisodes 1 et 2 de notre saga

Fallait s’y attendre. En dépit des propos lénifiants de Super Mario Draghi sur la bonne santé des grandes banques européennes – les 130 passées à la moulinette des stress tests avaient juste surévalué leurs 22 000 milliards d’actifs de 48 minables milliards d’après la BCE – la manie de sauter dans le vide sans élastique a repris chez les banksters.

C’est Thierry Leyne, le partenaire de notre DSK national dans LSK & Partners qui a réouvert la compétition il y a quelques jours en sautant par la fenêtre de son pied à terre (si l’on peut dire) situé au 23ème étage de l’une des Tours Yoo, charmant complexe résidentiel de Tel Aviv. 

La mauvaise paire de DSK

La paire s’était formée l’année dernière lorsque DSK avait pris une participation de 20% dans l’affaire pour faire fructifier son carnet d’adresse en se consacrant au développement du département Investment Banking de Anatekva SA basée à Luxembourg et présente au Luxembourg, en Belgique, à Monaco, en Israël, en Suisse et même en Roumanie depuis septembre 2013. Une jolie petite affaire que Leyne avait introduite en bourse en mars 2013 et dont il a fini par se lasser.

Son exemple a été suivi par Calogero « Charlie » Gambino qui s’est pendu à la rampe de l’escalier intérieur de sa résidence new-yorkaise dont l’a décroché la police de la Grosse Pomme le 20 octobre au matin. « Charlie était un collègue aimé et respecté qui nous manquera beaucoup. Nos pensées et notre sympathie vont à ses amis et sa famille » a indiqué son employeur dans un communiqué…

C’est vrai qu’un Gambino dans une salle affaire de banksters à New-York donne la troublante impression de déjà vu. Un autre célèbre Gambino prénommé Carlo celui-là, n’avait-il pas eu des mots aussi réconfortants le 28 juin 1971 en prétendant apprendre la disparition brutale de son « collègue » Joe Colombo, boss de la famille éponyme, truffé de balles de gros calibres qui n’auront finalement raison de sa légendaire résistance physique qu’en 1978 ?

Non rassurez-vous, « notre » Gambino n’avait rien à voir avec The Gangs of New-York. A 41 ans, il était même un juriste reconnu, Directeur Général et Secrétaire Général-associé du département Contentieux et Enquêtes Internes de la filiale américaine de la Deutsche Bank. D’après le Wall Street Journal, Gambino était « étroitement impliqué dans la négociation de transactions au bénéfice de la Deutsche Bank, portant notamment sur l’enquête qui se prolonge sur les manipulations du Libor ainsi que dans sur des investigations en cours sur des soupçons de manipulation de marchés de devises, selon des sources informées de son activité au sein de la banque… ».

Une disparition que les fins connaisseurs du bankstérisme international n’ont pas manqué de rapprocher de celle de William Broeksmit, retrouvé lui aussi pendu à son domicile londonien le 26 janvier de cette année. Un brusque départ qui avait également donné lieu à un couplet élogieux de la direction de la banque selon lequel «…Nombreux étaient ceux de ses pairs qui considéraient Monsieur Broeksmit comme l’un des esprits les plus affutés dans le domaine de la gestion du risque et du capital… »

Les pendus de Levin

Tellement affuté en effet que les travaux  de la Sous-commission Permanente des Enquêtes présidée par le sénateur Levin qui suit son petit bonhomme de chemin à Washington sur les acrobaties bancaires, ont permis de mettre la main sur une pépite. Un email de 2 pages du 25 août 2009 que Broeksmit expédiait à un certain Anshu Jain avec copie à Satish Ramakrishna, et dans lequel il détaillait les avantages considérables que le dispositif désigné en interne par le sigle « MAPS » permettant théoriquement aux hedge funds de ne pas payer d’impôt sur les plus-values à court terme, procurait à la banque et à son client, le hedge fund Renaissance Technologies. Mais surtout le risque astronomique que prenait son employeur (…le portefeuille aura une taille comprise entre 8 et 12 milliards de dollars à l’achat et à la vente. Le maximum autorisé est de 16 milliards de dollars dans les deux sens, bien qu’un tel niveau n’ait encore jamais été approché… ») avant de conclure sur une touche d’incorrigible optimisme que pour la banque « le pactole réside dans le prêt qu’on va leur faire des spécialités que nous avons en magasin et pour lequel ils paieront un taux beaucoup plus élevé que le tarif ordinaire ». 

C’est en effet grâce à des gestionnaires du risque du calibre de Broeksmit, aussi inventifs que dévoués à leur employeur pour préférer mettre fin à leurs jours plutôt que de devoir répondre à des questions susceptibles de porter ombrage à la réputation immaculée de leur boutique, que des banksters comme la Deutsche Bank prospèrent et conservent mystérieusement la confiance de la BCE.

On se souvient que la banque a procédé à une recapitalisation « de cheval » au mois de mai, accueillant au passage parmi ses nouveaux actionnaires l’honorable Hamad Ben Jassem al-Thani du Qatar, ayant apporté son obole personnelle pour 1,75 milliards d’Euros. 

Peut être sur l’ultime recommandation de Gambino avant d’en finir, la banque a annoncé qu’elle constituait une provision supplémentaire de 894 millions d’euros, rien que pour couvrir l’éventuelle sanction de ses sorties de route pour le troisième trimestre de cette année. Un budget total qui avoisine donc maintenant les 3,1 milliards d’Euros auxquels s’ajoutent les 3,2 milliards destinés à couvrir les amendes et pénalités qui seront prononcées sur des dossiers « difficiles » à estimer.

Legrain et l'ivraie de la BCE

Un montant notoirement insuffisant pour couvrir le prix de l’ensemble de ses incartades à en juger par les réserves constituées dans ce but par des « collègues » aussi dévergondés comme JP Morgan Chase, voire la Bank of America qui a dépensé 28,9 milliards de dollars entre le 4ème trimestre 2011 et le 3ème trimestre 2014 pour éviter la case prison à ses dirigeants.

Pour en revenir à la Deutsche Bank, un certain Philippe Legrain, économiste de son état et ex-conseiller du président européen Barroso, vient de dire tout le bien qu’il pensait des stress-tests à la sauce BCE : « de la poudre aux yeux ! la BCE dénonce les banques les plus modestes dans les pays les moins importants et donne un certificat de bonne santé aux banques allemandes »…

C’est vrai qu’avec 54 700 milliards d’euros d’encours notionnel au compteur sur ses produits dérivés, la question du risque réel qui pèse sur les épaules de la banque allemande mérite d’être posée.

Les encours notionnels en question méritent bien sûr quelques éclaircissements pour nos fidèles lecteurs. Quel que soit le produit dérivé en question, le montant notionnel est celui du sous-jacent servant de base à l’opération considérée – il serait plus juste de parler de pari puisque la majorité des opérateurs sont de purs spéculateurs – matérialisée par un contrat. Si, par exemple le contrat porte sur un baril de pétrole valant aujourd’hui – merci l’Arabie Saoudite – 80$ sur le marché et qui permettrait de l’acheter à 70$ dans un avenir proche, la valeur du contrat est donc d’environ 10$. Et ainsi de suite. Bien entendu il s’agit d’une pure spéculation puisque les cocontractants se comportent comme si l’un des deux possédait déjà le baril…Il faut donc être très prudent dans l’interprétation de ce que représente en termes de risque réel, le montant total de 54 700 milliards d’Euros que la Deutsche Bank s’est mise autour du coup. 

Ce qui est indiscutable en revanche, c’est que ça représente 20 fois le PIB allemand ! Et qu’une simple perte de 0,118% sur cet encours suffirait à anéantir les fonds propres de la kolossale banque allemande qui se montaient au 30 juin 2014 à la modique somme de 64,7 milliards d’Euros.

Bref, encore pas mal de sauts dans le vide en perspective… 

 

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